Votre bloggeur a la joie d’accueillir un invité d’exception, rencontré au sommet européen du Vedanta (post 91). Il s’agit de Swami Rameshwarananda Giri ou Swami Félix. Je le remercie de tout cœur d’avoir accepté mon invitation.
C’est un guide spirituel biculturel, reconnu dans une lignée prestigieuse d’enseignants du Sanatana Dharma (hindouisme). Il s’est engagé dès l’enfance dans une voie spirituelle exigeante avec une guidance qualifiée. Il a donc une très longue expérience de la méditation et des chakras.
Ces sujets sont à la mode en Occident, mais véhiculés par beaucoup trop d’intermédiaires ou de profs de yoga inexpérimentés qui peuvent induire en erreur, volontairement ou non. Ils répètent ce qu’ils ont lu ou entendu, sans expérience directe. Or la grande spiritualité indienne insiste sur l’expérience personnelle.
Beaucoup d’entre nous choisissent aussi de pratiquer les techniques de yoga librement, en se référant à des ouvrages de qualité inégale. Vous bénéficierez dans ce post de conseils éclairés, précieux quand on entre dans des techniques avancées de méditation et de pranayama. Car Swami Félix est d’origine espagnole et comprend beaucoup mieux que les guides d’origine indienne le décalage avec la culture européenne et la meilleure manière d’’enseigner ici.
1 Une vocation spirituelle précoce dans l’Espagne franquiste
Antoine (AB) : Votre site indique que « déjà enfant, vous aviez un grand penchant pour la spiritualité et commencé à pratiquer des disciplines spirituelles dès votre plus jeune âge avec l’aide de votre mère, aujourd’hui Swamini Madhavananda Moyi Giri. Elle consacrait une grande partie de la journée à la pratique du yoga et de la méditation. Ainsi, à l’âge de cinq ans, vous vous asseyiez souvent à ses côtés pendant qu’elle pratiquait une sadhana intense ». Certains maîtres spirituels comme Bouddha ou prophètes comme Muhammad n’ont pu être accompagnés par leur mère dans leur développement spirituel. Mais quand c’est le cas, comme pour Jésus de Nazareth, la mère joue un rôle fondamental. Je voudrais rendre hommage à votre mère et à la qualité de sa transmission spirituelle.
Swami Félix : Il est vrai qu’il est assez exceptionnel, surtout en Occident, de voir un enfant pratiquer avec autant d’assiduité et d’intérêt dès un très jeune âge. Cela est d’autant plus frappant si l’on tient compte du contexte des dernières années de la dictature franquiste en Espagne, une époque où toute pratique s’écartant des normes établies par l’église et le régime était regardée avec méfiance, voire avec aversion. Pourtant, malgré cette pression extérieure, je garde un souvenir iconique de la présence de ma mère, profondément dédiée à la pratique de la méditation. Je me souviens aussi comment cette profondeur se reflétait dans l’état d’esprit qui l’accompagnait dans ses activités quotidiennes.
Mes parents me racontaient souvent que, dès l’âge de trois ans, je demandais fréquemment comment je pouvais voir ou parler à Dieu. Ne trouvant pas de réponse simple, ils m’expliquaient que Dieu était à la fois immense comme le ciel et aussi minuscule, imperceptible à l’œil nu. Alors, je leur ai demandé de m’acheter un microscope pour pouvoir Le voir. Ils me l’ont apporté, mais j’ai été très déçu car, avec le microscope, je n’ai pas trouvé avec qui partager.
AB : Puis, « à l’âge de sept ans, Swamiji a rejoint une école de yoga où il a été instruit dans diverses disciplines yogiques. Il a rapidement eu des expériences spirituelles et a développé un certain degré de clairvoyance ». Et à l’âge de treize ans, vous rencontrez « votre premier précepteur spirituel, le père jésuite Ochoa, qui s’est rapidement rendu compte de la sensibilité, de la profondeur et de l’intelligence du jeune disciple et a commencé à s’occuper de lui personnellement, en prenant en charge son développement intérieur ». Les jésuites ont été actifs partout dans le monde pour donner une éducation de qualité. J’ai fait mes classes préparatoires scientifiques à Ste Geneviève, un lycée d’excellence au plan des résultats scolaires. Il y avait peu de jésuites, mais l’importance accordée à une vie spirituelle active partagée était restée, contrairement aux lycées publics. Mes rares contacts avec des jésuites furent enrichissants, intellectuellement et spirituellement.
Swami Félix : Pour pouvoir continuer, nous devons nous contextualiser un peu. Pendant la dictature de Franco (1939-1975), le droit de réunion était sévèrement restreint. Le régime interdisait toute manifestation ou réunion non autorisée qui pouvait être interprétée comme contraire à l’ordre établi ou aux principes du Mouvement National. Les réunions politiques, syndicales ou de protestation étaient considérées comme subversives et réprimées par la censure, la surveillance policière et des sanctions sévères. Seules les manifestations organisées par des institutions proches du régime étaient autorisées, ce qui limitait considérablement la liberté d’expression et d’association.
Même les réunions privées, comme celles de familles ou d’amis, pouvaient être soumises à un contrôle. Toute réunion de plus de trois personnes, qu’elle soit dans un espace public ou privé, nécessitait une autorisation préalable des autorités. Cela incluait les fêtes, célébrations ou tout événement social, dans le but de prévenir d’éventuelles activités subversives. La surveillance était stricte, et ne pas respecter ces règles pouvait entraîner des sanctions ou des interventions policières.
Pour organiser des cours ou des séances de yoga en groupe, en particulier pendant les premières années de la dictature, il aurait été nécessaire de demander des autorisations spécifiques. Ces activités devaient être présentées comme purement physiques ou liées à la santé, en évitant toute référence philosophique ou spirituelle susceptible d’être perçue comme contraire à l’ordre établi.
Par conséquent, si l’on considère cette situation et compte tenu du contrôle strict exercé sur tout type de réunion qui ne s’inscrivait pas dans l’orthodoxie religieuse ou culturelle du régime, organiser ce type de rencontres sans attirer l’attention ou le rejet officiel était difficile et constituait un véritable défi pour ses participants. On peut imaginer la tension et l’inquiétude que suscitait le fait de se réunir en groupe pour pratiquer des activités perçues avec méfiance, comme étant « étrangères » ou « alternatives », car elles ne s’inscrivaient pas dans les pratiques religieuses officiellement reconnues.
Cependant, je dois reconnaître qu’à la fin du franquisme, lorsque l’Espagne commença timidement à s’ouvrir aux influences culturelles étrangères, le yoga commença à gagner en visibilité, bien que de manière limitée et sous la surveillance des autorités.
J’évoque tout cela pour clarifier l’atmosphère qui entourait cet enfant attiré par l’idée d’approfondir dans la conscience. Entouré d’adultes qui pratiquaient avec une intensité inhabituelle et pour qui leur pratique représentait en soi un acte intense de liberté, ce jeune aspirant ressentait profondément l’appel de quelque chose de plus grand et d’extraordinaire.
Ce processus d’approfondissement nécessitait une certaine forme de soutien, mais à l’époque, il n’était pas facile de s’appuyer sur des références extérieures possédant déjà une connaissance du monde intérieur et capables d’embrasser une aspiration spirituelle, avec un esprit essentiellement védantique, éloignée des normes communément acceptées. Cela provoquait de nombreuses contradictions, notamment dans les phases de formation à la catéchèse dans un cadre catholique fortement influencé.
2 Swami Félix : un itinéraire spirituel bien guidé
Swami Félix : Un saint jésuite, le Père Ochoa S.J. fut, je crois pouvoir l’exprimer ainsi, celui qui accueillit cet ardent désir spirituel. Il se chargea d’encourager et d’orienter ce très jeune aspirant. « Des esprits comme celui-ci, nous en avons besoin ! », lançait-il souvent à mes parents. Enfin, quelqu’un ayant une véritable expérience spirituelle écoutait avec compréhension et émerveillement les récits d’expériences et de révélations intérieures auxquels presque personne n’avait pu accorder de crédit. Je conserve encore dans mon cœur nombre de ses recommandations et la justesse de sa vision spirituelle.
AB : Votre présentation comme intervenant au sommet du Védanta de Gretz indique que vous avez rencontré votre maître à l’âge de dix-neuf ans, Swami Ritajanandaji Maharaj. Il fut président de la Mission Ramakrishna en Europe de 1963 à 1994. Puis Swami Veetamohananda a pris sa succession de 1994 à novembre 2019. Ils furent deux personnalités marquantes pour le centre de Gretz. « Ce fut un tournant dans la vie de cet aspirant encore jeune. Sa vie changea complètement, il se consacra entièrement à un processus introspectif de connaissance de soi, de contemplation et de marche résolue vers l’état d’éveil, déclenchant une profonde transformation intérieure ».
Swami Félix : C’est vrai, le Père Ochoa S.J. lui-même remarqua immédiatement la transformation qui s’était opérée en moi après ma première rencontre avec mon gourou, Swami Ritajanandaji Maharaj. Ce changement fut si déterminant qu’il marqua un avant et un après dans mon processus définitif de développement intérieur. Ainsi, le Père Ochoa S.J., surpris, me demanda de pouvoir rencontrer personnellement le Swami lorsqu’il viendrait nous rendre visite chez nous, au Pays basque, ce qui arriva plus tard.
Après s’être rencontrés, ils discutèrent longuement en tête-à-tête. À la sortie de leur entretien, je demandai au Père quelles étaient ses impressions. Émerveillé et profondément admiratif, il me répondit : « Mon fils, ce que tu as trouvé, nous le cherchons tous ! Cet homme ne parle pas de Dieu, c’est Dieu lui-même qui parle à travers lui ! ». Ces quelques mots résument une réalité qui transcende de loin tout ce que j’avais connu auparavant et devint la base d’une transmutation progressive du cœur, jusqu’à atteindre ce que Swamiji appelait le « Corps d’Amour ». Un état naturel de Paix, une intelligence inconditionnelle qui était restée en instinct latent. Une profonde sérénité à partir de laquelle nous pouvons contempler l’activité de l’ego avec un regard renouvelé. Enfin, l’ego est observé en train d’orbiter autour, au lieu d’occuper constamment le trône central de notre conscience.
