Il est d’usage d’opposer matérialisme et spiritualisme, mais pour un croyant accompli, cela n’a pas de sens. L’idée exprimée par le deuxième rédacteur de l’Evangile de Jean en 4/24 « Dieu est esprit » reste fondamentale dans les doctrines chrétiennes qui spéculent sur un texte tardif écrit en grec. Le prophète Jésus n’a jamais dit cela.
D’ailleurs, comment le Créateur de la matière pourrait-il être pur esprit ? Comment aurait-il créé nos ancêtres adamiques à partir de matière ? Comment aurait-il ressuscité Jésus ? Le Coran précise qu’avant l’homme, Il avait créé de feu des anges et des djinns (55/15), des créatures invisibles qu’Il appelle à se prosterner devant l’homme matériel. Pourquoi ?
Le message de 1997 nous dit : « Je suis le Créateur et l’Univers créé, le Tout et le Rien, le temps et la matière… Tu veux savoir pourquoi tu es là et je vais te le dire…Ta vocation est de choisir ta voie, de choisir en conscience… en t’élevant à ce degré de connaissance, Je n’ai fait qu’entrouvrir pour toi l’ordre du monde, car la création est une œuvre qui se pense sans cesse intensément… Dans cette gestation perpétuelle dont tu fais partie, il t’appartient de donner un sens à la matière… »
Les scientifiques cherchent depuis très longtemps à percer les secrets de la matière perceptible, c’est une quête légitime, mais Le Créateur nous prévient : Jamais vous ne pourrez comprendre la profondeur de mes silences, éclairer un mystère en ouvrira un autre… Dans les chapitres 1 à 5, nous nous pencherons sur l’historique de la quête scientifique et les découvertes récentes sur le sujet de la matière. Le chapitre 6 posera la question du sens de la matière dans une dynamique spirituelle de convergence vers Dieu et le 7 se penchera sur le destin de l’humanité.
1 Les composants de la matière
Dès l’époque grecque et peut-être avant, les atomes étaient définis comme le plus petit corpuscule de matière. La pensée humaine restera longtemps spéculative, avec des possibilités d’expérimentations limitées et des modèles mathématiques élémentaires.
Puis, surtout à partir de la Renaissance, la recherche scientifique occidentale progressera rapidement. Le physicien Newton (1642-1727) théorise une loi de la gravitation universelle permettant d’expliquer aussi bien la chute des corps que le mouvement de la Lune autour de la Terre. Pour lui, la masse est une qualité intrinsèque à la matière, et la force qui la met en mouvement par attraction gravitationnelle dépend de la distance entre les corps.
En 1777, le chimiste Antoine Lavoisier énonce la loi de conservation de la masse, selon laquelle rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme. Puis Mendeleïev (1834-1907) propose une classification des éléments chimiques en 118 éléments (dont 94 à l’état naturel) dans l’ordre de leur masse atomique.
C’est une déduction logique des propriétés observables des éléments, des plus légers, gazeux, l’hydrogène et l’hélium, en passant par le carbone essentiel à la vie, jusqu’aux métaux lourds comme le fer, essentiel à l’équilibre de la planète, puis aux éléments radioactifs comme l’uranium, de plus en plus instables avec l’augmentation de leur masse.
En 1897 Thomson, suite à ses expériences sur les rayons cathodiques, propose son modèle atomique de la matière avec un noyau, agrégat de neutrons et de protons chargés positivement, avec des électrons gravitant autour et chargés négativement. L’augmentation du nombre de protons et neutrons explique la croissance des masses atomiques.
Einstein vient bouleverser toutes ces théories avec la mécanique quantique et la relativité générale. En 1905, il établit, avec sa célèbre équation E=mc2, le lien entre masse et énergie. L’annihilation d’une petite masse par rencontre entre matière et antimatière ou fusion nucléaire avec perte de masse produit une quantité considérable d’énergie.
La science ne s’arrêtera pas là, et en 1964, deux théoriciens proposent des corpuscules subatomiques, les quarks avec deux types de spins, up ou down et trois formes assez semblables illustrées par des couleurs, soit 6 types de quarks. Les particules atomiques sont donc composées de quarks, deux up et un down pour les protons, un up et deux down pour les neutrons
Les gluons au nombre de huit jouent les médiateurs entre chaque type de quarks, ils empêchent les quarks up et down de s’éloigner. Seuls les électrons ont une certaine liberté de mouvement, mais sur des orbites précises, ils ne peuvent que sauter de l’une à l’autre sous l’effet d’une excitation énergétique.
