J’analyse ici un article publié sur l’académie de l’éthique par mon camarade et aimable commentateur du blog Hervé de Tréglodé. Dans cet article, il réagit en particulier aux posts philosophiques 112 et 114 récemment publiés ici. Je réponds aussi à ses questions sur la langue chinoise
Je tiens d’emblée à présenter mes excuses à Hervé et à mes lecteurs car le ton de mon écriture leur paraitra trop affirmatif, voire péremptoire et peu ouvert au dialogue, ce qui n’est pas dans mon éthique de l’échange.
En citant l’article d’Hervé qui parle de progrès, de science, d’âme, de métaphysique et d’IA, je veux expliciter clairement notre désaccord sur quelques sujets cruciaux. Je complète par la réponse à une question qu’il me pose sur la langue chinoise.
1 Gratitude
Mon ton inhabituel s’explique par les circonstances très particulières de cette rédaction. Je viens de sortir de l’hôpital pour une double pneumonie, un risque vital à 75 ans, même si j’ai des poumons de sportif. Sans les antibiotiques, je serais mort depuis longtemps car mon corps de chair est incapable de se défendre seul contre les microbes virulents.
Je n’ai jamais eu peur de mourir. D’une part je sais que la mort inéluctable du corps physique n’est pas la mort de l’âme où notre conscience personnelle se maintiendra. D’autre part craindre un événement inéluctable n’est pas sagesse : il faut toujours être prêt à mourir et se préparer pour anticiper les conséquences, en particulier pour les proches.
Je sais gré au Donneur de Vie, mon Créateur, d’avoir donné à l’homme les moyens de se soigner par l’art de la médecine, et je remercie les médecins de ce pays en qui je fais toute confiance. Je n’ai pu sortir de l’hôpital qu’il y a 4 jours, mais mon corps charnel a subi une privation totale de sommeil de 5 fois 24 heures.
Impossible d’entamer même une phase de sommeil léger en devant se lever toutes les 15’ pour désencombrer la gorge et pouvoir respirer. La médecine a voulu me garder en chambre malgré ma demande insistante pour rentrer à la maison avec mon ordonnance, j’habite à 20’ à pied.
Pratiquant du yoga, du contrôle du souffle et de la méditation sur les chakras (post 101), je sais parfaitement quand j’entre dans le sommeil et quand j’en sors. Mais je n ‘ai pu faire comprendre aux médecins que l’enjeu n’était pas de « mal dormir » sur un petit lit d’hôpital avec des perfusions qui immobilisaient mon bras mais d’endurer une longue privation totale de sommeil. Sans sommeil paradoxal ni profond, le cerveau est déboussolé et a besoin de beaucoup de temps pour recommencer à penser normalement.
Heureusement, dans une écriture de réaction et d’affirmation, travailler sur l’article d’Hervé n’est pas très difficile car c’est un polytechnicien brillant et sa pensée est précise et exprimée clairement. Donc passons au premier sujet, l’âme
2 De l’âme
Hervé nous dit : (L’IA générale annoncée par certains) astreindra certainement la réflexion métaphysique et religieuse à préciser la notion d’âme : en quoi une intelligence vivante se distingue-t-elle d’une intelligence calculante ? un esprit humain d’un esprit animal ? une transcendance humaine d’une transcendance computationnelle ? une âme humaine d’une âme d’un humain augmenté ?
Antoine : Je ne vois franchement pas ce que pourrait être une « transcendance computationnelle », sauf à transformer le sens du mot transcendance.
A l’évidence, je dois à nouveau parler de l’âme et de ce que nous en dit le Créateur, Seule source de Vérité absolue.
Dans la Parole de 1974, dictée par Jésus ressuscité, qui sait de quoi il parle (en supposant que le témoignage de Potay est fiable pour ce passage), voici deux citations. « Ainsi, l’homme est de chair, d’esprit et d’âme, les trois seront réunis en Mon Jour (de la Résurrection) » ; « L’âme est le regard, la main, la gorge, l’estomac du spectre(ce qui reste de l’homme après la mort s’il n’a pas forgé une âme de son vivant par la pratique du Bien) ; par elle Je peux le réchauffer de l’éclat de Ma Gloire, Je peux le conduire vers les magnificences infinies, Je peux entendre sa louange et sa conversation, Je peux le nourrir à jamais ».
Dans la pensée d’Hervé, et ce n’est pas le seul, la distinction entre esprit et âme n’est pas claire.
La Parole de 1974 nous enseigne ainsi que l’âme est notre pont vers Dieu, Immanent et Transcendant. Que l’humain ait ou non conscience de l’Immanence ne change rien à l’action du Créateur qui soutient la vie charnelle en lui. Dieu ne punit pas l’homme qui l’a oublié, Il l’aime.
J’affirme par expérience de 75 années de vie, guidée par une stricte autodiscipline de sagesse, que je ressens nettement mon âme comme le produit de l’effort constant de s’écarter du mal en toutes circonstances. L’âme n’est pas un concept abstrait, c’est une expérience personnelle incontestable mais difficile à partager ou expliquer. Il faut la vivre.
Voici ce que le Créateur de la vie nous dit en 1974 : « J’ai envoyé Mon Souffle sur toute la terre; par Lui toute vie dès la graine, dès l’œuf, reconnaît sa nourriture et les lois de son espèce. Par Lui tout homme reconnaît Ma Voix ». L’homme est donc seul sur la planète à pouvoir entendre la Voix de Dieu, mais contrairement aux animaux, l’homme est libre de ne pas écouter le Souffle, le Dieu Immanent. L’athéisme de masse est récent dans l’histoire humaine, et a été accentué par les scandales des religions traditionnelles et les ravages de la religion athée, le « communisme ».