AB : Votre site ajoute « Avant sa mort, son maître a exprimé le souhait qu’en son absence, Swamiji poursuive sa formation spirituelle avec Swami Brahmananda Giri Maharaj, un yogi très avancé, héritier direct des lignées du Kriya Yoga et président de la Mission Atmananda. À l’âge de 25 ans, Swamiji prononce officiellement ses vœux en tant que moine de l’ancien ordre monastique des Swamis (Dashnami Sampradaya) et devient Swami Rameshwarananda Giri. Il a été envoyé en Espagne où il a créé l’École PHI de Yoga Védanta et Méditation en 1993 et a fondé l’Ashram Varanasi en 1994 ». J’ajoute qu’un des maîtres les plus connus de cette lignée, grâce à son livre « Autobiographie d’un Yogi » est Paramahansa Yogananda (1893-1952). Il a pu rencontrer de leur vivant de saintes femmes comme l’inédique Thérèse Neumann ou Ma Ananda Moyi, évoquées dans ce blog. La lignée spirituelle à laquelle vous vous référez est très respectée.
Swami Félix : Je me souviens d’un jour où je faisais part à Swami Ritajananda de mon intention de me retirer totalement pour mener une vie d’ermite en Inde. Après avoir affiché un air surpris, il me répondit : « Vous retirer pour méditer en solitude ? Nous attendions beaucoup plus de vous ! ». Cette réponse me déstabilisa pendant un certain temps. Swamiji ne désirait rien d’autre que me préparer et m’éduquer dans des aspects encore à développer, afin d’assumer les responsabilités spirituelles qui m’étaient destinées et dont je n’avais alors aucune connaissance.
Malgré cela, sous sa supervision directe, j’ai été envoyé dans le sud de l’Espagne pour commencer une retraite intense. Après qu’il ait quitté son corps, comme il me l’avait prédit, le vénérable Swami Brahmananda Giri, que j’avais déjà eu l’occasion de rencontrer en tant que Brahmachari (novice), me rechercha et me transmit ce que mon Gourou lui avait confié à mon sujet. Il me proposa alors de poursuivre des pratiques spécifiques dans le cadre du Kriya Yoga, dans sa forme la plus élevée et spirituelle. Swami Ritajananda avait confié à Swami Brahmananda la responsabilité de mon processus de formation dans cette méthode scientifique d’union avec le divin, basée sur le contrôle conscient de l’énergie vitale (prana). S’ensuivit alors, pendant des années sous sa supervision et celle de différents Maîtres spirituels, un processus rigoureux d’entraînement qui, par le biais de techniques précises de respiration, de concentration et de méditation, visait à purifier l’esprit pour accéder à des états profonds de communion avec la conscience universelle.
AB : De l’extérieur et avec le recul du temps, on a l’impression que votre itinéraire spirituel s’est déroulé sans encombre, mais je ne me fie pas aux apparences. Vous avez sûrement fait des choix personnels courageux dans des situations imprévues. Certains pensent que notre destin est écrit, je n’y crois pas car notre itinéraire dépend de nos choix, de ceux des autres et des aléas de cette vie sur terre. Je suis convaincu que le Créateur a bien un Dessein pour toute l’humanité et pour chaque individualité qu’il connaît intimement, celui de nous guider dans une voie spirituelle ascendante. Il s’adapte à nos choix qu’Il respecte. Qu’en pensez-vous ?
Swami Félix : Le niveau de croissance que nous pouvons atteindre est directement proportionnel à notre capacité à accepter la vérité sur nous-mêmes sans nous irriter, nous mettre en colère, nous leurrer ou nous enfuir.
Swami Brahmananda Giri, mon précepteur spirituel, avait l’habitude de dire : « Le chemin spirituel se résume à savoir identifier ce qui est « juste et bon » pour vous et à le faire vôtre ». Mais pour cela, il faut savoir identifier ce qui a une vraie valeur et créer l’espace nécessaire pour que ce qui est vraiment « juste et bon » accompagne votre vie, ce qui implique un effort quotidien. Ce qui a une valeur réelle doit être traité avec soin, nourri et embrassé avec amour. Ce qui est « juste et bon » est souvent loin d’être « facile ».
Cela étant, il disait : « De même, vous devez identifier ce qui n’est pas « juste et bon » pour vous et vous en débarrasser ». Selon les cas, cela demande de la fermeté ou de la douceur et très souvent une négociation avec soi-même, mais dans tous les cas, l’objectif est de supprimer ce qui entrave ou s’oppose à la vérité.
Briser l’auto-illusion de l’ego et mettre fin au leurre qui en dérive, voilà la base du développement spirituel. Car cette auto-illusion se projette à chaque instant de notre vie, obscurcissant notre vision claire de la réalité. Le père Basile, moine bénédictin de Montserrat, à qui l’on demandait ce qu’il souhaitait à l’humanité dans la situation difficile qui se profile à l’horizon, répondait : « Je leur souhaite à tous de sortir du leurre ! ». Le chemin intérieur ne consiste pas à trouver ce qui nous manque pour devenir spirituels, mais plutôt l’inverse : il consiste à éliminer tout ce qui est en trop.
AB : Avez-vous fait des expériences que vous souhaitez partager ici ?
Swami Félix : Oui, bien sûr, j’ai vécu de nombreuses expériences. Si nous analysons notre vie en profondeur, chaque nouveau jour, chaque nouveau moment se traduit par une nouvelle opportunité, une nouvelle expérience. Cependant, je garderai pour moi le contenu des expériences spirituelles, non seulement pour des raisons de modestie et de pudeur, mais parce que je crois qu’il faut être très prudent avant de s’ériger en autorité sur ce qui se passe à l’intérieur d’une autre personne. Nous sommes tellement désireux de faire connaître nos réalisations que nous finissons par être médiocres dans chaque expérience intime et personnelle. Et nous ne réfléchissons pas suffisamment à la question de savoir si une telle expérience peut être utile à une autre personne. En fait, sur le chemin de la spiritualité, les expériences elles-mêmes ne sont pas notre but et ne doivent pas être une source de fascination. L’expérience spirituelle, en raison de son caractère transcendant, est et se manifeste sous une forme abstraite et insaisissable. Il est assez rare de rencontrer des personnes capables de codifier un nouveau langage qui rende l’expérience compréhensible et utile à d’autres dans leur propre processus intérieur. Par conséquent, lorsqu’une personne a accès au monde du transcendant, sans avoir suffisamment de compétences, d’équilibre et de sagesse, il est très probable que l’ego finira par s’approprier l’expérience et construire davantage d’auto-illusions autour d’elle, et que la personne finisse par grandir en orgueil. Notre attention, après avoir fait l’expérience d’un état d’« absence d’egoicité », doit reposer entièrement sur le développement qu’un tel état précipitera à l’intérieur, et sur le traitement mental que l’individu lui donnera en fonction de son degré d’évolution spirituelle. Si l’aspirant grandit en orgueil, il doit considérer cette expérience, aussi merveilleuse qu’elle puisse lui paraître, comme négative pour son développement, et même évaluer si elle ne contient pas des traits diaboliques. L’idée de positif ou de négatif pour l’ego est très éloignée de celle de positif ou de négatif pour l’esprit. C’est pour cette raison que j’attire l’attention sur le fait que nous devons être vigilants et grandir en humilité.
3 Un travail de guide spirituel hindouiste en Europe
AB : Je n’ai aucune raison de vous flatter, mais je trouve qu’à l’âge de 56 ans, vous avez beaucoup accompli pour ce qui est visible de l’extérieur. Ce qui nécessite un important travail intérieur. Cette synergie entre les initiatives au service du progrès spirituel de l’humanité et l’autodiscipline du yogi est incontournable. Votre parcours de vie vous a donné de l’avance par rapport à la plupart d’entre nous qui avons connu des périodes de stagnation, voire de régression avant de nous engager fermement dans la Voie droite, selon l’expression du Coran. Statistiquement, on peut espérer que vous aurez encore une quarantaine d’années de vie en bonne santé, c’est plus que le temps de vie total accordé à Vivekananda. Vous pourrez accomplir encore beaucoup et vous devrez gérer des priorités parmi les nombreuses demandes et opportunités que vous rencontrerez. L’Europe contemporaine souffre d’un grand manque de nobles guides spirituels. La situation est totalement différente pour un guide travaillant en Inde ou pour un guide basé en Espagne.
Swami Félix : En effet, vous avez saisi une vérité essentielle : l’harmonie entre le travail intérieur du yogi et les initiatives extérieures au service de l’humanité est non seulement souhaitable, mais absolument incontournable. Sans l’un, l’autre perd sa substance et sa direction. La plupart des gens s’identifient à leur corps et à leur personnalité, croyant qu’ils sont limités et dépendants des circonstances. Ainsi, depuis des millénaires, l’humanité vit enfermée dans la survie matérielle. L’esprit d’une personne ordinaire, pour éviter l’angoisse de se concentrer avec une attention ouverte sur ce qui se passe à l’extérieur et à l’intérieur, préfère sauter superficiellement d’une chose à l’autre, mais cela contribue davantage à la dispersion qu’à l’avancement avec une véritable profondeur sur le chemin de la Vérité. Tout ce que nous découvrons et manifestons à l’intérieur doit trouver comment et où être intégré de manière pratique dans la vie que nous menons, dans le monde qui nous entoure. Pour ce faire, il faut un esprit renouvelé qui fonctionne non pas sur la base d’expériences passées et d’attentes futures, mais ancré sur la réalité des expériences présentes. L’esprit qui génère le problème ne peut pas être celui qui le résout. Il convient de préciser que l’esprit intuitif, dont on parle tant aujourd’hui, peut dans certains cas contribuer au processus de clarté mentale et dans d’autres non.