Les différentes formes de particules se distinguent par leur charge, les hadrons sont sous la force nucléaire forte. Mais considérés comme composites, ils ne sont pas intégrés à la classification des particules standards. Contrairement aux leptons, découverts au siècle dernier, chargés sous la force nucléaire faible et qui sont classés comme les quarks en six types différents.
A ces douze briques de la matière élémentaire s’ajoutent les bosons de quatre types dont le fameux boson de Higgs, théorisé en 1964, très difficile à détecter. Au point que beaucoup de théoriciens ont construit des classifications alternatives pour s’en passer, sans convaincre leurs collègues. Le sujet a été débattu jusqu’en 2012 quand une chambre à bulle a enfin permis de détecter la trace de ce boson, 125 fois plus lourd que le proton. La masse d’une particule est déterminée par l’intensité de son interaction avec le champ de Higgs.
La compréhension scientifique de la matière devient complexe car elle doit intégrer les corpuscules et les forces qui agissent sur elle.
2 Les interactions ou forces en présence
La force connue depuis le plus longtemps est la gravitation. L’homme qui marche, qui grimpe la connait par expérience et cherche à la maîtriser pour manger, se déplacer, mais aussi faire la guerre avec la science balistique.
L’interaction électromagnétique, déjà observable avec les aimants et les boussoles, a été reliée en 1887 par Hertz à des ondes électromagnétiques en produisant artisanalement la première transmission radio. Elle a été théorisée ensuite par Faraday qui rapproche la force électrique de la force magnétique, puis Maxwell qui prédit que les ondes électromagnétiques doivent se déplacer à la vitesse de la lumière, ce que Hertz prouvera par ses expériences.
Ce qui remet en cause le modèle de Newton de forces attractives ou répulsives agissant à distance et instantanément pour proposer le modèle de perturbations d’un champ qui se propage entre ces objets.
Le champ est un concept flou. Dans la pensée classique, il est continu, mais en mécanique quantique il est discret, une hypothèse posée par Planck dès 1900. Einstein entre dans la danse dans un article révolutionnaire publié en 1905 qui montre que le rayonnement électromagnétique est composé de particules porteuses de ces quanta d’énergie, les photons.
Ce bouleversement des modèles mentaux va nécessiter des travaux mathématiques complexes et de multiples expériences. Une génération de scientifiques de génie émerge avec des noms comme Heisenberg, Pauli, Shroedinger et Dirac.
Le phénomène de gravitation est spécifique car il n’y a pas de masse négative, elles s’additionnent et sont donc dominantes à l’échelle macroscopique. Faraday a émis l’hypothèse logique que le champ gravitationnel soit dû à la présence d’un champ dont la particule médiatrice serait un graviton, de masse nulle et se déplaçant à la vitesse de la lumière, mais aucune expérience à ce jour n’a permis de l’identifier.
Au niveau subatomique, deux forces apparaissent. La force nucléaire forte, découverte dans les années 60 agit au cœur des noyaux et assure leur stabilité, médiatisée par des gluons. La constante de couplage électromagnétique est beaucoup plus élevée pour cette force.
Et La force nucléaire faible, découverte en 1973 au CERN. Elle entre en jeu dans les désintégrations radioactives, au cœur du soleil ou dans les centrales nucléaires, médiatisée par des bosons W et Z, identifiés dans les années 80. La constante de couplage électromagnétique est à un niveau intermédiaire, beaucoup plus forte que la gravité, quasi indétectable à ce niveau, mais très inférieure à la suivante.
A la complexité des forces en présence s’ajoute le questionnement sur la double nature de la matière, à la fois corpuscules et ondes. Ce qui était une hypothèse de théoriciens est devenu une certitude scientifique, difficile à intégrer dans nos modèles mentaux habitués à nos expériences quotidiennes.