Alors Il dit : « Je me cache encore d’eux parce qu’on les avait fatigués de Moi, Je souffle en silence dans leur poitrine »
C’est donc la responsabilité spirituelle sublime de l’homme libre devant Dieu d’installer fermement l’âme au siège de pilote de sa conscience et de sa vie pour répandre le bien en lui et autour de lui. La mort biologique, du corps et du cerveau, n’est pas celle de l’âme dans laquelle la conscience s’installe après la mort.
L’homme qui a meurtri son âme en choisissant souvent le mal en a à peine conscience, sauf dans des circonstances extrêmes. Mais il a toujours conscience de son activité biologique, celle du cerveau et du corps. Un yogi entraîné a beaucoup plus conscience de l’activité de son cerveau et de ses chakras, il gère mieux son organisme et sa pensée et peut se libérer des émotions inférieures perturbatrices qui peuvent troubler et agiter son esprit. Les grands priants font de même, peu importe leur religion, quand ils en ont une.
L’âme est donc le lieu du lien avec Dieu par la prière ou la méditation et celui des émotions nobles, amour universel, soif de justice, inépuisable capacité à pardonner, refus de l’autosatisfaction qui aveugle l’esprit… On peut lui faire totale confiance.
De notre vivant, elle utilise le cerveau pour ses tâches nobles. Elle peut s’imposer à lui et faire barrière à toutes les séductions et tentations dangereuses auxquelles notre monde hypermatérialiste et hyper agité soumet constamment notre esprit.
L’esprit est le siège de la pensée intellectuelle et de diverses émotions, il est en constant état d’agitation sauf si l’homme a placé son âme aux commandes pour contrôler son esprit. Sans le contrôle d’une âme forte, l’esprit cède facilement aux tentations de désirs illégitimes, à la facilité du mensonge, ou aux envies d’expériences absurdes comme la drogue.
La sagesse de l’âme permet aussi de gérer son corps et sa santé avec l’intelligence spirituelle qui est sa prérogative. Personne n’est à l’abri du hasard de la maladie qui frappe aveuglément, mais prendre bien soin de son corps et faire confiance aux soignants permet de mieux y résister. L’âme n’a aucune inquiétude, elle est patiente et prête à tout.
Donc, pour répondre à Hervé, tu ne parles que d’esprit, d’intelligence intellectuelle ou de cerveau technologiquement assisté, cela ne change rien à l’âme. Il n’y a pas une nouvelle âme pour un humain augmenté, il n’y a pas d’animal qui ait une âme dans ce sens, celui de la conscience du bien et du mal. Le mot conscience figure dans le message inspiré à Gilles Cosson en 1997.
L’instinct de survie, de reproduction sexuelle, le dévouement maternel, l’attachement des chiens à leur maître créent certainement des émotions dans un cerveau d’animal mais nous ne pouvons pas les entendre en parler. Car la parole articulée et abstraite est un Don de Dieu exclusif à nos ancêtres sapiens passés en Eden.
Quand des brillants philosophes parlent d’âme, comme Aristote dans son traité de l’âme ou Bergson dans ses discours, ils ne parlent que de l’esprit. Il n’y a pas de mot spécifique pour l’âme dans les langues sémitiques, rouh et nafs ont un sens flou. Mais en grec, il y a (comme pour l’amour, agapè, philia et éros), trois mots utilisables pour l’âme et l’esprit, pneuma, psyché et noûs (νοῦς). Pneuma serait mieux pour l’âme, psyché pour la partie émotionnelle de l’esprit et noûs pour la partie rationnelle, mais comme l’illustrent les traductions aléatoires de l’Evangile, une sémantique consensuelle et solide n’a jamais été mise au point dans le monde chrétien.
Pourtant, dans le langage courant, il n’y a pas confusion dans certaines expressions comme « une pensée a traversé mon esprit » ou « cela m’a touché au plus profond de mon âme ». Mais cette sagesse populaire est souvent oubliée par orgueil chez les intellectuels pédants qui débattent sur l’âme.
3 Des progrès en métaphysique ?
Hervé : La science ne rejette pas la métaphysique. Mais elle n’en a pas besoin pour produire de la connaissance.
Michel : Une remarque pour aller plus loin : je crois que la science rejette la métaphysique tout simplement parce qu’elle traite de sujets non réfutables. Par exemple, si un sujet réputé non réfutable, comme l’existence d’un « avant Big Bang » ou celle d’univers multiples permettait un jour de formuler des prédictions falsifiables, ce sujet entrerait aussitôt dans le domaine de la science (au moins temporairement avec, à la clé : falsification ou non !).
Antoine : Tu as raison tant que du parles de « la science en général » qui ne saurait intégrer la métaphysique dans ses disciplines. Des scientifiques pointus peuvent être d’excellents métaphysiciens si ce domaine les intéresse. La métaphysique est une branche de la philosophie comme l’éthique. Contrairement aux sciences, où il y souvent une barrière d’éducation pour en comprendre les codes et mécanismes, la philosophie est accessible à tout humain qui veut réfléchir aux fondamentaux.
La connaissance accessible aux humains est un domaine quasiment infini, mais la science ne peut en aborder qu’une partie très limitée. On dit souvent que la science peut se pencher sur le comment, mais pas sur le pourquoi. Le pourquoi est plutôt le domaine de la réflexion philosophique et surtout de la réflexion de l’âme.