Ce que vous mentionnez à propos de mon parcours, je le reçois avec gratitude, tout en me rappelant que tout ce qui est accompli n’est qu’une manifestation de la Grâce du Divin. Un yogi ne gaspille pas son prana dans des excès physiques, émotionnels ou mentaux, mais le conserve et le transforme en force spirituelle. Si des œuvres ont pu émerger à travers moi, c’est uniquement parce que la Volonté divine les a portées, souvent au-delà de ma propre compréhension.
Votre évocation du manque de guides spirituels en Europe est une observation pertinente. Dans ce contexte particulier, travailler pour éveiller les consciences nécessite une adaptation constante. En Inde, la spiritualité imprègne le sol, les esprits et les traditions. En Europe, où le matérialisme et la confusion dominent souvent, la tâche est différente : il s’agit de rallumer une flamme qui, bien qu’affaiblie, continue de brûler dans le cœur des chercheurs sincères. La quête spirituelle, dans cette partie du monde, demande des approches adaptées, un langage qui relie l’intemporel à la modernité, et une patience infinie face aux résistances et aux incompréhensions.
Vous parlez de l’espérance de vie et des années qu’il me reste pour œuvrer. Permettez-moi de vous répondre avec humilité : le temps est un cadeau précieux, mais incertain. Ce qui importe n’est pas tant la durée, même pas l’intensité, mais la profondeur avec laquelle chaque instant est utilisé pour servir le Divin et les autres. Vivekananda nous a montré que même une vie brève peut transformer le monde si elle est vécue avec dévotion et feu intérieur. Ainsi, chaque jour, je me demande : « Qu’est-ce qui doit être fait aujourd’hui pour avancer dans la voie du service et de la vérité ? »
Quant aux nombreuses demandes et opportunités, elles sont bien sûr des bénédictions, mais aussi des responsabilités. Le discernement devient alors un compagnon essentiel pour choisir non pas ce qui est le plus attrayant, mais ce qui est le plus juste et aligné avec le Dharma.
Nous sommes tous liés dans cette quête spirituelle. Si l’un avance, c’est pour que tous puissent avancer.
4 Méditation et contemplation
AB : Lors du sommet de Gretz, nous étions nombreux à vous écouter et vous nous avez proposé un temps de méditation. Le post 80, prière et méditation a parlé des sens différents donnés à ces mots suivant les cultures. En français, La méditation, c’est une pensée réfléchie et concentrée sur un sujet particulier, profane ou spirituel. Dans le Coran, la notion de méditation ne se trouve qu’en 34/46 : « Voici mon seul conseil : levez-vous devant Allah, à deux ou seul, et méditez ». Le mot arabe implique une réflexion active. La Parole de Jésus en 1974 appelle à méditer sur la Parole. Dans la tradition judéo-chrétienne, le croyant médite sur les textes sacrés. La tradition spirituelle indienne donne un autre sens à ce mot ?
Swami Rameshwarananda Giri : Dans la tradition spirituelle hindoue du Védanta, la méditation (dhyāna) n’est pas perçue comme une simple pratique ou une activité à accomplir, mais comme un état fondamental de l’être, une manière d’exister en harmonie avec la Réalité ultime (Brahman). Contrairement à l’approche occidentale qui considère souvent la méditation comme un exercice de concentration ou de relaxation, le Védanta la conçoit comme un état naturel de silence intérieur et de contemplation profonde, menant à la reconnaissance de notre véritable nature.
Le Védanta enseigne que la méditation n’est pas un acte que l’on fait, mais un état dans lequel on est. Elle ne consiste pas à ajouter une nouvelle activité à notre quotidien, mais plutôt à éliminer les obstacles qui nous empêchent de percevoir la vérité de notre être. Cet état méditatif est le résultat du dépouillement des illusions du mental et du conditionnement de l’ego. Dans cette perspective, la méditation ne doit pas être comprise comme un verbe (« méditer »), car cela impliquerait une action volontaire. Or, le véritable silence mental ne peut être atteint par un effort ou une technique, car tout effort repose sur le mental lui-même. L’état méditatif advient lorsque l’on cesse de se laisser absorber par le flux incessant des pensées et que l’on s’ouvre à ce qui est. Le silence intérieur, dans la vision Vedantique, ne signifie pas simplement l’absence de bruit extérieur, mais l’absence de bruit intérieur :
- L’absence de jugements, de pensées frivoles, de critiques.
- L’absence de superposition mentale, où nous interprétons la réalité au lieu de la percevoir directement.
- L’absence d’egoïcité, c’est-à-dire de la perception illusoire d’un « moi » distinct du reste de l’existence.
Dans le silence méditatif, il ne reste que la conscience pure (chit), qui est notre véritable nature. Ce silence n’est donc pas un vide, mais une pleine présence à ce qui est, sans interférence du mental.
Dans le Védanta, la méditation est intimement liée à la connaissance de soi (ātma-vichāra), c’est-à-dire l’investigation de la véritable nature du Soi (Ātman). Selon cette tradition, nous vivons sous l’illusion d’être un individu séparé, alors qu’en réalité, notre essence est identique à Brahman, la conscience absolue et universelle. Ainsi, méditer revient à dissiper cette illusion en observant la structure même du mental et en réalisant que le « moi » individuel est une construction mentale. Cette approche a été particulièrement développée par Adi Shankaracharya, maître du Védanta Advaita (non-dualiste), qui enseignait que la méditation ultime consistait en une prise de conscience directe de notre unité avec le Tout.
L’une des idées fondamentales du Védanta est que la véritable méditation est un état de non-action (niṣkriyatā). C’est l’« Art de faire le non faire ». Ce paradoxe signifie que nous ne devons pas « essayer de méditer », car tout effort repose sur l’ego, et tant qu’il y a un ego qui cherche à atteindre un état, la méditation véritable est impossible. La méditation, dans sa forme la plus pure, est donc un abandonnement total (sannyāsa), un lâcher-prise du mental. Elle consiste à laisser être ce qui est, sans résistance ni attachement. Cet état ne peut être produit par une technique, car tout ce qui est produit appartient au domaine du transitoire. L’illumination (moksha) ne se produit pas, elle se révèle d’elle-même lorsque l’illusion du « moi » disparaît.
Étant donné que la méditation dans le Védanta est avant tout un état de conscience pure, certains maîtres préfèrent utiliser le terme contemplation (nididhyāsana) pour éviter toute confusion avec une technique ou une pratique spécifique. Dans cette contemplation, il n’y a pas de sujet qui contemple un objet : c’est la conscience qui se contemple elle-même. C’est un regard intérieur, sans filtre, où la Réalité se révèle dans son évidence.
Le Védanta enseigne que la méditation ultime est l’expérience directe de la Réalité, au-delà du mental et des concepts. Cet état d’éveil (jñāna) est la reconnaissance que nous avons toujours été libres, mais que nous étions enfermés dans l’illusion d’un ego. Le but de la méditation Vedantique n’est donc pas de « devenir meilleur » ou d’atteindre un état particulier, mais de dissiper l’illusion de la séparation et de reconnaître notre unité avec la conscience absolue (Brahman). Comme l’enseignait Ramana Maharshi, un maître moderne du Védanta, la seule question essentielle en méditation est : « Qui suis-je ? » (Ko’ham ?). En plongeant dans cette question sans chercher de réponse intellectuelle, nous réalisons que l’individu séparé est une illusion et que seule la conscience demeure.
Dans la tradition Védanta, la méditation est donc un retour à l’origine (pratyabhijñā), une reconnexion avec notre nature véritable. Elle ne consiste pas à obtenir quelque chose de nouveau, mais à découvrir ce qui a toujours été là, derrière le bruit du mental.
Ce n’est pas une discipline à pratiquer, mais une disposition intérieure qui devient un état permanent de clarté et de liberté. Il ne s’agit pas de développer l’éveil, mais de brûler l’illusion qui l’obscurcit.
En fin de compte, la méditation Védantique nous enseigne que nous n’avons rien à atteindre, rien à faire, rien à devenir : il suffit d’ÊTRE, totalement et simplement, dans l’ouverture à ce qui est.
« La vérité est silencieuse, et c’est dans ce silence que nous nous retrouvons. »
5 Yoga et guidance spirituelle
AB : Je commencerai par citer un guide spirituel moderne, l’initiateur de la fédération védique française, Swami Veetamohananda (1941-2019) : « La pratique est le cœur du yoga. Le yogi est, en premier lieu, un pratiquant, un philosophe, un théologien et aussi un psychologue, au sens général. Son approche stricte peut être comparée à celle du scientifique dans son laboratoire. Il analyse pour atteindre la Réalité. Il ne peut se satisfaire de théories, de spéculations ou de faits de seconde main. Il considère que le critère souverain de réalisation de la Réalité transcendante ne peut être que son expérience personnelle directe. L’expérience directe est une possibilité ouverte à tous. Celui qui essaie de pénétrer profondément dans le yoga, étudie nécessairement les bases intérieures et extérieures sur lesquelles il évolue. Les recherches récentes dans son histoire, sa parité avec les sciences, montrent que le yoga est intelligible et qu’il nous unit avec certitude à la Réalité. «
Swami Félix : Observer les nuages s’écouler calmement dans le ciel me rappelle les courants de pensée qui passent devant le Témoin silencieux en nous. En tant que Swami né en Occident et formé dans la tradition Védanta, j’ai compris que le yoga est ce pont qui nous permet de transcender le flux constant de l’esprit et de reconnaître l’immuable que nous sommes. À mon avis, le yoga ne se satisfait pas de théories ni de croyances de seconde main ; il exige une expérience directe, une réalisation intime que seule une pratique soutenue peut offrir.
Au cours de mon parcours, j’ai découvert que le yoga n’est pas une course vers un objectif lointain, mais un retour constant au présent. Nous nous accrochons au passé et craignons l’avenir, mais le yoga m’a enseigné que la Réalité est éternelle et immuable, comme le Témoin qui observe sans jugement. Pourquoi nous attrister ou nous inquiéter si l’essentiel est déjà en nous ? Très jeune déjà, le yoga m’a donné les outils pour apaiser mon cœur, questionner mon présent et travailler sur l’essentiel, loin de la cupidité et de l’effort excessif.