3 La lumière, corpuscules ou ondes ?
Le sujet est simplement et brillamment expliqué par notre prix Nobel Alain Aspect : (https://www.youtube.com/watch?v=_kGqkxQo-Tw)
La nature de la lumière a toujours intrigué les hommes, dans l’Antiquité, elle était imaginée comme des corpuscules allant ou provenant de l’œil (Aristote ou Euclide). Puis au Moyen Age, on apprend à polir des lentilles qui aident les astronomes Galilée et Kepler dans leurs observations. Huygens également mathématicien, sera le premier, en 1690 à proposer une théorie ondulatoire de la lumière. Mais son contemporain Newton maintient une théorie corpusculaire de la lumière. Il réalise une diffraction de la lumière avec des prismes.
La théorie ondulatoire revient au premier plan grâce aux expériences de Young et Fresnel (1788-1827) qui imposent la théorie ondulatoire de la lumière grâce à ses expériences de diffraction et de polarisation. Maxwell (1831-1879) élabore ses fameuses équations qui unifient l’électricité, le magnétisme et l’induction. Il interprète la lumière comme un phénomène électromagnétique et démontre que les champs se propagent dans l’espace à la vitesse de la lumière.
C’est ce bel édifice théorique construit au fil des siècles par des savants de génie qu’Einstein va brusquement déstabiliser en 1905 pour expliquer l’effet photoélectrique. Ce jeune homme pose l’hypothèse de la double nature corpusculaire et ondulatoire de photons de lumière qui ont une énergie et une quantité de mouvement. Son travail permettra plus tard de répondre à deux énigmes posées par Kelvin sur des observation de Michelson.
Mais pendant longtemps, ses intuitions ne sont pas prises au sérieux jusqu’à ce qu’une expérience prouve leur validité qui lui vaudront le prix Nobel en 1922, à 43 ans. Louis de Broglie, prix Nobel en 1929 montre de son côté que l’électron, identifié comme une particule, est également une onde. La mécanique quantique qui en découle pose des problèmes conceptuels, mais elle est la théorie scientifique la plus fructueuse, validée par d’innombrables expériences et aboutissant à des applications devenues indispensables dans le monde moderne (laser, transistors, circuits intégrés, ordinateurs quantiques…)
C’est la seule théorie permettant de comprendre la structure de la matière à l’échelle infinitésimale et à expliquer pourquoi la matière ne s’effondre pas sur elle-même, parce qu’on ne peut comprimer indéfiniment une onde. Les expériences à cette échelle sont difficiles à réaliser, elles furent d’abord probabilistes sur un très grand nombre avant de pouvoir être faites dans les années 70 sur une seule particule.
Cette nature double trouble nos capacités d’imagination issues de notre expérience quotidienne à l’échelle humaine. Mais le photon est bien une particule qui peut passer par deux trous de Young en même temps, ce qui ne devrait être possible que pour une onde étalée dans l’espace avec une répartition probabiliste.
La conséquence la plus troublante des expériences d’Aspect est l’intrication quantique : deux particules qui ont interagi à un moment restent liées d’une manière incompréhensible de manière instantanée, au-delà de la vitesse de la lumière, considérée comme la limite de la physique. Une des conséquences est la complexité de notre univers, car il y a infiniment plus d’informations dans un ensemble intriqué que dans la somme de ses parties.
Pour un croyant, l’explication est simple : le Créateur, seul en dehors du temps et de l’espace est le lien perpétuel qui unit toute Sa Création. Mais la réduction scientiste, qui sévit particulièrement en France, bloque toute réflexion non matérialiste.
4 Le modèle standard et ses incertitudes
La science a ainsi abouti à un Modèle standard de la physique des particules élégant et prouvé par les expériences, jusqu’à nouvel ordre…
En effet, la découverte du boson de Higgs vient compléter les bosons médiateurs des trois forces identifiées après la gravitation pour former un tableau remarquablement simple qui explique dans un modèle unique toutes les constatations réalisées à ce jour dans notre univers observable, à l’exception du graviton dont l’existence reste hypothétique.
Notons que le graviton interagirait infiniment moins que le photon et le neutrino avec les autres particules et pourrait conserver toute l’information des débuts de l’Univers. D’autre part si le graviton est découvert, il devrait certainement, comme les photons observés par Alain Aspect, respecter l’intrication quantique, mais aussi le modèle de la relativité générale où c’est l’espace-temps lui-même qui se déforme et permet à la gravité de se propager sous forme d’ondes gravitationnelles.
