J’analyse ici un article publié sur l’académie de l’éthique par mon camarade et aimable commentateur du blog Hervé de Tréglodé. Dans cet article, il réagit en particulier aux posts philosophiques 113 et 114 récemment publiés ici.
Je tiens d’emblée à présenter mes excuses à Hervé et à mes lecteurs car le ton de mon écriture leur paraitra trop affirmatif, voire péremptoire et peu ouvert au dialogue, ce qui n’est pas dans mon éthique de l’échange.
En citant l’article d’Hervé, je veux expliciter clairement notre désaccord sur quelques sujets cruciaux. Je veux aussi répondre précisément aux questions qu’il m’a posées sur Römer et sur la langue chinoise.
1 Quelques excuses d’emblée
Mon ton inhabituel s’explique par les circonstances très particulières de cette rédaction. Je viens de sortir de l’hôpital pour une double pneumonie, un risque vital à 75 ans, même si j’ai des poumons de sportif. Sans les antibiotiques, je serais mort depuis longtemps car mon corps de chair est incapable de se défendre seul contre les microbes virulents.
Je n’ai jamais eu peur de mourir. D’une part je sais que la mort inéluctable du corps physique n’est pas la mort de l’âme où notre conscience personnelle se maintiendra. D’autre part craindre un événement inéluctable n’est pas sagesse : il faut toujours être prêt à mourir et se préparer pour anticiper les conséquences, en particulier pour les proches.
Je sais gré au Donneur de Vie, mon Créateur, d’avoir donné à l’homme les moyens de se soigner par l’art de la médecine, et je remercie les médecins de ce pays en qui je fais toute confiance. Je n’ai pu sortir de l’hôpital qu’il y a 4 jours, mais mon corps charnel a subi une privation totale de sommeil de 5 fois 24 heures.
Impossible d’entamer même une phase de sommeil léger en devant se lever toutes les 15’ pour désencombrer la gorge et pouvoir respirer. La médecine a voulu me garder en chambre malgré ma demande insistante pour rentrer à la maison avec mon ordonnance, j’habite à 20’ à pied.
Praticiquant du yoga, contrôle du souffle et méditation sur les chakras (post 101), je sais parfaitement quand j’entre dans le sommeil et quand j’en sors. Mais je n ‘ai pu faire comprendre aux médecins que l’enjeu n’était de « mal dormir » sur un petit lit d’hôpital avec des perfusions qui attachaient mon bras mais d’endurer une longue privation totale de sommeil. Sans sommeil paradoxal ni profond, le cerveau est à la masse et il lui faut beaucoup de temps pour recommencer à penser normalement.
Heureusement, dans une écriture de réaction et d’affirmation, travailler sur l’article d’Hervé n’est pas très difficile car c’est un polytechnicien brillant et sa pensée est précise et exprimée clairement. Donc passons au premier sujet, l’âme
2 De l’âme
Hervé nous dit : (L’IA générale annoncée par certains) astreindra certainement la réflexion métaphysique et religieuse à préciser la notion d’âme : en quoi une intelligence vivante se distingue-t-elle d’une intelligence calculante ? un esprit humain d’un esprit animal ? une transcendance humaine d’une transcendance computationnelle ? une âme humaine d’une âme d’un humain augmenté ?
Antoine : Je ne vois franchement pas ce que pourrait être une « transcendance computationnelle », sauf à transformer le sens du mot transcendance.
A l’évidence, je dois à nouveau parler de l’âme et de ce que nous en dit le Créateur, Seule source de Vérité absolue.
Dans la Parole de 1974, dictée par Jésus ressuscité, qui sait de quoi il parle (en supposant que le témoin Potay est fiable dans ce passage), voici deux citations. « Ainsi, l’homme est de chair, d’esprit et d’âme, les trois seront réunis en Mon Jour (de la Résurrection) » ; « L’âme est le regard, la main, la gorge, l’estomac du spectre (ce qui reste de l’homme après la mort s’il n’a pas forgé une âme de son vivant par la pratique du Bien) ; par elle Je peux le réchauffer de l’éclat de Ma Gloire, Je peux le conduire vers les magnificences infinies, Je peux entendre sa louange et sa conversation, Je peux le nourrir à jamais».
Dans la pensée d’Hervé, et ce n’est pas le seul, la distinction entre esprit et âme n’est pas claire.