La science spirituelle et la science moderne s’accordent sur le fait que les certitudes sont limitées par le cadre d’observation. Ma pratique m’a montré que le yogi et le scientifique recherchent tous deux des vérités qui transcendent le subjectif. Le yoga n’est pas de la superstition ; c’est une attention pleine, une prise de conscience profonde. C’est aussi un acte d’amour inconditionnel, une vertu qui exige disponibilité et silence intérieur, libre de tout désir.
Sur ce chemin vers la vérité, nous ne sommes jamais seuls. Chaque pas sur le Chemin intérieur révèle un état latent qui s’éveille lorsque l’ego s’efface. La pratique quotidienne m’a appris que la spiritualité n’est pas une posture, mais un état inhérent à l’être, accessible lorsque nous cessons de chercher avec anxiété et commençons à nous reposer dans ce que nous sommes déjà. Dans un monde rempli d’incertitudes, le yoga ne nous offre pas des certitudes, mais une façon de gérer le présent avec clarté et sérénité. Une manière renouvelée d’accompagner l’incertitude, qui par ailleurs est la norme…
Mon invitation, issue de mon expérience de Swami occidental, est la suivante : apaisons-nous, abandonnons l’urgence de posséder des réponses, et reconnaissons la valeur de ce que nous avons déjà. Le yoga est l’ « art de faire le non faire », d’être présent sans forcer. Les réponses ont toujours été en nous. Il suffit d’observer, d’aimer et de marcher avec attention et humilité vers l’essentiel. C’est la véritable science du yoga, une science qui nous unit avec certitude à la Réalité éternelle.
AB : Parlons de la guidance collective. Il est certainement plus facile d’assumer un magistère religieux dans les religions du Livre et d’organiser des cultes, même s’il est attendu des pasteurs, mais à titre annexe, qu’ils donnent des conseils individualisés. Vous avez choisi, avec quelques amis, de créer d’abord des associations spirituelles se référant à l’hindouisme.
Swami Félix : La question de la guidance collective dans le cadre du Sanatana Dharma (communément connu sous le nom d’hindouisme) est un sujet qui me tient particulièrement à cœur. Contrairement aux religions du Livre, où l’organisation de cultes et le magistère religieux sont bien définis, le Sanatana Dharma est un chemin profondément intérieur, fluide et adaptatif. Mon choix de fonder, avec des amis engagés dans la pratique, des associations spirituelles inspirées par la tradition Yoga-Vedanta repose sur une conviction simple : la spiritualité n’est pas un cadre rigide, mais un espace vivant de recherche et de croissance.
Dans mon parcours, j’ai ressenti la nécessité de créer des espaces où la guidance spirituelle puisse s’exercer de manière authentique et individualisée, tout en offrant une dynamique collective. La diversité des approches dans la tradition hindoue permet une grande souplesse. Nous n’imposons pas de dogmes ; nous invitons chacun à explorer sa propre nature. Nos associations sont nées de ce besoin : unir des chercheurs spirituels, partager des pratiques comme le yoga, la méditation et l’étude des Écritures, et surtout, créer un dialogue constant où chacun peut trouver son chemin.
La guidance collective que j’offre repose sur l’exemple, le dialogue et la pratique. Inspiré par mes Maîtres et mon propre cheminement, j’ai toujours vu l’accompagnement spirituel comme un acte d’amour, d’amitié et de service. Nos associations spirituelles ne cherchent pas à reproduire des structures hiérarchiques, mais à cultiver une fraternité où chaque voix compte. Cette démarche, certes exigeante, est aussi profondément enrichissante. Elle permet de préserver l’essence de notre tradition védantique : une quête libre et sincère de la Réalité.
Créer ces associations a été un défi, mais aussi une bénédiction. J’ai vu des personnes de tous horizons trouver un sens profond à travers la pratique partagée et le soutien mutuel. Cette guidance collective n’est pas un magistère, mais une main tendue sur le chemin de la découverte intérieure. C’est là, je crois, que réside la beauté de notre tradition : elle nous invite, ensemble, à nous éveiller.
6 La fondation PHI en Espagne
AB : Vous avez une responsabilité collective, celle de guider les institutions que vous avez fondées depuis 1993, en particulier la Fondation PHI, aux activités variées. Pouvez- vous nous en parler ?
Swami Félix : Assumer la responsabilité de guider les institutions que j’ai fondées depuis 1993, et en particulier la Fondation PHI depuis 2009, a été à la fois un honneur et un engagement profond. La Fondation PHI est née d’un groupe de personnes partageant une même sensibilité face aux défis de notre monde actuel, avec l’aspiration commune de contribuer à apaiser les besoins multiples que traverse notre époque.
Je me souviens que lorsqu’une journaliste est venue m’interviewer au moment où l’on posait la première pierre du projet CampusPHI, elle a insisté sur le fait que la réalisation de ce projet devait être une alliance basée sur l’amour, ce à quoi j’ai répliqué : « en réalité, ce qui nous a unis, c’est plutôt la profonde stupéfaction qui nous pousse à contempler ce qui se passe autour de nous à tous les niveaux : personnels, sociaux, spirituels, culturels, économiques, médiatiques, climatiques, environnementaux, géostratégiques, etc. ».
De nombreuses personnes me demandent pourquoi j’ai choisi le nom « PHI » pour définir une fondation qui cherche à puiser dans l’essence du Yoga, du Vedanta et de la méditation. Le choix de « PHI » pour la Fondation PHI reflète un désir profond de nous connecter à une vérité universelle essentielle à travers des symboles qui font partie de l’héritage culturel occidental.
Le nom « PHI », inspiré de la Proportion Dorée, reflète l’harmonie, l’équilibre et la beauté présents dans la Création. Cette quête d’harmonie guide toutes nos actions : favoriser l’équilibre entre corps, esprit et environnement pour promouvoir un bien-être intégral. Le nombre d’or est reconnu dans la culture occidentale depuis l’Antiquité comme l’expression de la perfection, de l’harmonie et de l’ordre dans l’univers. Ma décision n’est pas fondée sur une préférence pour « PHI » par rapport à d’autres références possibles dans la culture hindoue, mais sur la conviction qu’en Occident, nous possédons également des références symboliques qui nous permettent d’approcher la même vérité essentielle que, par exemple, le Om représente, mais en utilisant un langage culturellement familier à beaucoup d’entre nous.
La présence de cette Proportion Dorée dans l’architecture grecque, l’art de la Renaissance et les formes naturelles, offre une voie à partir de notre propre tradition pour explorer l’infini, l’harmonieux et le transcendantal. En choisissant le nombre d’or, j’ai voulu combler le fossé entre l’ancien et le contemporain, en montrant que la recherche de l’essentiel, de l’équilibre et de l’unité avec l’univers n’est pas l’apanage d’une seule culture, mais une aspiration universelle de l’homme.
C’est ainsi que, depuis sa création, la Fondation PHI agit comme un catalyseur d’altruisme et de générosité, accueillant des projets variés : développement du potentiel humain, yoga, méditation, protection de l’environnement, solidarité internationale et éducation. Les projets Integra et Université de la Conscience illustrent cette vision : intégrer différentes réalités au sein d’un même cadre philosophique et pratique.
Nos initiatives, portées essentiellement par des bénévoles, privilégient toujours la transparence et l’engagement total envers nos valeurs. Chaque activité, qu’il s’agisse de cours, séminaires, projets écologiques ou collaborations interreligieuses, vise à promouvoir une conscience plus élevée et un avenir équilibré pour tous.
Assumer cette responsabilité signifie préserver l’esprit originel de la Fondation : une plateforme ouverte à tous, où l’unité, l’harmonie et la générosité ne sont pas de simples idéaux, mais des réalités vécues au quotidien. C’est avec humilité et dévouement que je continue à guider cette mission, convaincu que c’est par l’exemple et le service que nous pouvons véritablement transformer le monde.
« Si nous pouvions nous changer nous-mêmes, les tendances dans le monde changeraient aussi. Lorsque quelqu’un modifie sa propre nature, l’attitude du monde envers lui change également. Nous n’avons pas besoin d’attendre de voir ce que font les autres. » Mahatma Gandhi
AB : La réussite de vos projets locaux nécessite une bonne collaboration avec les responsables politiques dans un pays très décentralisé comme l’Espagne. Cela ne doit pas être simple ?
Swami Rameshwarananda Giri : Vous avez raison de souligner que la réussite de n’importe quels projets locaux en Espagne, un pays fortement décentralisé, nécessite une collaboration étroite avec les responsables politiques à différents niveaux. Ce n’est pas toujours simple, mais c’est une étape essentielle. Depuis la création de la Fondation PHI, j’ai appris que le dialogue constant, l’écoute, savoir bien s’expliquer et le respect mutuel sont les clés d’une coopération fructueuse.
L’Espagne, avec ses multiples communautés autonomes, présente des défis uniques, mais aussi des opportunités. Chaque projet que nous avons mené, qu’il s’agisse de Campus PHI, d’initiatives environnementales ou des projets de développement durable ou d’aide internationale, a demandé une interaction continue avec des autorités locales, régionales et nationales. Bien sûr, concilier les exigences administratives et les valeurs spirituelles peut être complexe, mais je crois fermement que lorsque l’intention est pure et le but noble, des ponts peuvent être construits.
Nous avons pu établir des relations solides avec de nombreux acteurs politiques, académiques et religieux, grâce à une approche basée sur la transparence, la participation active et l’authenticité. La Fondation PHI, en tant qu’entité sans but lucratif, est perçue comme un partenaire fiable, ce qui facilite souvent la collaboration. Cela demande du temps, de la patience et une grande capacité d’adaptation, mais chaque effort est une occasion d’apprendre et de grandir.