C’est un défi majeur pour notre compréhension de la matière et de ses lois et les découvertes expérimentales futures questionneront ces deux bases fondamentales que les chercheurs n’arrivent toujours pas à combiner, mécanique quantique et relativité générale.
Le Modèle standard contient trois familles de neutrinos, électroniques, tauiques et muoniques. Le neutrino, longtemps énigmatique, fait un pont entre les deux univers de l’infiniment petit et de l’infiniment grand. Car pour le cerner, il a fallu observer ceux en provenance du soleil et non ceux des accélérateurs de particules. D’abord théorisé sans masse par Pauli en 1930 pour rétablir le principe de la conservation de l’énergie, la découverte en 1998 qu’il en avait une (qui reste à déterminer) rend perplexes les théoriciens.
Une théorie des cordes, idée lancée dans les années 60 par Veneziano, pouvait théoriquement faire le lien entre la mécanique quantique et la cosmologie, mais il reste très difficile de tenter une observation compte tenu des tailles infimes en jeu : pour en faire une théorie de la gravitation, la corde devrait mesurer 10 puissance -33 cm !
En 1970, les physiciens Ramond et Gervais la font évoluer en théorie des super cordes en perdant 16 dimensions d’espace, ce qui facilite une éventuelle observation. Cinq théories de supercordes ont été proposées, synthétisées par Witten en une M-théorie. L’intuition géniale de Maldacena en 1997 a été de proposer une représentation holographique applicable à l’analyse des trous noirs en passant de trois à deux dimensions.
Mais ces familles de théories restent à tester pour sortir des spéculations théoriques, ce qui n’est pas une mince affaire. Or une théorie qui ne débouche ni sur une preuve expérimentale, ni sur une application pratique est vouée à se limiter aux manuels d’histoire. Le même problème se pose pour la théorie de la gravitation à boucle, pensée comme la précédente dans une logique géométrique. Or géométrie et gravité sont liées.
Une théorie quantique de la gravité qui pourrait unifier le microscopique et le macroscopique se fait toujours attendre malgré le très grand nombre de chercheurs de par le monde qui espèrent apporter leur pierre à l’édifice de la science contemporaine.
Poursuivant l’idée lancée par deux chercheurs de Kiev, Volkov et Akulov en 1973, Ferrara et Zumino proposent la théorie de supergravité qui décrit l’interaction gravitationnelle comme une symétrie quantique entre fermions et bosons dans l’Univers, équivalente à une symétrie géométrique dans l’espace-temps qui permet la translation. Cette théorie de jauge microscopique introduit une nouvelle particule nommée gravitino.
Comme le dit le Créateur en 1997 : « Jamais vous ne pourrez comprendre la profondeur de mes silences, éclairer un mystère en ouvrira un autre ». Cette recherche sans fin est également le lot de la cosmologie scientifique.
5 Enigmes noires
Les progrès des outils d’observation sont spectaculaires parce qu’ils sont réalisés en collaboration internationale pour observer l’infiniment petit avec des accélérateurs comme le LHC ou l’infiniment grand avec des réseaux de miroirs coordonnés sur terre, puis dans l’espace comme les satellites Chandra, puis Planck lancé en 2009 pour scruter les premiers instants de l’univers lumineux, 380 000 ans après le Big Bang.
L’astrophysicien Zwicky passe ses nuits à l’observatoire de Pasadena, scrutant les astres en quête d’explications du phénomène de décalage vers le rouge et de supernovas. Il publie en 1933 que l’accélération de mouvement d’une galaxie éloignée, la chevelure de Bérénice ne s’explique que par une masse invisible 400 fois supérieure à celle des galaxies visibles, il l’appelle la matière noire.
Son travail est quasiment ignoré pendant trois décennies, jusqu’à l’utilisation de radiotélescopes pour compléter les observatoires d’images lumineuses. A ce moment, la communauté scientifique bascule et s’intéresse à Zwicky car toutes les observations confirment que la matière visible est minoritaire dans notre univers. En 1978, Steigman propose un nom humoristique pour baptiser une nouvelle particule qui pourrait expliquer la matière noire, le WIMP (weakly interactive massive particle). Puis d’autres équipes de chercheurs proposèrent d’autres noms et concepts comme le gravitino.