Michel : Tu pourrais ajouter que, même dans le domaine dit « scientifique », la science présente des limites importantes : elle ne traite que de modèles souvent extrêmement mathématisés et de plus en plus éloignés de l’intuition (e.g. discussions d’Einstein et Bohr sur le réel). Elle ne fournit des explications que dans des échelles limitées (e.g. mur de Planck, univers observable…).
Antoine : En 1974, la Parole nous met en garde contre les « sciences vaniteuses », quand certains scientifiques croient avoir réponse à tout type de questions. Dans son langage imagé, la Parole de 1977 nous dit : L’homme noir (celui qui a rejeté par orgueil tout éclairage spirituel) guérit le bubon (un furoncle que la médecine scientifique sait soigner), il monte (sur) le nuage (il rêve d’être tout puissant).
La science est très utile et nous devrions remercier le Créateur de nous avoir donné l’outil de l’intellect, mais sans les autres disciplines de la connaissance, elle ne peut pas faire grand-chose. Même en médecine, si le soignant n’aime pas le malade, il peine à le guérir avec tous les outils de diagnostic et les médicaments du monde.
Michel : Et il est très très loin de connaître scientifiquement tout ce que se passe dans le corps humain ! (e.g. le système immunitaire, d’une complexité incroyable, les communications entre cellules, l’épigénétique…).
Antoine : Par contre, la notion de progrès, évidente pour la science s’applique mal à la métaphysique et à la philosophie en général. Il n’y a pas de flèche objective du progrès dans ces domaines. Nous progressons individuellement en réfléchissant, travaillant sur des textes et écoutant les philosophes, cela permet un approfondissement de notre pensée. Et nous progressons collectivement dans la connaissance philosophique grâce au patrimoine intellectuel laissé par les grands philosophes qui ne cesse de s’enrichir.
Hervé : Comme le répétait Siddhartha Gautama (Bouddha), bien des questions métaphysiques ou religieuses sont stériles parce qu’elles n’aident ni à l’éveil de la conscience humaine ni à la guérison des souffrances mentales. En fondant le bouddhisme au VIe et Ve siècle avant notre ère, il refusait en effet de répondre aux interrogations sur l’au-delà.
Pourquoi ? Parce qu’« elles ne sont pas liées au but, ne sont pas fondamentales pour la vie sainte, ne mènent pas au désenchantement, au détachement, à la cessation, à l’apaisement, à la connaissance directe, à l’éveil de soi, à la libération » (extrait de Cūḷa Māluṅkya Sutta).
Antoine : Il me semble qu’un point essentiel t’a échappé dans l’enseignement du philosophe Bouddha qui apporte un progrès considérable dans la pensée métaphysique indienne.
Puisque tu insistes sur la pertinence de l’IA, que je ne consulte jamais dans mes recherches pointues faute de questions qui me turlupinent parce que je ne trouve pas de réponse dans ma mémoire et dans mes recherches classiques, et de temps pour intégrer les messages « moyennés, digérés et policés » de l’IA. Cela viendra peut-être plus tard…
Je t’invite à questionner tes sites favoris en leur proposant ce sutra fondamental de Bouddha qui a échappé à l’attention de quasiment tous les bouddhistes, même s’ils peuvent en retrouver facilement le texte et les circonstances identiques dans les deux principales traditions, par exemple dans le Surangamasutra et l’Udana 8/3.
Voici : « Ô moines, il existe un Non Né, Non Devenu, Non Créé, Non Composé. S’il n’existait pas, il n’y aurait pas moyen de sortir du Né, Devenu, Créé, Composé. »
Ce sutra est à rapprocher de l’attitude de noble silence que Bouddha conseillait à ses moines face à des questions ne tendant pas édification quand ils étaient pressés de questions abstraites sur lesquelles portaient les débats védiques, la culture des intellectuels brahmanes de son époque. Ceci correspond à la citation que tu évoques ci-dessus.
Par contre, Bouddha affirme qu’il n’enseigne que ce qu’il sait par expérience personnelle, lui qui est allé beaucoup plus loin que quiconque dans la recherche de la libération et de la contemplation du Dharma. Il ne conseille nulle part à ses moines de ne pas s’interroger eux-mêmes sur les questions portant sur ce que tu appelles « l’au-delà », un mot bien vague. Il leur dit : pratiquez l’octuple sentier (dont la dernière étape est la juste contemplation ou samadhi) et vous trouverez la réponse à vos questions.
Je suis sûr que l’IA donnera des éléments à partir de cette citation, des compilations ou extraits de pensées humaines déjà diffusées, je suis très intéressé à connaître le résultat.
Et pour que nous progressions tous deux dans nos connaissances grâce à l’IA, je te propose une autre piste de recherche sur le sujet essentiel des quelques versets des rishis dravidiens monothéistes dont le Rig Veda porte les traces. Le brahmanisme sacrificiel des premières vagues d’envahisseurs indo-aryens est à l’évidence un polythéisme, mais aucun des sanscritistes à qui j’ai présenté cette contradiction majeure dans le texte le plus respecté de l’hindouisme n’avait relevé ce problème.
Les traductions du sanscrit ancien du Rig Veda sont très difficiles à faire, mais nous en avons quelques-unes en français comme celles de Langlois, Varenne ou Renou. Donc en présentant à l’IA un extrait de traduction, il va trouver quelque chose. Je reprends ici des versets plusieurs fois cités dans mon blog et met en gras les extraits qui pourraient faire l’objet d’une question pas trop longue à l’IA. Par exemple que penses-tu de ces versets ?