En définitive, je crois que notre réussite repose sur la sincérité de notre mission. Les responsables politiques, tout comme nous, veulent un avenir meilleur pour leurs communautés. En partageant une vision commune d’harmonie, d’écologie et de développement humain, nous parvenons à créer des synergies, même dans un environnement administratif complexe. C’est là une autre dimension de notre service et de notre engagement envers la société.
Je me souviens que, avant que mon Maître ne m’envoie fonder la Fondation PHI, il me répétait souvent : « Vous êtes espagnol ». Aujourd’hui, je comprends profondément ce qu’il voulait dire. Être espagnol signifie connaître intimement la structure sociale, l’environnement politique, les clés de notre évolution historique et ses impacts émotionnels et psychologiques. Je comprends les forces et les faiblesses de nos systèmes éducatif, sanitaire, administratif et législatif. Bref, je suis espagnol, et c’est cette compréhension qui m’a permis de naviguer dans les complexités de notre pays et de mener nos projets avec respect et efficacité.
AB : L’observation attentive du milieu social ambiant est tout aussi cruciale en France !
7 L’Université de la Conscience et l’enseignement
AB : Il y a aussi l’Université de la Conscience qui se place plutôt au niveau international ?
Swami Félix : En effet, ce projet en développement se distingue par sa portée internationale et son organisation rigoureuse. Il s’agit d’un projet éducatif de la Fondation PHI soutenu par un Conseil de Direction, dont je suis membre, et un corps professoral.
L’Université comprend deux écoles : l’École PHI de Yoga Vedanta et Méditation (EPHI-YVM), fondée en 1993, qui promeut la philosophie Yoga Vedanta et la méditation, et l’École de la Conscience (EC), axée sur le développement des compétences et de la conscience. De plus, le programme « Partager la Sagesse, un Acte d’Amour » crée des rencontres avec des éminences spirituelles du monde entier pour une expérience directe de la vie et de la conscience.
Chaque activité est évaluée par un processus interne pour garantir sa qualité. L’Université de la Conscience incarne notre engagement envers l’auto connaissance, la durabilité et l’harmonie globale, offrant un espace international de sagesse, d’apprentissage et de transformation pour un avenir éclairé.
AB : Vous enseignez à des audiences parfois nombreuses lors de colloques ou séminaires en Espagne ou ailleurs.
Swami Félix : Dans mon cas, enseigner lors de nombreux colloques et séminaires, un peu partout dans le monde, a été une simple évolution inspirée par la contemplation. Après neuf années de retraite totale et de silence, passées à approfondir ma méditation et l’étude des Écritures, j’ai initialement ressenti peu de goût à partager. Cependant, sur l’insistance de mon Gourou, qui envoyait des chercheurs me poser des questions, j’ai commencé à offrir des satsangs. À ma grande surprise, les participants trouvaient mes réponses utiles et revenaient avec gratitude, attirant d’autres personnes. Ainsi, une communauté spirituelle de pratiquants (sangha) grandissante s’est formée depuis environ 35 ans. Bien que j’aie d’abord été très réticent à l’idée d’enseigner, cela a fini par être à la fois un privilège et une grande responsabilité. J’ai réalisé que chaque intervention était une occasion de partager la sagesse révélée par nos maîtres dans le silence de la contemplation. Cette expérience intérieure est le patrimoine de l’humanité, elle contribue à inspirer les autres sur leur propre chemin, elle nourrit notre mission dans ce monde et enrichit les liens précieux entre les êtres humains en quête de vérité.
AB : Vous devez aussi guider des groupes, comme celui que vous avez récemment accompagné en Inde.
Swami Félix : Accompagner des groupes lors de voyages spirituels de manière totalement altruiste est une expérience particulièrement enrichissante. Chaque voyage, soigneusement organisé, représente une opportunité unique et intime d’immersion dans la spiritualité vivante de l’Inde. Guider des personnes en quête spirituelle signifie non seulement transmettre des enseignements, mais aussi partager des moments de contemplation, de découverte et de pratique intense. Ces expériences renforcent la connexion des participants avec eux-mêmes et avec leur tradition spirituelle. Pour moi, c’est un prolongement naturel de mon engagement : offrir guidance et soutien dans des cadres qui favorisent l’éveil et la transformation.
AB : On peut donc dire que même si vous avez une base physique en Espagne, votre travail de guidance collective ne se limite pas au territoire d’un ashram ou d’une paroisse.
Swami Félix : Eh bien, je commencerais par dire que mes parents m’ont appris à aimer le monde et à apprécier sa richesse dans sa diversité, à me nourrir sans craindre l’inconnu, à aborder mes objectifs avec conviction, à comprendre l’importance des réalités intérieures et leur reflet dans la vie de tous les jours, mais aussi à comprendre mon esprit et sa complexité. Je me souviens de nombreuses expressions de mes parents, lorsqu’ils me disaient par exemple : « Mon fils, ne te contente jamais d’une seule opinion ou d’une seule vision, recherche, informe-toi, découvre d’autres perspectives ». « Il te faut voyager et voir le monde pour comprendre que ce qui est considéré comme juste ici peut être faux ailleurs ou dans une autre situation ». En effet, tout dépend des variables et du cadre d’observation. Donc, bien qu’aujourd’hui ma base physique soit au Campus PHI en Espagne, mon travail a toujours dépassé les limites d’un contexte déterminé. Tout d’abord, parce que mon intérêt n’était pas focalisé sur l’extérieur, et encore moins en termes de gain ou de perte, de succès ou d’échec. En fait, et cela peut sembler étrange, les choses se sont passées, pourrait-on dire, d’elles-mêmes. On pourrait dire que tout s’est passé sans le poids de l’attente d’un résultat particulier. Je ne veux pas dire que nous ne nous sommes pas investis, mais la difficulté a été de ne pas nous encombrer mentalement. Un esprit conditionné et surchargé n’a pas assez d’énergie subtile pour rester léger, disponible et intuitif. C’est ainsi que l’engagement s’étend bien au-delà d’un lieu fixe, embrassant parfois une dimension internationale pour apporter soutien, orientation et inspiration à ceux qui aspirent à une transformation intérieure, où qu’ils soient.
AB : Venons-en maintenant à la guidance individuelle qui peut impliquer un suivi dans le temps pour accompagner la route et les progrès de pratiquants de la vie spirituelle, qu’on les appelle abhyasis ou sadhakas. Dans les spiritualités indiennes, la guidance personnalisée est centrale. L’expérience personnelle est-elle difficile à transmettre ?
Swami Félix : Les religions de l’Inde accordent une grande importance à la transmission initiatique. Proposer un suivi personnalisé à ceux qui cheminent sur la voie spirituelle et les aider à améliorer leur attitude intérieure est un acte extrêmement précieux qui requiert de nombreuses compétences, de la sagesse et de l’humilité. Transmettre l’expérience personnelle est en effet délicat, car chaque chemin est unique et intime. Cependant, mon propre parcours, enrichi par la présence et transmission de mes Maîtres, des années de méditation, de silence et d’étude, me permet de faire preuve de conviction, de respect, d’amitié et de justesse dans l’accompagnement. J’accompagne les pratiquants dans leur évolution, en respectant leur rythme et leur nature. Cette relation sur le long terme donne lieu à une amitié profonde et authentique, dans laquelle l’enseignement ne se limite pas aux mots, mais se vit à travers le partage d’expériences, la bienveillance et l’écoute attentive.
AB : Beaucoup d’européens sont en recherche d’un gourou, certains vont individuellement en Inde et en reviennent parfois déçus. D’autres ne peuvent le faire et contactent des associations hindouistes ou bouddhistes locales. Je suppose que vous êtes très (trop) sollicité comme guide individuel ?
Swami Félix : Certes, mais cette recherche n’est pas nouvelle pour autant. En réalité, il est sans importance que la quête ait lieu en Orient ou en Occident. Le véritable enjeu d’une quête intérieure ne réside pas dans le fait de partir à la « chasse au gourou » en Inde, mais dans l’engagement d’une véritable démarche intérieure à la recherche du seul et véritable gourou : Dieu lui-même. Lorsqu’un aspirant spirituel décide de s’engager dans une discipline sans aucune incitation ni pression, c’est alors et seulement alors qu’il a mis le pied sur le bon chemin. Ce chemin se révèle clairement chaque fois que l’on fait un pas vers notre nature essentielle. Celui qui s’engage sincèrement finira par trouver le pas suivant et trouvera bientôt un ami spirituel pour l’accompagner. À chaque personne qui me demande conseil ou enseignement, j’essaie de répondre à son appel sincère, malgré les défis que cela représente. Mon but est d’offrir un accompagnement authentique à tous ceux qui aspirent à progresser sur leur chemin spirituel, où qu’ils se trouvent.
8 Pratique du Kriya Yoga et bhastrika
AB : Les posts 92 et 95a et b ont publié un dialogue avec de fins connaisseurs de la spiritualité indienne et sanskritistes. Nous avons pu aborder des sujets liés aux disciplines les plus répandues du yoga, karma, bhakti et jnana, pratiquées sous d’autres noms dans toutes les spiritualités. Le karma yoga, celui des œuvres, prend des formes très diverses, mais il n’y a pas de spiritualité accomplie sans bonnes actions. La bhakti est facilement accessible à tous, prière, dévotion individuelle ou collective. La jnana, connaissance est également un effort souhaitable, mais dont l’envie n’est pas partagée par tous quand d’autres y allouent beaucoup de leur temps pour apprendre et partager.
Swami Félix : Bien que des cadres soient parfois nécessaires pour communiquer, j’évite de figer l’expérience spirituelle dans des catégories rigides. Les chemins menant à l’éveil — agir avec pureté, aimer sans attachement, chercher avec ardeur — sont multiples et complémentaires. L’essentiel réside dans la sincérité du cœur, l’authenticité de l’engagement et la profondeur de la vision. Trop souvent, nous nous contentons de la surface. La spiritualité est une expérience vivante qui transcende les concepts et demande d’aller au-delà de nos conditionnements. Chaque outil, chaque voie est une opportunité précieuse qu’il serait dommage de négliger dans notre quête d’éveil.