Des chercheurs ont voulu traquer des signatures de matière noire par des annihilations de matière au contact de l’anti matière (un antiélectron, a été observée en 1932), mais sans succès pour le moment. En attente d’observations concluantes, la course au prix Nobel est bien engagée…
Le difficile rapprochement entre le modèle standard de la physique des particules et le modèle cosmologique inflationnaire, le mystère de la matière noire préoccupaient les théoriciens, quand en 1998, Riess propose une énergie noire. Elle pourrait être couplée à une nouvelle forme de matière, l’inflaton, car elle expliquerait l’équilibre de cet univers en expansion accélérée. La question posée est aussi celle du destin de l’univers, Big Crunch ou évaporation en matière indétectable dans un espace incommensurable ?
En 1935, le jeune Chandrasekhar présente le résultat de ses calculs à Londres : les étoiles supermassives sont vouées à s’effondrer sur elle mêmes. Il lui faudra attendre 1983 pour avoir le prix Nobel, car le concept était trop disruptif pour la communauté scientifique. Le résultat de cet effondrement est baptisé trou noir par Wheeler en 1939. Ce sujet, popularisé par le brillant Stephen Hawking, continue à mobiliser théoriciens et expérimentateurs, mais leur existence n’est plus mise en doute, une photo du processus d’absorption de matière par un trou noir a été publiée en 2019.
De nombreux trous noirs très divers ont été identifié des dernières années. Certains sont supermassifs, c’est la fusion de deux d’entre eux pour former un trou noir de 62 fois la masse du soleil qui a permis en 2015 de détecter les ondes gravitationnelles imaginées par Einstein.
Mais des trous noirs primordiaux, postulés en 1974 par Hawking pourraient avoir joué un rôle aux premiers instants de l’univers, quand il baignait dans un bain de quelques milliards de milliards de degrés de particules très énergétiques, issues de la désintégration de l’inflaton.
Ces trous noirs auraient eu une durée de vie très faible et ne peuvent plus être observés mais auraient pu donner naissance aux premiers noyaux d’hydrogène. Les plus anciens photons se sont découplés de la soupe primordiale 380 000 ans après le Big Bang et initié l’apparition de la lumière.
6 Donner un sens à la matière
Je tiens à remercier mon partenaire de dialogue Michel Galiana (https://mgm-ec.fr) pour les lectures qu’il m’a conseillées pour soigner mon ignorance en matière de sciences et pour sa relecture pour vérifier si je ne dis pas trop de bêtises dans ce post.
J’ai lu aussi « La nouvelle Physique » de Yann Mambrini, un ouvrage récent au spectre large, abordant une grande variété de sujets de recherches dans des domaines où l’auteur n’est pas un expert, mais a suffisamment de connaissances pour écarter les spéculations éloignées du domaine scientifique.
Il est écrit dans un style romancé riche en jeux de mots, donc facile à lire. Il ne fait pas l’impasse sur la course à la publication dans laquelle les chercheurs sont engagés pour parler le premier d’anomalies qui pourraient être intéressantes mais s’avèrent être de fausses pistes après les longues vérifications d’usage pour écarter les phénomènes perturbateurs expliquant ces anomalies.
A la fin de son livre, Mambrini évoque la difficulté de répondre à la question : « croyez-vous en Dieu ? », face à l’apparition d’un être humain doté de raison dans un Univers constitué à 99,999% de vide. Il ne s’épanche pas sur ses convictions personnelles, mais sa réponse d’abord évasive signe à mon avis cette attitude agnostique qui caractérise la majorité des chercheurs français qui considèrent que la métaphysique est hors sujet.
La réponse qu’il donne maintenant à cette question met en jeu le principe d’entropie (augmentation constante du désordre dans l’ensemble de l’univers perceptible) et le principe de la moindre action issu des idées de Maupertuis, Leibniz et Lagrange. Ce sont de brillants esprits mais ils sortent à mon avis du domaine scientifique. Il le formule ainsi : « la nature va toujours choisir la route la plus courte, minimisant un objet mathématique que Maupertuis appelle action, qui est le produit de la masse par la vitesse par la position ».