Voici les textes, d’abord présentés dans le post 13, puis le post 17 :
Extraits du Rig Veda dans la traduction de Jean Varenne (7.89) : « Si par hasard en la bassesse de mon intelligence je suis allé à contre-courant, ô Saint, aie pitié, Seigneur et pardonne…si par inconscience nous avons ruiné tes lois, ne nous fait pas de mal pour ce grief ô Dieu ». (10.71) : « Quand fut prononcée à l’origine la première Parole et qu’on donna des noms aux choses, ce qu’il y avait en celles-ci de meilleur, de pur, et qui était caché, se révéla avec amour. Quand les sages eurent formé la Parole en leur âme…la beauté s’imprima sur leur langage. Ils suivaient les traces de la Parole, ils la trouvèrent qui était entrée dans les poètes. La ramenant ils la partagèrent de multiples façons ; les sept sages l’ont fait retentir ».
(On trouve ici la tradition selon laquelle le Veda serait parvenu par inspiration à sept sages rishis).
Rig Veda10.81 : « Ses yeux tournés partout, lorsque Dieu unique, Il crée le ciel et la terre, Il les soude ensemble avec les bras, avec les ailes ».
Rig Veda 10.82 : « L’œil du Père qui est sage dans sa pensée a créé ces deux mondes, le ciel et la terre prirent leur déploiement. Au nombril du Non Né, l’Un est fixé, Lui sur lequel s’appuient toutes les créatures. Vous ne connaîtrez pas celui qui a créé ces mondes, quelque chose d’autre vous fait écran. Les récitateurs d’hymnes, ravisseurs de vie, marchent enveloppés de nuées et de bavardage ».
(Ici, le dénigrement des brahmanes est évident).
Il y a aussi dans le Rig Veda des récits de la Création, difficiles à traduire et assez énigmatiques, mais qui recoupent des récits qu’on peut trouver dans la Genèse biblique et dans le Coran. En 10.129 : « Il n’y avait pas l’être, il n’y avait pas le non-être en ce temps. Il n’y avait ni l’espace, ni le firmament au-delà. Quel était le contenu ? Où était-ce ? Sous la garde de Qui ? Qu’était l’eau profonde, l’eau sans fond ? Ni la mort, ni la non-mort n’étaient en ce temps. Point de signe distinguant la nuit du jour. L’Un respirait sans souffle mû de soi-même : Rien d’autre n’existait par ailleurs. A l’origine des ténèbres couvraient des ténèbres, tout ce qu’on voit n’était qu’onde indistincte. Enfermé dans le Vide, le Devenant, l’Un prit alors naissance par le pouvoir de la chaleur. D’abord se développa le Désir, qui fut le premier germe de la pensée. Cherchant avec réflexion dans leurs âmes, les sages trouvèrent dans le non-être le lien de l’être. Qui sait en Vérité, d’où est issue, d’où vient cette Création ? Celui qui veille au plus haut du ciel le sait sans doute ; ou bien ne le sait-il pas ? »
RV 10.81 : « Le poète, notre père qui a pris place comme oblateur, offrant tous ces mondes en oblation, celui qui recherchait la richesse par la prière est entré dans les générations ultérieures en masquant celles d’avant… ».
Ce poète qui masque est-il un indice de l’occultation du prophète Zarathoustra ? A la fin de l’époque védique, on trouve des traces d’une évolution qui voit dans le temps le principe de toutes choses, évolution qu’on retrouve au même moment en Iran, ce qui appuie mon hypothèse d’échanges persistants entre ariens perses et indiens et fragilise l’hypothèse d’une ignorance involontaire des brahmanes du message de Zarathoustra, prophète du Dieu unique qui enseigne les Gathas en vieil avestique, une langue proche du sanscrit ancien mais qui l’a précédé. Je n’ai jamais entendu des sanscritistes évoquer les Gathas de Zarathoustra.
Certains poètes du Veda évoquent une pratique spirituelle rigoureuse en RV 10.154 : « Ceux que l’ascétisme rend inattaquables, ceux qui par l’ascétisme sont allés au Ciel…les poètes aux mille modes qui gardent le soleil, les rishis qui ont pratiqué l’ascétisme, que le soma arrive chez eux ! ».
D’autres appellent à la cohésion sociale, en RV 10.191 : « Allez, ensemble concertez-vous, uni soit le conseil, uni soit l’assemblée…unie soit votre intention, unis soient vos cœurs, unis soient vos esprits en sorte qu’il y ait bon accord entre vous. »
Donc merci d’avance, Hervé, toi qui aime réfléchir, de regarder ce sujet à l’aide de l’IA.
4 sciences cognitives et affects ?
Hervé : À l’aune des sciences cognitives (cf. travaux de Stanislas Dehaene et Michael Tomasello), le processus éclaire peu à peu autant l’adaptation biologique que l’émergence du langage, du symbolique et de la culture.
Antoine : La revue des X, la Jaune et la Rouge a récemment publié un numéro spécial sur les sciences cognitives qui montre bien que c’est un concept fourre-tout et récent. Les articles successifs évoquent la linguistique, le passage du lexique mental à la parole et l’évolution des gênes ; l’organisation fonctionnelle du cerveau ; les neurosciences computationnelles et la robotique ; l’IA ; les agents conversationnels ; les applications à l’éducation.
Michel : Je ne dirais pas « fourre-tout » ; c’est simplement que le sujet est d’une largeur et d’une profondeur infinies. Imagine qu’au XVIe siècle on découvre tout d’un coup que la voûte céleste est faite d’astres s’étalant en distances de 150 000 km, à 13,8 Mds d’années-lumière, et de plus, que l’on dispose tout d’un coup des grands télescopes pour les observer, tu imagines à quel point les discussions partiraient dans toutes les directions ! Il me semble indispensable de lier tout cela dans une réflexion unique. C’est mon ambition pour mon prochain livre.