AB : Ce que nous avons peu abordé dans les posts précédents de ce blog, c’est la discipline du raja yoga décrit par Patanjali et popularisé en Occident par Vivekananda. La quantité d’ouvrages disponibles en librairie, de séminaires et de retraites spirituelles consacrés au yoga a augmenté de manière exponentielle. Pour le meilleur et pour le pire, car certains professeurs de yoga autoproclamés sont très ignorants, sans parler des quelques manipulateurs qui exploitent la naïveté et la générosité d’occidentaux cherchant à fuir leur vide spirituel. Il est devenu très facile d’apprendre seul à pratiquer régulièrement des asanas comme on fait de l’exercice physique pour assouplir son corps. Mais ce n’est qu’un exercice préalable. Avec le pranayama, on entre déjà dans des techniques spécifiques à la tradition indienne. Elles peuvent être très sophistiquées et transformatrices de notre physique et de notre conscience, en particulier pour contrôler l’agitation mentale qui nous pollue. Votre maîtrise des techniques de pranayama vous a conduit à former des sportifs de la plongée.
Swami Félix : Beaucoup de gens ne savent pas que je suis un plongeur de sauvetage, mais je dois dire que j’ai été le premier surpris de voir comment la maîtrise de certaines techniques de pranayama m’a amené à collaborer avec des apnéistes spécialistes et à former des équipes de tournage sous-marin, notamment des caméramans sous-marins confrontés aux défis de l’époque. Avant l’avènement des drones sous-marins, les caméras 16 mm utilisées pour filmer étaient lourdes et nécessitaient un effort constant pour les maintenir en suspension, ce qui augmentait la consommation d’air et réduisait considérablement la durée de la plongée. En appliquant les techniques de pranayama (contrôle conscient du flux respiratoire, de la rétention, de l’expansion pulmonaire et du calme mental), j’ai pu aider ces professionnels à prolonger leur immersion, à éviter la narcose et à gérer le stress. Ce fut une expérience enrichissante de voir comment des pratiques anciennes pouvaient améliorer les performances et la sérénité sous l’eau pour de nombreuses personnes.
AB : Traditionnellement, on recommande d’être très prudent avec certains exercices comme la bhastrika et de les faire sous la guidance d’un praticien réellement expérimenté, ce qui est facile en Inde et moins en Europe. Et il y a ceux qui sont déterminés à suivre une autodiscipline spirituelle autonome avec Dieu et Ses Messages comme seul guide. Ce fut mon choix personnel correspondant à ma nature profondément libre. Quand on croise la route d’un guide spirituel de votre qualité, on a évidemment envie de partager ses conseils, ce que permet ce blog. J’ai commencé à pratiquer seul vers 30 ans la bhastrika avec les trois bandhas, avec circonspection et en étant très attentif pour bien contrôler la circulation du prana et la montée de la kundalini. Je ne l’ai jamais fait pour acquérir des siddhis, des pouvoirs, un des pièges les plus répandu des pratiquants imprudents. Avez-vous des conseils de prudence pour les pratiquants autonomes ?
Swami Félix : Bhastrika est un pranayama purificateur qui, en exerçant l’ensemble de l’appareil respiratoire comme un soufflet, avec un rythme rapide et puissant, vise à éveiller le feu et les énergies latentes de l’ensemble du corps. La respiration du soufflet présente quatre caractéristiques : une intensité égale, un temps égal, un volume égal et une intention égale.
Bhastrika est souvent confondu avec kapalabhati, car tous deux sont des pranayamas dynamiques impliquant les deux narines en même temps. Dans le cas de bhastrika, l’inspiration et l’expiration sont toutes deux actives, alors que dans kapalabhati, l’inspiration est passive et l’expiration est active. Par conséquent, si vous souhaitez apprendre bhastrika, il est conseillé de maîtriser kapalabhati au préalable, car bhastrika est encore plus énergique.
Quelles recommandations dois-je suivre pour bien pratiquer bhastrika ?
Tout d’abord, lavez le visage et les mains à l’eau fraîche, afin de changer d’état d’esprit avant toute pratique. Ensuite, asseyez-vous confortablement dans la posture siddhasana, padmasana ou vajrasana, en gardant la colonne vertébrale et le cou bien droits et immobiles. Fermez les yeux et concentrez-vous sur la musculature respiratoire. Il est conseillé d’être prudent avec l’effort fait sur le visage et le cou, et d’éviter les tensions crâniennes pendant l’exécution de cette technique.
Bouche fermée, inspirez et expirez profondément deux ou trois fois. Augmentez ensuite la vitesse de votre respiration par les deux narines pour effectuer dix inspirations et expirations rapides et complètes d’un coup. Expirez et inspirez de manière continue, comme un bruit de soufflet, en conséquence du rythme respiratoire, mais sans effort. Il est important que vous sentiez le frottement de l’air sur la paroi interne des narines et que vous appliquiez la même force à chaque narine, tant à l’inspiration qu’à l’expiration.
Ce pranayama ne nécessitant pas de rétentions, il peut être répété autant de fois que nécessaire. Entre les séries, expirez plusieurs fois à fond en effectuant une légère et profonde rétention à l’inspiration et à l’expiration. Pendant la rétention après l’inspiration complète (antar kumbhâka), il est généralement conseillé de se concentrer sur le chakra racine (muladhara chakra) et d’amener la conscience le long de sushumna nadi jusqu’au chakra de la couronne (sahasrasra chakra).
Après chaque série, prenez quelques minutes de repos en respirant normalement. Le nombre de séries dépend de votre force et de vos capacités. Je conseille toujours de commencer lentement afin de s’adapter progressivement à la vitesse et à la force de ce pranayama. Par exemple, commencez par trois séries de dix respirations. Pour les plus expérimentés, il est possible d’accompagner la rétention avec les trois bandhas : mula bandha, jalandhara bandha et uddiyana bandha.
La pratique de ce pranayama présente de nombreux avantages, mais vous m’interrogez sur les précautions à prendre. En particulier, Bhastrika ne doit pas être pratiqué sans maîtriser au préalable la respiration yogique complète. Il ne faut pas non plus le pratiquer pendant des sessions trop longues, car cela pourrait endommager les poumons. Il faut s’arrêter dès que vous ressentez une tension. Tout doit se faire dans le calme. C’est ainsi qu’on peut augmenter graduellement la capacité des poumons, effectuer la technique sans risque et sans fatiguer l’organisme. Dès que le son diminue, il faut s’arrêter, récupérer et recommencer ou réduire le nombre de cycles.
À mon avis, la pratique du Bhastrika est déconseillée aux personnes suivantes :
– les personnes ayant une faible capacité pulmonaire.
– Les femmes enceintes.
– les personnes souffrant de hernies hiatales ou de problèmes intestinaux.
– les personnes souffrant d’hypertension ou d’hypotension.
– les personnes souffrant de troubles oculaires, de saignements de nez, de palpitations ou de maux d’oreilles.
Dans tous les cas, il faut être attentif aux symptômes tels que les vertiges, les syncopes, les tremblements répétés, les transpirations anormales ou les bruits du cerveau ou des oreilles, aussi bien pendant qu’après la séance de pranayama.
9 Les chakras et le sahasrara, chakra du seuil
AB : Mes choix de vie professionnelle et familiale m’ont conduit à réduire le temps alloué au yoga, à focaliser mes actions spirituelles sur l’apostolat et à remplacer la méditation par la prière individuelle. Mais depuis quelques années, j’ai enfin trouvé le temps à 74 ans de consacrer plusieurs heures par jour à la méditation précédée de pranayama qui s’ajoutent aux prières quotidiennes qui ont balisé ma vie. Ma pratique yoguique d’il y a 40 ans m’a permis de prendre conscience des chakras, mais celle-ci devient maintenant plus aigüe. Pour les six chakras inférieurs, ce que je ressens correspond à ce qu’on trouve dans la littérature, mais je n’ai pas trouvé grand-chose de précis pour le septième, le sahasrara. Je n’ai pas trouvé ici d’interlocuteur qui en parle d’expérience de manière détaillée et crédible. Comme les autres chakras, il peut être facilement localisé par rapport au corps physique. Je le ressens un peu en dessous de la fontanelle, à l’intérieur du crâne, mais comme un centre qui peut donner l’impression de s’amplifier dans l’espace (c’est l’image du lotus qui s’épanouit), plus encore que les deux chakras pivots de la racine et du cœur (le cœur est empli de son Dieu, nous dit la Parole de 1974). Je le vois parfois représenté comme placé au-dessus de la tête, ce n’est pas ce que je ressens.
Swami Félix : Votre approche de la méditation et votre sensibilité accrue aux centres énergétiques témoignent d’un chemin spirituel mûri par la pratique. Le sahasrara, souvent décrit comme un lotus à mille pétales, n’est pas un centre fixe dans le corps physique mais une ouverture vers l’illimité. Vous le percevez légèrement sous la fontanelle, s’étendant dans l’espace – c’est une perception valable, car ce centre ne se limite pas à un point anatomique mais représente un état de conscience en expansion.
Là où les autres chakras sont des points précis de circulation énergétique, sahasrara est un seuil. Plus que localisé, il est vécu. Son éveil ne correspond pas seulement à une sensation dans le crâne, mais à une dissolution progressive de la dualité intérieure, à un accroissement de l’expérience d’absence d’égoicité. C’est ici que le flux du prana ne se dirige plus vers un point, mais s’ouvre au silence intérieur, à la transparence de l’être. Beaucoup le visualisent au sommet du crâne, mais en réalité, il est perçu différemment selon l’état de conscience du pratiquant.
Votre ressenti rejoint celui de nombreux yogis, qui décrivent ce centre non comme un espace limité, mais comme un rayonnement, une ouverture sans contours précis. Ce que vous ressentez est une expansion, une résonance qui s’épanouit au-delà du corps. L’important n’est pas tant sa position que la qualité de la conscience qui s’y déploie. Laissez-vous guider par cette expansion, sans chercher à la figer. La compréhension de ce centre ne vient pas par l’analyse, mais par l’abandon à l’expérience elle-même.