La Parole de 1974 nous enseigne la distinction à faire entre l’esprit et l’âme qui est notre pont vers Dieu, Immanent et Transcendant. Que l’humain ait ou non conscience de l’Immanence ne change rien à l’action du Créateur qui soutient la vie charnelle en lui. Dieu ne punit pas l’homme qui l’a oublié, Il l’aime.
J’affirme par expérience de 75 années de vie, guidée par une stricte autodiscipline de sagesse, que je ressens nettement mon âme comme le produit de l’effort constant de s’écarter du mal en toutes circonstances. L’âme n’est pas un concept abstrait, c’est une expérience personnelle incontestable mais difficile à partager ou expliquer.
Voici ce que le Créateur de la vie nous dit en 1974 : « J’ai envoyé Mon Souffle sur toute la terre; par Lui toute vie dès la graine, dès l’œuf, reconnaît sa nourriture et les lois de son espèce. Par Lui tout homme reconnaît Ma Voix ». L’homme donc est seul sur la planète à pouvoir entendre la Voix de Dieu, mais contrairement aux animaux, l’homme est libre de ne pas écouter le Souffle, le Dieu Immanent. L’athéisme de masse est récent dans l’histoire humaine, la cause principale est les scandales des religions suivi par la religion athée, le « communisme ». Alors : « Je me cache encore d’eux parce qu’on les avait fatigués de Moi, Je souffle en silence dans leur poitrine »
C’est donc la responsabilité spirituelle sublime de l’homme libre devant Dieu d’installer fermement l’âme au siège de pilote de sa conscience et de sa vie pour répandre le bien en lui et autour de lui. La mort biologique, du corps et du cerveau, n’est pas celle de l’âme dans laquelle la conscience s’installe après la mort.
L’homme qui a meurtri son âme en choisissant souvent le mal en a à peine conscience, sauf dans des circonstances extrêmes. Mais il a toujours conscience de son activité biologique, celle du cerveau et du corps. Un yogi entraîné a beaucoup plus conscience de l’activité de son cerveau et de ses chakras, il gère mieux son organisme et sa pensée et peut se libérer des émotions inférieures perturbatrices qui peuvent troubler et agiter son esprit. Les grands priants font de même, peu importe leur religion quand ils en ont une.
L’âme est donc le lieu du lien avec Dieu par la prière ou la méditation et des émotions nobles, amour universel, soif de justice, inépuisable capacité à pardonner, refus de l’autosatisfaction qui aveugle l’esprit… On peut lui faire totale confiance.
De notre vivant, elle utilise le cerveau pour ses tâches nobles. Elle peut s’imposer à lui et faire barrière à toutes les séductions et tentations dangereuses auxquelles nous soumet constamment notre monde hypermatérialiste et hyper agité.
L’esprit est le siège de la pensée intellectuelle et de diverses émotions, il est en constant état d’agitation sauf si l’homme a placé son âme aux commandes pour contrôler son esprit. Sans le contrôle d’une âme forte, l’esprit cède facilement aux tentations de désirs illégitimes, à la facilité du mensonge, ou aux envies d’expériences absurdes comme la drogue promue par des mafias obsédées par l’argent qui recrutent facilement des vendeurs spirituellement déboussolés.
La sagesse de l’âme permet aussi de gérer son corps et sa santé avec intelligence spirituelle. Personne n’est à l’abri du hasard de la maladie qui frappe aveuglément, mais prendre bien soin de son corps et faire confiance aux soignants permet de mieux y résister. L’âme n’a aucune inquiétude, elle est patiente et prête à tout.
Donc, pour répondre à Hervé, tu ne parles que d’esprit, d’intelligence intellectuelle ou de cerveau technologiquement assisté, cela ne change rien à l’âme. Il n’y a pas d’âme d’un humain augmenté, il n’y a pas d’animal qui ait une âme dans ce sens, celui de la conscience du bien et du mal.
L’instinct de survie, de reproduction sexuelle, le dévouement maternel, l’attachement des chiens à leur maître créent certainement des émotions dans un cerveau d’animal mais nous ne pouvons pas les entendre en parler, car la parole articulée et abstraite est un Don de Dieu exclusif à nos ancêtres sapiens passés en Eden.