Antoine : Notre ami Jean-Loup, dans le post 103, préfère parler de philosophie de l’esprit plutôt que de sciences cognitives, un concept trop peu précis. Je préfère son choix de formulation.
Jean Loup : Les neurosciences fournissent une description « cartographique » des régions mentales, et une description « dynamique » des fonctions qui les activent. Par exemple, on arrive à « suivre » dans l’encéphale du sujet, en termes de signaux électro-chimiques, la compréhension d’une phrase énoncée dans sa langue maternelle, de la perception à la réponse. Mais cela ne suffit pas à nous éclairer sur les mécanismes de l’entendement, et c’est un peu frustrant.
Hervé : Peut-être y a-t-il un terrain où s’apprête un rapprochement (entre science et métaphysique). Car deux domaines en pleine expansion scientifique et technologique redéfinissent notre compréhension du fait humain. C’est d’abord la science des affects.
Antoine : Jean Loup utilise le mot « désir », mais je préfère comme toi utiliser le mot affect, à la sémantique plus étendue.
Hervé : Longtemps considérés comme des mystères spirituels, l’amour, l’empathie et l’altruisme font désormais l’objet de recherches précises en neurobiologie et en psychologie évolutionniste. Ces travaux (cf. ceux d’Antonio Damasio, de Jean Decety et de Michael S. Gazzaniga) démontrent que les émotions et intuitions de toute nature, loin d’être en opposition avec la raison, en sont le moteur. En décryptant les fondements biologiques de la morale et de la solidarité, la science entre et s’étend dans un champ historiquement associé au bien et au mal, que la théologie explorait seule. Mais la science ne fait qu’expliquer l’origine des jugements moraux, sans prétendre les fonder normativement. Découvrir l’origine biologique des normes éthiques, ce n’est pas soutenir ce qui doit être accompli.
Antoine : Ici, nos pensées divergent nettement, d’autant plus que je ne confonds pas les émotions et intuitions de l’âme avec celles de l’esprit. L’amour dont est capable l’âme est sublime et très au-dessus de ce dont l’esprit est capable.
L’idée de mystère est caractéristique de l’endoctrinement des théologiens chrétiens, je m’en garde. J’ai une approche très simple : il y a beaucoup de Vérités qui sont inaccessibles à l’esprit humain, certaines sont révélées par Dieu aux prophètes et messagers quand l’humanité en a besoin. D’autres vérités ou connaissances sont accessibles directement à l’esprit humain qui fait les efforts de réflexion nécessaires.
Contrairement à ce que tu dis, des « recherches précises en neurobiologie et en psychologie évolutionniste » ne peuvent certainement pas « démontrer que les émotions et intuitions de toute nature, loin d’être en opposition avec la raison, en sont le moteur ». On ne démontre rien en amalgamant dans un grand sac des concepts hétérogènes.
La synergie entre raison et foi est beaucoup plus complexe, d’autant plus que la foi et les convictions, en fonction des individus, peut être ancrée dans l’esprit seulement ou dans l’âme…
Je pense qu’il n’y a pas de « fondements biologiques de la morale et de la solidarité ». La biologie est un des lieux où on peut constater des expressions mesurables de ces concepts abstraits dans la vie de ceux qui les mettent en oeuvre.
Je suis sûr que la science ne pourra jamais « expliquer l’origine des jugements moraux ». Elle peut seulement observer leurs conséquences matériellement perceptibles. Les normes éthiques n’ont pas une « origine biologique ». La biologie se situe en aval de la pensée humaine.
Donc nous sommes en désaccord sur beaucoup d’idées que tu avances dans ton article. Les désaccords explicités sont une bonne base pour le dialogue amical.
Hervé : Dans mon article, le terme progrès est pris au sens cumulatif, empirique et réfutable, et non au sens interne, conceptuel ou existentiel. Il s’applique donc différemment dans les deux recherches que je viens d’opposer, science et théologie.
Antoine : Je donne un sens plus large au concept de progrès. Dans le domaine scientifique, je différencie les sciences exactes comme les mathématiques des sciences expérimentales. La génétique est plutôt une science exacte, la datation paléoarchéologique s’en approche et la linguistique ou l’herméneutique en sont plus éloignées, mais elles pratiquent toutes la discipline et les méthodes scientifiques. C’est en les utilisant en synergie que les connaissances humaines s’enrichissent. La philosophie, relativement autonome, progresse d’une toute autre manière. Pour moi, la notion de progrès ne peut s’appliquer à la théologie.
5 IA générale (IAG) ?
Hervé : L’intelligence artificielle agit comme un miroir cognitif. En raisonnant et en résolvant, en simulant même des affects, elle oblige la philosophie à redéfinir plus clairement ce qu’elle entend par conscience, intentionnalité et libre arbitre. Comme Demis Hassabis, prix Nobel de chimie et directeur général de Google DeepMind, de grands scientifiques estiment qu’une intelligence artificielle générale (Artificial General Intelligence ou AGI en anglais) pourrait voir le jour dans les cinq ou dix prochaines années. Certes, il n’y a là que des opinions personnelles : ce n’est encore que de la prospective cumulative.
Antoine : Hassabis a un énorme intérêt personnel pour s’enrichir et convaincre de nouveaux investisseurs pour sa start-up en promettant monts et merveilles. Je ne fais aucune confiance à son objectivité scientifique en dépit de son prix Nobel de chimie.