AB : J’en viens à une spécificité de ce chakra. Pour les autres chakras, il suffit de concentrer le mental sur eux pour qu’ils manifestent leur énergie et on peut sentir la prana qui circule de l’un à l’autre. J’ai l’impression que ce chakra n’en « fait qu’à sa tête », il manifeste parfois sa présence à des moments inattendus et quand c’est le cas, il impose une Présence. Parfois il ne se manifeste pas du tout alors que l’ensemble des autres est actif après un effort prolongé de méditation ou de prière. De plus, je peux associer la manifestation spécifique du chakra de la gorge à des moments d’apostolat où je parle beaucoup de Dieu, ou celui de l’ajna entre les yeux quand je me concentre mentalement. Mais je ne peux associer la manifestation du sahasrara à une situation spirituelle particulière. Je fais avec et continue de mieux que je peux mon chemin spirituel. Qu’en pensez-vous ?
Swami Félix : La manifestation du sahasrara reste un mystère qui dépasse le contrôle de la pensée. Alors que les autres centres énergétiques peuvent être activés par la concentration et la direction du souffle, sahasrara semble suivre une logique propre, apparaissant et disparaissant selon son propre rythme. Ce n’est pas un dysfonctionnement, mais plutôt la nature même de ce centre. Il ne se manifeste pas à la volonté de l’aspirant, mais s’impose lorsque la conscience est prête à accueillir cette expansion.
Contrairement aux chakras inférieurs, sahasrara n’est pas un réceptacle d’énergie à stimuler, mais un point de basculement où l’individualité s’efface progressivement au profit d’une perception plus vaste. Son activation est souvent spontanée, dépassant l’effort de méditation ou de prière. Ce phénomène traduit bien la nature transcendante de ce centre, qui ne peut être réduit à une logique d’activation progressive comme les autres.
Le fait que vous ne puissiez associer sa manifestation à un état spirituel précis est révélateur : sahasrara ne se rattache pas à une fonction distincte comme le chakra de la gorge lié à l’expression, ou ajna associé à la concentration. Il est un espace de dissolution de l’égoicité, un passage plus qu’un point fixe. Son éveil est souvent imprévisible, car il ne dépend pas d’une action volontaire, mais d’une ouverture intérieure qui transcende l’intellect et l’effort.
Continuez à l’observer sans chercher à le maîtriser. Plus qu’un phénomène énergétique, sa manifestation est une invitation à lâcher prise sur toute volonté de contrôle. Son ouverture est une résonance, non un objectif. Laissez-le se déployer comme il vient, sans attente ni attachement, et il révèlera sa nature avec clarté, au-delà des concepts et des schémas habituels de progression spirituelle.
10 Une voie de rapprochement par l’intertextuel
AB : Votre présentation pour le sommet de Gretz précise : « En tant que président du Forum interreligieux international Transcendance (FIIT), il favorise le dialogue et la compréhension entre les différentes traditions spirituelles. Son dévouement à la préservation de la sagesse ancienne et à la promotion de valeurs universelles telles que l’égalité, la paix et la fraternité, le positionne comme un leader spirituel et humanitaire inspirant, œuvrant pour un monde meilleur pour les générations futures. » Je vous avais interrogé à Gretz à la fin de votre exposé, vous avez confirmé votre engagement dans les dialogues interreligieux, mais aussi les limites qui les contraignent quand ils se déroulent au niveau institutionnel.
Swami Félix : Mon engagement en faveur du dialogue interreligieux, notamment à travers le Forum Interreligieux International Transcendence, repose sur un principe simple mais puissant : l’unité dans la diversité. Ce forum vise à promouvoir l’harmonie entre les traditions spirituelles, sans les imposer ni les uniformiser. Si les dialogues institutionnels peuvent parfois freiner l’authenticité nécessaire, mon objectif est d’aller au-delà en créant des espaces d’écoute sincère et de respect mutuel. Le Forum Transcendence valorise la pluralité des croyances comme une richesse, et non comme un obstacle. Inspiré par l’Amour universel, il incarne une quête de fraternité, de solidarité et de paix. Chaque tradition conserve son identité tout en contribuant à une mosaïque spirituelle commune. Je m’emploie à bâtir des ponts durables, convaincu que la véritable spiritualité réside dans cette ouverture et cette reconnaissance mutuelle. C’est une mission exigeante, mais essentielle dans un monde où la diversité est souvent perçue comme une barrière plutôt que comme un cadeau.
AB : Dans ce genre de dialogue, ceux qui s’expriment sont généralement des clercs ou des experts d’une tradition religieuse qui sont surtout là pour donner envie aux auditeurs d’en savoir plus sur celle-ci. Ils ont rarement fait l’effort d’approfondir les autres traditions sans préjugés ou pour l’emporter lors de débats contradictoires. De plus il leur est difficile de remettre en cause leurs traditions ancestrales, même quand elles ont perdu de leur crédibilité. L’avantage de ces dialogues est qu’ils peuvent donner envie aux fidèles des religions de dialoguer en paix plus souvent entre eux.
Swami Félix : Vous soulevez un point crucial sur les dialogues interreligieux : beaucoup de participants, souvent clercs ou experts, viennent principalement représenter leur propre tradition, cherchant à susciter l’intérêt pour celle-ci sans toujours approfondir les autres avec ouverture. Mon engagement avec le Forum Interreligieux International Transcendence s’efforce de dépasser ces limites. J’encourage une exploration sincère des diverses spiritualités, sans préjugés ni crainte de remettre en question nos héritages. Bien que ces dialogues puissent sembler restreints au niveau institutionnel, ils offrent néanmoins l’opportunité précieuse d’encourager la paix et l’échange entre croyants.
Cette année, par exemple, les membres du forum ont passé plusieurs jours ensemble à partager la vie quotidienne de notre communauté monastique au Centre Védantique du CampusPHI. Chacun a participé à la fois aux sessions plénières organisées pour concevoir ensemble l’avenir de notre forum, ainsi qu’aux périodes de méditation, de prière et d’adoration. Ces dernières ont été étonnantes pour beaucoup d’entre eux, car c’était la première fois qu’ils assistaient à ce type d’événement. Ce fut une grande joie pour moi, car tous les membres de notre communauté, ainsi que de nombreuses personnes des environs, ont pu partager avec des personnes d’autres traditions, découvrant tout un monde riche de réalités, de visions et de points de vue sur différents thèmes. Ils ont également participé à la communion fraternelle lors de chaque session, conférence et prière. L’intérêt suscité par cette rencontre résonne encore dans nos cœurs. Pour moi, chaque rencontre est une chance de favoriser une compréhension mutuelle authentique, où l’écoute et le respect transcendent les frontières dogmatiques, permettant à l’Amour universel de guider nos pas.
AB : C’est en partant de la base, entre fidèles et par des initiatives locales, que le rapprochement entre les mondes chrétiens, musulmans, hindouistes et bouddhistes pourra porter de bons fruits. Car les textes sacrés appartiennent à toute l’humanité, ils ne sont pas la propriété exclusive des cultures religieuses qui se sont formées sur eux au fil des millénaires. Cela prendra du temps et de la patience, nous ne pouvons qu’initier ce processus sans tarder en espérant que les générations qui viennent prendront le relais.
Swami Félix : Cher ami, je partage pleinement votre conviction que le rapprochement entre les traditions repose sur des initiatives locales et des échanges entre les fidèles. Le Sacré est un patrimoine de l’humanité qui n’appartient à aucune culture en exclusivité. C’est en favorisant des rencontres simples, sincères et répétées que l’on peut cultiver la paix et la compréhension. Bien que ce processus demande du temps et de la patience, je pense qu’il est impératif de l’initier sans attendre, dans l’espoir que les générations futures poursuivront cette œuvre. Chaque pas compte, et chaque dialogue, aussi modeste soit-il, contribue à l’édification d’un monde plus fraternel et harmonieux.
AB : Je recommande de recourir à une démarche très peu explorée, le rapprochement intertextuel entre les grands textes sacrés en remontant au plus près possible de leur Source pour retrouver la sainte simplicité, celle qui parle au cœur des croyants de base.
Swami Félix : Je comprends et respecte profondément l’idée de rapprochement intertextuel entre les textes sacrés. En effet, je participe à ce travail au sein du Conseil mondial des leaders religieux, qui est composé de religieux, de théologiens et de contemplatifs. Je fais partie de ce dernier groupe, car ma voie est celle de la contemplation silencieuse. Mon engagement réside donc moins dans l’étude comparative des écritures que dans la perspicacité que l’expérience intérieure de la méditation profonde peut apporter au dialogue sur les textes analysés. C’est dans ce silence intérieur que je trouve le lien avec la sagesse universelle, et c’est cette expérience profonde que je m’efforce de partager. Pour moi, le dialogue interreligieux gagne en authenticité lorsqu’il se nourrit de cette expérience contemplative, au-delà des mots et des textes, et que toutes les traditions convergent dans l’Amour et la Présence. Ce chemin exigeant et discret est la modeste contribution que je peux apporter à l’harmonie spirituelle universelle.
AB : Les analyses faites par les experts des langues anciennes, de l’herméneutique et de l’histoire sacrée sont utiles mais ne suffisent pas. C’est à nous, croyants de base de faire l’effort d’en assimiler ce que nous pouvons en comprendre pour apprendre à mieux communiquer avec nos frères croyants de toutes sensibilités. Aimer l’autre, c’est apprendre à le connaître, donc au sens fort à naître avec lui, à retrouver cette innocence des enfants qui jouent ensemble sans barrières civilisationnelles.