Quand des brillants philosophes parlent d’âme, comme Aristote dans son traité de l’âme ou Bergson dans ses discours, ils ne parlent que de l’esprit. Il n’y a pas de mot spécifique pour l’âme dans les langues sémitiques, rouh et nafs ont un sens fluctuant, mais en grec, il y a (comme pour l’amour, agapè, philia et éros), trois mots utilisables pour l’âme et l’esprit, pneuma, psyché et noûs (νοῦς). Pneuma serait mieux pour l’âme, psyché pour la partie émotionnelle de l’esprit et noûs pour la partie rationnelle, mais comme l’illustrent les traductions aléatoires de l’Evangile, une sémantique consensuelle et solide n’a jamais été mise au point dans le monde chrétien.
Pourtant, dans le langage courant, il n’y a pas confusion dans certaines expressions comme « une pensée a traversé mon esprit » ou « cela m’a touché au plus profond de mon âme ». Mais cette sagesse populaire est souvent oubliés par orgueil chez les débatteurs au service des pouvoirs comme la plupart des théologiens.
3 Des progrès en théologie ?
Voici un titre de l’article d’Hervé : Progrès asymétriques des savoirs, anthropologie et théologie.
Réponse d’Antoine : il y a certainement un progrès toujours possible dans toutes les disciplines scientifiques comme l’anthropologie, mais pas en théologie, au contraire.
Les malédictions que lance Jésus contre les scribes et pharisiens, qu’il traite d’hypocrites, de guides aveugles et de « sépulcres blanchis » dans l’Evangile de Mathieu 23 sont bien connues. Mais elles ont été habilement détournées par les pouvoirs ecclésiastiques romains qui firent pire encore quand ils installèrent leurs clergés, prêtres, évêques et papes.
Jésus était juif et exprimait la fureur de Dieu face aux clergés de son peuple, déjà honnis par tous les prophètes, il suffit de relire Isaïe. Les clergés chrétiens ont fait croire au peuple naïf que cette diatribe ne s’adressait qu’à leurs homologues juifs. Eux se sont les mauvais, mais nous sommes les bons, un classique de la propagande des pouvoirs politiques et religieux. Mais ils ont aggravé leurs crimes en désignant nos frères juifs comme des déicides et en initiant leur persécution meurtrière (post 32). Le peuple dit « chrétien » est longtemps resté aveugle.
Jésus avait annoncé son retour à un moment inattendu quand le Père en déciderait. Les premiers chrétiens ont longtemps pensé que ce serait bientôt. C’est arrivé seulement en 1974, et Jésus condamne sévèrement les « princes du culte » qui se revendiquent de lui et dont le témoin Potay faisait partie. Parole de 1974 : « Mon Peuple a des artifices pour paraître comprendre, pour opiner devant le mystère comme devant le babil des enfants; son illusion adoucit sa détresse, les plus rusés en tirent profit, disant: «Vous êtes un peuple illuminé; par nous Dieu vous révèle Ses Énigmes, par nous Il ouvre vos intelligences et vos yeux!» Consolé, le peuple paie le salaire de leurs leçons.
Bannis les docteurs dont l’ignorance M’est un dégoût, qui emplissent de vent les têtes faibles de Mon Peuple!Les docteurs M’ont façonné un dieu à trois têtes pour étonner les faibles, les faire trembler sous leur oracle; ils ont décidé de Ma Pitié et de Mon Châtiment selon les œuvres en discours interminables, énigmatiques, d’un Mot de Moi ils ont écrit des livres. Mon Peuple ne sait plus où Je suis, où Je ne suis pas. Abats les idoles de l’esprit comme furent abattues les idoles de bois ».
Jésus ajoute : Leur abomination est affaire de Ma Justice, mais écris, homme Michel (le témoin de Jésus ressuscité qui s’adresse à lui), que les princes seront détrônés bientôt, leur imposture est déjà révélée; leurs prêtres seront renvoyés au champ et à l’établi, leurs docteurs vendront leur art aux disputes du siècle.
Hervé, je connais et respecte ta foi traditionnelle chrétienne, mais j’observe l’histoire du « christianisme » et son évolution récente et ne vois rien à ajouter à la Parole. Les théologiens chrétiens au service de la papauté sont une nuisance spirituelle contre laquelle il faut entrer en résistance en déconstruisant leurs idoles de l’esprit, leur Doxa.
La situation est différente dans l’islam. Jésus salue Muhammad comme le plus sage et le plus écouté des Messagers. Il n’y a pas en islam d’autorité centrale. A Bordeaux, la communauté a élu Tareq Oubrou comme grand imam, très respecté pour sa vaste connaissance des textes et des savants musulmans du passé. Tareq est une de mes sources quand je me pose des questions sur le sens à donner à un mot ou un verset du Coran.