Il développe : « la nature s’affaire à créer localement des systèmes de plus en plus complexes afin que globalement le désordre domine l’Univers efficacement. Notre cerveau n’est donc qu’un bac à glaçons qui permet à la nature de maximiser le principe d’entropie ». J’y vois une pirouette intellectuelle d’un cerveau qui tient à écarter l’hypothèse d’un Créateur unique sans même la rapprocher de ses observations.
Je fais le lien avec Spinoza, un autre grand esprit, qui parlait de Nature au lieu de Dieu. Mais il y a une grande différence. Spinoza devait écrire en évitant les foudres de l’ordre religieux, en l’occurrence celle des rabbins de sa communauté. Mambrini peut écrire en toute liberté mais pourrait se discréditer face à ses collègues s’il s’avançait dans le domaine de la spiritualité.
Je poursuis cette réflexion par un dialogue avec mon cher ami Gilles sur des sujets métaphysiques afin de réfléchir au message qu’il a reçu en 1997 du Créateur et qui fait le titre de ce post.
7 Quel destin pour l’humanité ?
AB : Le mot matière apparait d’abord dans « Je suis le Tout et le Rien, le temps et la matière ». Je constate que le mot « esprit » n’est utilisé nulle part dans ce message. En affirmant qu’Il est la matière en s’adressant à un chrétien, le Créateur ne signifie-t-il pas que c’est une erreur de penser que Dieu est seulement esprit (Jean 4/24) et doit s’incarner en Jésus pour ressentir la matière, comme le prêchent certains théologiens ?
GC : Je suis étonné par cette question car il me semble Que Dieu englobe tout en lui et qu’il n’est donc aucune contradiction entre matière et esprit. Si nous, êtres humains, sommes constitués de matière, nous ne sommes créés sous cette forme que pour porter témoignage de la grandeur de la création. Ainsi la venue de Jésus, sur cette terre, en tant qu’être périssable mais participant de l’unité divine, n’était pas nécessaire sinon pour rappeler à tous les êtres humains la voie à suivre dans le courant de leur courte vie.
AB : Tu nous place ainsi dans la continuité prophétique d’Adam à Muhammad et passant par Jésus, ce qui nous éloigne des doctrines de l’incarnation et de la trinité avec son « Saint Esprit ». Il faut reconnaître que le mépris de la chair ou le dolorisme ont fortement marqué le christianisme, ce qui n’est pas le cas de l’islam historique.
Il ajoute « Ta vocation est de choisir ta voie, de choisir en conscience… en t’élevant à ce degré de connaissance, Je n’ai fait qu’entrouvrir pour toi l’ordre du monde… Dans cette gestation perpétuelle dont tu fais partie, il t’appartient de donner un sens à la matière ». Comme dans le Coran, Dieu insiste sur l’importance de la recherche de la connaissance, à l’inverse des religions établies qui encouragent trop souvent l’ignorance et la soumission aux doctrines officielles.
GC : Il me semble que ce Conseil coule de source dans la mesure ou celui que j’ai appelé aussi « « l’Esprit qui veille » porte en lui la connaissance absolue du pourquoi et du comment de l’univers. Tout être humain porte en lui la conscience à la fois de l’imperfection de son savoir et de la solennité de la recherche qui le rapproche de Dieu. Ainsi la lente et éternelle montée de l’homme vers la connaissance est-elle un hommage à ce qui est par nature l’apanage du Créateur. Chaque être humain, au travers de la faculté qui lui a été donnée de nommer toutes choses et d’approfondir ses connaissances affirme ainsi la gloire de la création.
Pour dire les choses autrement, dans cet hommage constant à ce qui le dépasse immensément se trouve la grandeur de l’échange entre l’infiniment petit de l’homme et l’infiniment grand dont il participe ; la substance même de la création se trouve grandie par l’affirmation de l’être humain que rien n’est trop grand pour l’idéal auquel il aspire. Et c’est bien dans cet échange mystérieux voulu par Dieu qu’il affirme la noblesse de ce qu’il est.