Swami Félix : Lorsque nous sommes prêts à aborder l’autre de manière simple, intègre, sans peur, sans culpabilité et sans heurt. Lorsqu’il y a un silence mental, sans jugement, critique ou préjugé, dans cette rencontre. Lorsqu’il y a suffisamment d’espace pour que l’autre se montre et se reconnaisse comme quelqu’un de nouveau, et que la même expérience est simultanément vécue avec étonnement pour soi-même, les deux personnes, mentalement vidées de tout contenu et libres de tout sens de « moi, je », voilà l’Amour qui met fin à toute séparation et à toute différence.
AB : Le travail de rapprochement est aussi fonction du contexte local. En Espagne, il est très différent de celui de la France, pays déterminant en Europe avec une tradition chrétienne qui s’effiloche, un athéisme militant parfois virulent, et les plus grandes communautés musulmane, juive et probablement de méditants dans la tradition indienne, mais d’origine européenne. En effet, dans mes nombreux contacts avec les membres d’associations, des associations védiques françaises, j’ai vu surtout des européens et très peu d’indiens, contrairement à ce qui se passe en Angleterre. C’est pourquoi la communication autour du corpus védique doit être spécifiquement adaptée à la spécificité du public français.
Swami Félix : C’est exact. Mais la réalité est qu’il faut toujours adapter les enseignements au contexte dans lequel ils sont dispensés. Cela est vrai pour tout groupe, où qu’il se trouve. Pour un enseignant spirituel, l’objet de l’enseignement est la vie elle-même, et le but est le moment présent.
AB : Votre site de l’Université de la Conscience témoigne d’emblée de votre ouverture au monde judéo-chrétien. Vous citez le livre de la sagesse en 7/22, considéré comme l’écrit d’un sage du judaïsme alexandrin, donc en milieu hellénisant, avant la naissance de Jésus de Nazareth : Car la sagesse est plus mobile que tout mouvement et, en vertu de sa pureté, elle traverse et pénètre tout. C’est un souffle de la puissance de Dieu, une pure émanation de la gloire du Tout-Puissant ; Rien de contaminé ne l’affecte donc. C’est un reflet de la lumière éternelle, un miroir immaculé de l’activité de Dieu et une image de sa bonté. Même si elle n’est qu’une, elle peut tout faire ; sans rien changer, renouvelle l’univers ; et entrant dans les âmes saintes de chaque génération, il se fait des amis de Dieu et des prophètes, puisque Dieu n’aime que ceux qui vivent avec sagesse. Elle est plus belle que le soleil et surpasse toutes les constellations ; Par rapport à la lumière, elle l’emporte, car la lumière cède la place à la nuit, mais la sagesse n’est pas dominée par le mal. C’est un choix significatif ?
Swami Félix : La citation du Livre de la Sagesse sur le site de l’Université de la Conscience n’est pas fortuite. Il s’agit d’un passage de la Bible qui a particulièrement retenu l’attention du Père Basile (moine bénédictin de Montserrat) et de moi-même, et sur lequel nous nous sommes arrêtés à plusieurs reprises pour méditer. Ce passage, dans lequel la sagesse est magnifiquement décrite comme un souffle pur et une lumière éternelle, est l’occasion d’affirmer que la véritable sagesse est universelle, intemporelle et accessible à toute âme sincère, quelles que soient son origine et son héritage culturel. C’est un hommage à la lumière spirituelle qui nous unit tous.
AB : Par contre, je constate en Europe que l’ouverture au monde musulman est très limitée, et c’est une responsabilité partagée car le monde musulman, très minoritaire ici, vit souvent replié sur lui-même, voire crispé pour diverses raisons. Or c’est en partant du texte du Coran qu’on peut entrer en dialogue avec les musulmans. Encore faut-il mieux le connaître et surtout écarter les mauvaises interprétations et les découpages de versets du Coran isolés de leur contexte historique de Révélation orale progressive en langue arabe aux contemporains du prophète Muhammad.
Swami Félix : L’islam renferme l’une des perles les plus sublimes de la quête spirituelle dans ses expressions mystiques les plus profondes. Le soufisme, en particulier, est une source intarissable de sagesse et d’inspiration. Pourtant, une méconnaissance généralisée de cette tradition, de sa culture et de sa profondeur spirituelle persiste en Europe, limitant l’ouverture et le dialogue. Dépasser ces barrières est essentiel pour découvrir cette richesse. C’est en reconnaissant et en honorant cette essence que peut naître un dialogue sincère et enrichissant. Chaque tradition spirituelle éclaire le chemin humain d’une lumière unique ; celle de l’islam brille comme une flamme de sagesse et d’amour universel.
AB : Du peu que je connaisse des immenses écritures hindoues, je suis convaincu qu’il faut se focaliser sur les versets inspirés des rishis dravidiens du Rig Veda qui évoquent le Créateur unique. Car il faut s’attaquer d’emblée aux préjugés qui voient en l’hindouisme un polythéisme plus ou moins délayé. De plus le sanscrit ancien et l’arabe du temps de Muhammad, sont des langues qui ont considérablement évolué et dont il est vain de rechercher un sens actuel précis et définitif. Il faut se laisser porter par leur inspiration poétique, et par le son, celui des chants sacrés que nous pouvons partager sans avoir à en définir intellectuellement une traduction unique dans nos langues maternelles.
Swami Félix : Oui, c’est exactement ça. Il faut apprendre à l’esprit à ressentir et au cœur à penser. Les paroles sacrées ne sont pas de simples écrits figés dans le temps, mais des souffles vivants qui transcendent les âges. Leur essence ne réside pas dans des définitions rigides, mais dans la vibration qu’elles éveillent en nous et qui se révèle pleinement lorsqu’on les écoute avec le cœur.
AB : Ce blog a proposé un plan de communication pour 2025 applicable au contexte français pour mieux faire connaître les spiritualités indiennes. Il pourra aussi être utile pour nos voisins européens. Il comprendrait deux volets principaux, un livret et un congrès. Le livret de présentation du Rig Veda ferait moins de 100 pages, un ouvrage collectif avec plusieurs auteurs complémentaires. Il serait utilisé par des associations de la FVF et en conséquence intéressera un bon éditeur qui n’aura pas à s’inquiéter du tirage programmé. Le congrès serait consacré au Rig Veda et aurait lieu à Gretz sur une journée. Ces deux initiatives faciliteront ensuite nos démarches pour obtenir un créneau télévisuel du dimanche matin sur la TV publique française A2. Il est facile d’argumenter que l’absence de l’hindouisme peut être considéré comme discriminatoire par rapport aux autres grandes religions qui disposent toutes d’un créneau horaire. Et l’appui de l’ambassade de l’Inde semble évident. Mais il faut s’organiser pour assumer ensuite une présence hebdomadaire de qualité. Le soutien spirituel d’une personnalité comme vous, crédible et francophone, me parait incontournable pour que ce plan aboutisse.
Swami Félix : Cher Antoine, je vous remercie vivement de m’avoir offert la possibilité de contribuer à ce blog. Ma présence ici témoigne de mon engagement envers les initiatives sérieuses visant à promouvoir la spiritualité. Ce projet me semble précieux et, bien que très sollicité et occupé, je fais de mon mieux pour répondre à des propositions comme la vôtre. En ce qui me concerne, toute invitation à un événement je dois la planifier longtemps à l’avance. Vivant en retrait sur le Campus PHI, les déplacements sont toujours complexes et nécessitent un passage par Madrid pour rejoindre toute destination par avion. Je vous souhaite beaucoup de succès dans la réalisation de ce projet et j’espère qu’il portera ses fruits.
AB : Sans vouloir offenser votre modestie, je trouve lumineux, émouvant et encourageant tout ce que vous avez dit ici et je continuerai à m’y replonger. De plus, je m’attendais à des réponses profondes, mais pas à une telle maîtrise de la si difficile langue française. C’est très utile pour les lecteurs de ce blog dont la familiarité avec les sujets évoqués est certainement variable.
Ce que vous avez enseigné, en particulier sur le sahasrara chakra selon votre expérience, est essentiel et difficile à trouver dans d’autres sources. J’encourage les lecteurs de ce blog à le faire connaître autour d’eux à ceux qui s’intéressent, chacun à sa manière, à la voie du yoga afin qu’ils évitent les pièges intérieurs ou extérieurs qu’ils pourront rencontrer dans leur pratique.
Enfin votre soutien spirituel m’encourage à reformuler ma proposition de présentation du Rig Veda en commençant par l’ashram de Gretz. Ce sera peut-être pour 2026, mais la patience est de rigueur.
11 Synthèse
Ce post étant le plus long de tous, une synthèse s’impose.
1 Tout itinéraire spirituel est une exception, mais celui de Swami Félix est unique par sa précocité et sa constance dans une ascension spirituelle très atypique dans l’Espagne de Franco. Il lui permet maintenant d’être un guide spirituel reconnu dans son pays et dans une grande tradition de l’Inde.
2 Sa longue expérience de la méditation et des chakras lui permet d’en parler en connaissance de cause à des européens en recherche spirituelle qui manquent de références fiables.
3 La méditation n’est pas une simple pratique ou une activité à accomplir, mais un état fondamental de l’être, pour exister en harmonie avec la Réalité ultime (Brahman). C’est une pratique soutenue de connaissance de soi (ātma-vichāra), d’investigation de la véritable nature du Soi (Ātman).
4 Le véritable enjeu d’une quête intérieure ne réside pas dans le fait de partir à la « chasse au gourou » en Inde, mais dans l’engagement d’une véritable démarche intérieure à la recherche du seul et véritable gourou : Dieu lui-même.
5 Toutes les traditions religieuses convergent dans l’Amour et la Présence. Car la véritable sagesse est universelle, intemporelle et accessible à toute âme sincère, quel que soit son héritage culturel. Le dialogue interreligieux gagne en authenticité lorsqu’il se nourrit de l’expérience contemplative.
6 L’Europe est un lieu propice au travail de rapprochement intertextuel des grandes religions, mais nécessite une approche d’enseignement spécifique qui ne peut simplement copier ce qui se passe ailleurs. Les guides spirituels de haut niveau et biculturels y sont particulièrement rares.
Merci, Antoine, de ce très beau texte ! Un témoignage inoubliable !