Il est en total désaccord avec Le Cun, un autre ponte de l’IA, qui a lui aussi sa start up, mais tient des propos plus raisonnables.
Hervé : Quand l’IAG sera, que dira-t-on alors de la conscience ? Si l’IAG est sans conscience, son imitation suffisamment fine bouleversera en tout cas, à coup sûr, la connaissance des frontières mêmes de l’esprit.
Michel : Je ne suis pas étonné qu’un sachant ou l’autre tienne des propos contradictoires sur l’IAG, car le concept n’est pas défini. Le qualificatif « intelligence équivalente ou supérieure à celle de l’Homme » est inadéquat, car le cerveau humain est intimement connecté au corps, ainsi qu’au monde réel, le tout avec une capacité d’apprentissage bien supérieure à celle des algorithmes. Toute l’expérience acquise par le cerveau d’un être humain en quelques dizaines d’années est inaccessible à une IA, par conception ! Alors, il me semble qu’il faudrait dire que l’IAG dépassera largement le cerveau humain pour ce qui est de manipuler des données, de trouver des régularités, d’écrire des textes, de générer des images, de programmer, de faire des calculs, etc. Mais elle restera privée de l’expérience du corps et du monde réel tant que l’on ne disposera pas de robots apprenants et sensibles au réel, autant qu’un cerveau et un corps humain.
Antoine : Voici ce que dit un camarade expert du sujet. Que pourrait être une IAG ? Ce serait l’intelligence d’une machine capable de comprendre ou d’apprendre toute tâche intellectuelle qu’un être humain peut effectuer. Un type d’outil d’intelligence artificielle qui viserait à imiter les capacités cognitives du cerveau humain. L’IAG ne sera pas une machine qui saurait tout, mais une machine qui pourrait apprendre presque n’importe quoi. La majorité des outils d’IA actuels (Gemini-3, Chatgpt 5.2, Mistral Large 3, …) s’appuyant sur la technologie des larges modèles de langage peuvent sembler spécialisés, étant donné leur nature et leur méthode d’apprentissage. C’est en tout cas l’objet de la confrontation Hassabis/Le Cun à coups de tweets.
Yann Le Cun, fondateur de la future 4 startup AMI, soutient que l’intelligence « générale » est une illusion : « Nous constatons aujourd’hui que ces systèmes [NDLR LLMs] ne constituent pas une voie vers ce que l’on appelle l’IAG. Je déteste ce terme. Même l’intelligence humaine est hautement spécialisée et limitée par notre biologie et notre environnement ». Il préfère le terme « Intelligence de niveau humain » et rejette le concept d’une IA qui serait « bonne à tout faire » de manière universelle. L’expert français est très sceptique vis-à-vis des LLM (larges modèles de langage) actuels. Il martèle que « prédire le mot suivant » ne mènera jamais à l’IAG car il manque aux modèles la compréhension du monde physique, le raisonnement et la planification. Il prône une approche différente appelée « World Models » inspirée de l’apprentissage des jeunes animaux. « Si l’on souhaite un comportement intelligent, il faut un système capable d’anticiper ce qui va se passer dans le monde… et c’est ce qui manque.
Hervé : avec les fruits mûrissants de l’intelligence artificielle apparaîtront des questions qui paraissent absurdes aujourd’hui : mais à l’ère de l’IAG, qui succédera à l’anthropocène, qu’en sera-t-il ?
Antoine : Je vois une différence radicale entre notre intelligence humaine, surtout spirituelle, et celle appelée abusivement IA. Elle tient à la vie biologique, celle de l’esprit et de l’âme. La plasticité du réseau neuronal est inscrite dès l’origine dans le Dessein du Créateur et l’interaction quasi infinie avec nos alter egos humains donne aux langages humains d’extraordinaires capacités d’évolution. Qui peut savoir, dans seulement un siècle, où nous en serons dans nos communications entre humains ? Il est cependant hautement probable que l’outil informatique, créé par projection de notre réseau neuronal, soit incontournable. Pour moi, ce que certains appellent l’’anthropocène ne sera vraiment bouleversée que par le Jour de la Résurrection, quand les hommes retrouveront la Lumière de leur Créateur.
Jean Loup (dans notre post de dialogue 103) : Mon pronostic est que l’IA et l’IN (intelligence naturelle) coexisteront et travailleront ensemble selon le principe de la complémentarité. Ceci suppose que l’humanité soit sage (au sens philosophique), mais sur ce dernier point, je n’ai pas de certitude…
Michel : Oui, le danger de l’IA réside d’abord chez l’Homme !
Jean-Loup : Le connexionnisme est la branche la plus dynamique, actuellement, de l’intelligence artificielle. Or ma théorie relève plutôt de l’ « IA symbolique », une vieille école de programmation, qui a eu son heure de gloire aux premiers temps de l’IA (il y a plus de cinquante ans !), et qui a été supplantée par l’ « IA connexionniste », basée sur les réseaux de neurones artificiels. Mais il n’est pas exclu que l’IA symbolique, chassée par la porte, revienne par la fenêtre !
L’intelligence artificielle (IA), elle aussi, peut se prévaloir de résultats spectaculaires, mais elle a été porteuse, en 60 ans d’existence, de cruelles déceptions. L’IA dite faible (celle, par exemple, des programmes jouant aux échecs) a dépassé l’être humain dans plusieurs domaines. En revanche, l’IA dite forte, censée imiter voire dépasser l’humain dans l’ensemble de sa vie mentale, n’en est encore qu’aux balbutiements, malgré son irruption récente (en 2023) dans l’univers du grand public. Il est probable que, comme pour les neurosciences, la description scientifique de l’IA (l’imitation du cerveau humain par la machine de von Neumann ou par les réseaux de neurones artificiels) ne soit pas faite au bon niveau.