AB : Je voulais aussi revenir dans ce post sur cette appellation « Esprit qui veille » que tu as beaucoup utilisée dans notre premier opuscule. Elle peut être mal interprétée par ceux qui pensent que le Créateur est pur esprit alors qu’il est bien présent dans la matière et parce que le mot veille peut faire penser qu’Il s’est mis en veille alors que son activité n’a jamais cessé. Nos frères juifs disent que YHWH se retire pour laisser de la place à la liberté de l’homme. Quand tu dis qu’il veille, tu l’entends évidemment au sens qu’Il veille sur nous.
Pour « donner un sens à la matière », le dictionnaire des synonymes de Larousse indique : comprendre, deviner, entendre, pénétrer, saisir. C’est pourquoi je suis d’abord parti sur la piste des explications scientifiques de la matière. Mais à l’évidence, malgré d’incontestables progrès, comme le dit le message, éclairer un mystère en ouvrira un autre et je tourne en rond dans cette recherche de sens via les sciences. Je dois me rapprocher de l’expression courante « donner un sens à sa vie » pour réfléchir sur le sens de la matière ?
GC : Je crois en effet qu’il est vain de vouloir penser que l’être humain peut aboutir sur quelque sujet que ce soit à une connaissance scientifique définitive. Mais, au travers de sa recherche, il ouvre la voie à la nécessité qu’il ressent du sens de sa vie, à la fois si misérable et si glorieuse, qui marque son bref passage sur cette terre. Cette symphonie universelle de la demande d’absolu sans solution définitive est celle de tous les êtres pensants et en dernier ressort c’est elle qui donne un sens à l’univers dans cette merveilleuse interpénétration entre Dieu et l’homme qui nous caractérise.
AB : L’interpénétrabilité est un concept rare, trouvé chez Teilhard, mais très évocateur. La fin du message passe du tu ou vous et nous concerne donc tous. La recherche de sens implique donc toute l’humanité, toutes générations confondues ?
GC : Cela me semble clair.
AB : Les étoiles brûlantes sont belles, mais belle aussi est la chair créée. Célèbre mon œuvre comme elle le mérite. Comprendre les étoiles n’est pas simple, mais rien de plus matériel et proche de nous que la chair perceptible. Quel est son destin ?
GC : Le destin de l’être humain, à la fois matière et esprit, capable de concevoir la notion d’éternité alors qu’il n’est qu’un élément si passager de l’univers, est grand. Car la chair, si fragile qu’elle soit, porte aussi le témoignage de la gloire de Dieu, ce qu’ont bien compris tous les artistes qu’ils soient écrivains, sculpteurs, peintres ou autres qui rendent hommage à la création en affirmant par leurs œuvres que la beauté est une partie essentielle de l’univers.
AB : Ce qui me conduit à un de mes thèmes favori, la Résurrection de la chair. Le suaire de Turin, l’objet le plus étudié par les scientifiques du monde entier, leur pose un problème non résolu à ce jour du processus d’impression de l’image qui ne s’expliquerait que par un flash puissant d’énergie venu de l’intérieur du suaire. La science nous dit qu’il faut une quantité considérable d’énergie pour qu’un corpuscule de matière apparaisse. Que s’est-il donc passé ?
GC : Comme je l’ai en effet déjà exprimé, l’existence humaine de Jésus, créature éternelle qui ne saurait vivre et mourir au sens humain du terme, n’a été voulu par « l’Esprit qui Veille » que pour permettre au Christ d’insister sur le rôle essentiel de l’être humain, affirmant au travers de ses pensées et de ses actes, sa foi dans l’éternité. La mort de Jésus n’est donc qu’apparence due à la temporalité qui nous environne et sa résurrection au sens où l’entendent les êtres humains, n’a pour moi pas de sens ontologique. Le suaire de Turin est là pour faire réfléchir au sens de la présence du Christ, humain pour l’occasion, mais éternel par destination.
AB : Je me suis déjà exprimé au post 2 sur la nécessaire distinction entre Jésus fils de Marie et le Christ, mais J’avoue avoir du mal à te suivre ici. Car donner un sens à notre matière corporelle dépend de son destin final, retour à une vie de chair pour les ossements et poussières comme des prophètes l’ont annoncé, dilution à l’image d’une goutte d’eau dans l’océan, ou recyclage biologique sans fin de la matière jusqu’à ce que toute trace de vie disparaisse par un Big Crunch ou une dilution infinie ?