En particulier, les désirs, les émotions, le vécu, la notion de réalité, l’intériorité mémorielle, ne semblent pas être modélisés de façon pertinente. Si mon travail peut contribuer à éclaircir, ne serait-ce que partiellement, les raisons de cet échec, et à indiquer des voies nouvelles, il aura largement atteint son but.
Le problème de l’IA forte (Est-elle possible ? Est-elle souhaitable ?) s’invite dans tous les débats philosophiques et scientifiques, et ce n’est que le début ! Ma position (provisoire) est que oui, l’IA forte émergera quand elle sera dotée d’un vécu, c’est-à-dire d’une mémoire des perceptions et des actions, et dotée d’affects et de désirs. En d’autres termes, quand elle sera dotée d’un langage mental… Ceci n’est possible que dans le cadre de l’« incarnation » et de l’autonomie de cette IA, c’est-à-dire dans le cadre de la robotique. C’est à ce moment-là que de graves problèmes éthiques se poseront, et que nous serons peut-être en danger.
Antoine : Les robots tueurs conçus et programmés par des militaires mis au pas pour servir des dictateurs cruels ne sont plus un fantasme et c’est un enjeu majeur à traiter sans tarder. Les robots policiers sans état d’âme devraient aussi, malheureusement, faire leur apparition à moyen terme de même que des robots pour espionner en permanence des citoyens ciblés.
J’ai prévu un post (IA, Frankenstein des sapiens ?) où nous aborderons ces dangers.
Il faut segmenter tes réflexions sur l’IA.
Hervé :
6 Chinois et linguistique comparée
Hervé : J’ai été un peu piqué au vif par ce que tu as écris sur l’incapacité des Chinois à approfondir les religions ou la métaphysique dans ton post 114.
Pourquoi affirmes-tu que la langue chinoise ne se prête pas aux études philosophiques, métaphysiques ou religieuses ? Dire que le chinois ne se prête pas à l’étude de Dieu, c’est comme dire qu’on ne peut pas peindre un chef-d’œuvre parce qu’on n’aime pas la forme des pinceaux. Grâce à sa langue (que j’étudie et aime depuis cinq ans), le chinois offre souvent une perspective différente (voir les si nombreux textes sur le bouddhisme, le taoïsme, etc.) : là où l’Occident cherche à « définir » Dieu (le limiter par des mots), la pensée chinoise cherche souvent à « ressentir » ou à « suivre » la présence divine.
Antoine : Je suis désolé que tu prennes de manière émotionnelle ce que le post 114 dit sur la langue chinoise, comme si j’étais persuadé de notre supériorité occidentale. J’ai abordé cette langue à la fois par ma pratique personnelle, certes limitée, et la linguistique comparée en écoutant les experts dont je ne fais pas partie. Dans notre post en dialogue, c’est surtout Gilles, que le Tao Te King a beaucoup intéressé, qui a parlé de ses connaissances sur le monde chinois. Je n’ai pas d’objection à ce qu’il a dit.
Le chinois, j’ai commencé à l’apprendre pendant l’X à l’université de Vincennes parce que je voulais mieux comprendre ce géant humain. J’ai ensuite rencontré beaucoup de chinois parce que mon travail me conduisait souvent en Asie. Je me suis établi quelque temps à Hong Kong, avant la rétrocession, comme plateforme pour chercher des fournisseurs chinois de sacs et bagages pour une grande marque. Je connais bien leurs usines et leur modèle social.
A la fin de ma vie professionnelle, je me suis recyclé comme prof de marketing et de finances dans les masters de grandes écoles de commerce où j’avais de nombreux étudiants chinois. Beaucoup me sollicitèrent pour les aider dans la rédaction de leur mémoire, car ils savaient que j’étais attentif et comprenais leurs difficultés, à la fois avec la langue et la nécessité de produire une pensée originale sortant du cadre.
Mon beau-père était chinois et j’avais le plus grand respect pour lui. Donc, oui, j’aime les chinois et je crois assez bien comprendre la manière dont ils pensent.
De par mon travail bénévole de porteur de Dieu et de Sa Parole, j’ai très souvent eu l’occasion de poser ces questions simples « Un Dieu Créateur existe-t-il ? Croyez-vous en Dieu ? » dans de nombreuses langues. J’ai bien noté à quel point les chinois Han et les japonais avaient du mal à répondre, surtout quand ils n’étaient pas bilingues. Pour les tibétains, les ouïgours ou les chinois convertis au christianisme, la réponse fusait sans difficulté.
La réponse d’une étudiante chinoise brillante fut caractéristique : « Nous savons qu’il y a quelqu’un là-haut, mais nous ne nous en préoccupons guère ». Je lui ai demandé si elle pensait au concept ancien de Shangdi, elle m’a dit oui.
Hervé m’a envoyé un tableau de six tournures composées qui peuvent servir à nommer Dieu, différentes suivant les religions qui les utilisent pour séduire les chinois. C’est bien la preuve que la langue chinoise d’origine ne facilite pas une expression simple de l’affirmation « Dieu existe ». La pensée chinoise est plutôt dans le processus. C’est ce qu’a exprimé Gilles dans notre post.
Ma difficulté par rapport à une véritable immersion dans le chinois comme j’ai pu le faire avec l’arabe, c’est que je n’avais pas de texte spirituel de référence pour approfondir l’étude de leur culture. Je suis réticent au Yi King, un livre de superstitions et j’ai toujours écarté toute forme de superstition d’où qu’elle vienne (par exemple le chiffre 4 pour les chinois et le 13 pour les américains et un peu les européens). Le Tao te King est un beau texte, mais je suis peu sensible à la poésie et n’y vois pas un message prophétique.
En résumé, je n’ai jamais parlé d’une « incapacité de l’esprit chinois à approfondir les religions ou la métaphysique ». Je dis que, comme les langues sémitiques, le chinois d’origine se prête mal aux abstractions compte tenu de son contexte d’émergence, des sociétés paysannes. Il se prête mal à parler de Dieu parce que l’idée du Créateur Qui parle aux hommes par les prophètes s’est évadée vers une notion vague de Ciel avec qui le lien était l’empereur.
Cela n’a pas empêché l’émergence d’un grand philosophe comme Zhuangzi. Les jeunes chinois modernes, la plupart déjà exposés à l’anglais dépassent facilement les obstacles linguistiques initiaux de leur langue pour penser précisément et exprimer ce qu’ils veulent dire. Mais la préoccupation essentielle de beaucoup de chinois est soit matérialiste, soit liée à diverses superstitions populaires, chasser les mauvais esprits, se placer dans des situations auspicieuses…
Nous sommes dans un monde très différent de celui de l’inde.
Je t’invite, Hervé à mieux te documenter sur la linguistique comparée et te donne quelques éléments sur la spécificité de la langue chinoise et des sinogrammes, présentés par un spécialiste.
Le principe qui permet de passer à un système d’écriture est que le dessin ne s’interprète plus nécessairement de manière isolée : l’unité signifiante peut être construite en faisant sémantiquement référence à d’autres, par transformation ou par composition. C’est une rationalisation qui permet de diminuer le nombre d’éléments qui peuvent constituer les graphèmes, tout en augmentant la capacité d’expression. Seul un tel système peut être qualifié d’écriture.
Ce principe étant acquis, il évolue en Chine très rapidement vers un système cohérent et signifiant : les dessins se simplifient et s’uniformisent, et les compositions se figent. Les briques élémentaires du système d’écriture sont des « éléments de caractère ». Ces éléments simples jouent le rôle des lettres dans les écritures alphabétiques pour ce qui est de la combinatoire, mais contrairement aux écritures alphabétiques, ils conservent généralement par eux-mêmes un contenu sémantique.
À mesure que la décadence de la dynastie 周 (Zhōu) s’accentuait, les études étaient négligées, les scribes devinrent de plus en plus ignorants. Quand ils ne se rappelaient pas un caractère, ils en improvisaient un faux ; ces fausses lettres, recopiées par d’autres ignorants, devenaient usuelles. C’est Confucius qui nous donne ces renseignements vers l’an 500 : « Dans ma jeunesse j’ai encore connu des scribes qui laissaient en blanc les caractères qu’ils ne savaient pas écrire, maintenant il n’y en a plus de pareils ! » Aussi les « caractères bizarres » (奇 子) se multiplièrent-ils à cette époque presque à l’infini, au grand détriment de l’étymologie.
Vers l’an 213 avant notre ère, Li Si (李斯 Lǐ Sī), ministre de l’empereur Qin Shi Huang (秦始皇) qui fit brûler les livres, publia un nouvel index officiel des caractères, auxquels il assigna une forme désormais obligatoire pour les scribes : le petit sigillaire. Sa collection, intitulée 三倉 (sāncāng), contenait 3300 caractères. Il ne créa pas de nouvelles primitives, mais se contenta de composer au moyen d’éléments préexistants des noms pour les objets que l’antiquité n’avait pas connu : la période de création et d’évolution des caractères fut donc terminée avant cette époque. LiSi fut induit en erreur par les variantes fautives (奇子) alors si nombreuses, et fixa la composition de bien des caractères sous une forme erronée.
Antoine : Les chinois modernes doivent faire avec cet héritage !
La plus ancienne écriture par idéogramme est celle des hiéroglyphes égyptiens, plus de 2000 ans avant les sinogrammes. La linguistique comparée est une discipline passionnante…
Je conclus ce post trop long, qui m’a paru nécessaire pour honorer notre amitié, avec la fin de ton article :
Hervé : Dans un regard existentiel, qu’il soit scientifique ou spirituel, le savoir n’a-t-il de vraie valeur que s’il éclaire le chemin de la lucidité et du bonheur… ? C’est en tout cas ce que croyait déjà François Rabelais quand, au XVIᵉ siècle, il écrivit cette phrase qui a durablement marqué la culture française : « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Loin d’un appel religieux, elle exprime une exigence humaniste : celle d’un savoir éclairé par ses effets.
Antoine : Nous revenons à l’âme et je rappelle que pour moi, la conscience, de notre vivant, est présente à des degrés divers dans nos trois dimensions, corps charnel, esprit et âme.
L’âme est une expérience de la vie réelle accessible à tout homme de bien, il n’est pas nécessaire qu’il la mentalise comme différente de l’esprit ou la relie au Créateur. En particulier pour les agnostiques auxquels Dieu ne s’impose jamais alors qu’Il pourrait le faire. Mais pourquoi ne respecterait-Il pas la liberté de l’être humain ?
A notre mort, elle doit d’adapter à la perte provisoire d’un support charnel et neuronal, mais cela ne l’empêche pas de penser, ce que prouvent les nombreux témoignages de communications, en particulier avec des proches décédés qui viennent nous rassurer.
J’approche inexorablement la fin de ma vie, donc je verrai bientôt comment je penserai et communiquerai avec les habitants des mondes spirituels qui m’entoureront là où j’irai.
Wait and see…