GC Tout ceci nous ramène à la notion d’éternité : l’être humain dans sa matérialité temporaire n’est pour moi qu’une apparence liée à la temporalité qui entoure notre existence charnelle. Mais lorsque l’être humain se dissout à nouveau dans l’éternité dont il est une composante provisoire comme la goutte d’eau retourne à l’océan dont elle est née pour mieux y retourner ensuite, il n’est pour moi pas nécessaire qu’il retrouve un jour l’existence charnelle que lui promettent certains monothéismes. Cette vision est certes rassurante, mais l’éternité comprend simultanément le passé le présent et l’avenir : tous ce qui est a été, est et sera. Cela n’ôte rien à la gloire de l’être humain dont le destin est encore une fois de sentir en lui au travers de sa finitude la présence de l’éternité dont il est issu. Nous sommes à la fois le tout et le rien, passager dans notre chair incarnée et éternel par essence.
AB : Tu penses donc dans la non dualité. Mais comme je pense à partir des messages des prophètes, j’intègre le temps à mon destin individuel qui passera par la mort, le Jour de la Résurrection, deux étapes de temporalité bien distincte, et je me demande ce qui se passera pour moi après le Jour de la Résurrection. Je ne vois pas une dilution dans l’éternité car je ne peux continuer à aimer Dieu que s’Il est aussi le Tout Autre, et il en est de même pour mes frères humains ressuscités. Notre chair, libérée de ce destin mortel choisi par nos ancêtres adamiques, sera un support d’amour universel beaucoup plus solide. Je ne cherche pas une vision rassurante, mais la juste compréhension de l’enseignement des prophètes.
Ce qui m’amène au sujet du mal qui se posera très différemment après le Jour. Comment réponds-tu à la question du mal qui contredit la possibilité du bien auquel nous aspirons ?
GC : La question du mal, celle de la malveillance d’un être humain au cours de sa vie terrestre, ne saurait avoir d’autre réponse que celle du malheur intime dont il va souffrir, ne pouvant trouver en lui la paix qui ressort de la recherche de la seule gloire de Dieu. Et le dommage qu’il cause à ses frères humains est la conséquence de la liberté qui lui est donnée à sa naissance, immense et dangereuse responsabilité. Il n’est pas de réponse à l’existence de cette souffrance-là, sinon de s’en remettre à la sagesse de Dieu qui se contente d’indiquer à chacun la voie à suivre. Le reste dépasse notre compréhension et nous appelle à l’humilité.
AB : Le destin de l’humanité serait-il donc de prendre soin les uns les autres dans cette vie et de renforcer notre âme dont nous aurons besoin après la mort ?
GC : Que soit présent dans le destin de l’humanité la nécessité de prendre soin des uns et des autres me semble inscrite dans les recommandations profanes des divers monothéismes, au sein de la « règle d’or » dont j’ai plusieurs fois parlé ; mais cette action n’a pas de sens si elle ne s’inscrit pas dans le destin global de l’homme qui est d’affirmer de cette manière la gloire de la Création. La vie de l’être humain est un échange dans lequel existe une rétroaction entre l’homme et Dieu, l’un agissant par ses pensées et par ses actes pour le « Bien » tel qu’il l’imagine, Dieu lui renvoyant la paix du cœur en affirmant par là même le sens final de l’unité divine au travers de la dualité apparente de la Création. Le « soin des autres » ne constitue pas une sorte d’égoïsme visant à protéger son âme en faisant preuve de compassion et d’humanité, mais renforcer in fine la « compréhension » entre l’homme et l’univers divin dont il fait partie.
AB : Nous somme d’accord sur cette finalité. Le Bien est ce qui concourt à la beauté des mondes, son éclat t’éblouit, mais ne t’aveugle pas, sa présence soutient l’édifice qui converge vers Moi. Je te laisse conclure.
GC : Je crois avoir déjà souligné l’importance de la recherche de la connaissance, de la poursuite de la beauté et de l’atténuation de la souffrance. Elles font partie de la démarche positive que j’évoquais ci-dessus.
AB : Je te remercie pour tes réponses qui me feront beaucoup réfléchir.