Il me donne son analyse et je reste entièrement libre de suivre son opinion ou d’en avoir une autre. C’est devenu un ami personnel pour qui j’ai le plus grand respect. Il se présente comme un « théologien », mais il agit comme guide de la communauté de Bordeaux qui vient l’entendre dans sa mosquée. Il prend en charge l’éducation et la formation des musulmans bordelais, la plupart du Maghreb et d’Afrique, ignorant l’arabe classique et les subtilités du texte. Ses sermons du vendredi sont édifiants et peuvent être écoutés en ligne.
Pour revenir au « christianisme », le théologien classique ne cherche ni la Vérité ni à progresser dans la connaissance, il affine des théories et des arguments pour enténébrer les fidèles et les scotcher mentalement sur la Doxa de la religion qui l’emploie et dont les dogmes initiaux ont permis s’asservir leurs fidèles dans la peur et l’ignorance.
Les ficelles de leurs mensonges sont devenues trop grosses et, en France particulièrement, la population s’est libérée de leur emprise dogmatique. Je ne juge personne et sais qu’il y a des braves gens partout, mais le système théologique auquel ils contribuent est mauvais. Quand mes frères chrétiens pieux cesseront de les considérer comme une source de connaissance, mais comme une source d’amusement, des acteurs de théâtre pour les débats sur les plateaux médiatiques, ils auront fait un grand pas vers une spiritualité libre. Car ils seront stimulés dans l’effort de méditer eux-mêmes sur le texte évangélique.
Le plus important est que les croyants vivent leur piété comme ils le veulent et personne n’a à s’en mêler. Je prie avec mes frères chrétiens comme avec mes frères musulmans et juifs. Je me réjouis de leurs joies de croyant, priant collectivement dans des lieux de culte pour une socialisation agréable (ou dans leur chambre comme le recommandait Jésus).
Hervé me dit : contrairement aux savoirs scientifiques la théologie et la métaphysique avancent lentement. Selon leur orientation constitutive, elles privilégient l’approfondissement interprétatif et la continuité doctrinale, se tenant loin de la découverte empirique.
Antoine répond : il n’y a aucun approfondissement interprétatif tant que les religieux ne se libèrent pas des erreurs initiales, volontaires ou non, en revenant aux Messages oraux des prophètes et en vérifiant leur bonne transmission. Ils ont tous peur de remettre en cause les paradigmes poussiéreux de leur église. Comme les législateurs, ils empilent des textes de plus en plus incompréhensibles, contraignant les fidèles paresseux à écouter sans ciller les absurdités qu’on leur assène du haut des chaires ou de l’autel.
Hervé : Une thèse théologique ne se réfute pas par l’expérience, mais par la dialectique. Leur rôle n’est pas de décrire, comprendre et prévoir le monde de la matière et du vivant, mais d’assurer une cohérence de la vie intérieure.
Antoine : c’est en se libérant de la chappe de plomb imposée aux croyants qu’il retrouveront leur vie intérieure. Les théories fumeuses et abstraites des théologiens se réfutent facilement par l’expérience personnelle, la méditation sur les textes et la vie de prière et d’action bienfaisante.
Hervé, tu dois absolument distinguer la métaphysique de la théologie.
4 Des progrès en métaphysique ?
Hervé : La science ne rejette pas la métaphysique. Mais elle n’en a pas besoin pour produire de la connaissance.
Antoine : La métaphysique est une branche de la philosophie comme l’éthique. Contrairement aux sciences où il y souvent une barrière d’éducation pour en comprendre les codes et mécanisme, la philosophie est accessible à tout humain qui veut réfléchir aux fondamentaux.
La connaissance accessible aux humains est un domaine quasiment infini, mais la science ne peut en aborder qu’une partie très limitée. On dit souvent que la science peut se pencher sur le comment et pas sur le pourquoi. Le pourquoi est plutôt le domaine de la réflexion philosophique et surtout de la réflexion de l’âme.
En 1974, la Parole nous met en garde contre les « sciences vaniteuses ». La science s’enorgueillit d’avoir réponse à tout et d’apporter des solutions à tout. Dans son langage imagé, la Parole de 1977 nous dit : L’homme noir (celui qui a rejeté par orgueil tout éclairage spirituel) guérit le bubon (un furoncle que la médecine scientifique sait soigner), il monte (sur) le nuage (il rêve d’être tout puissant).
La science est très utile et nous devrions remercier le Créateur de nous avoir donné l’outil de l’intellect, mais sans les autres disciplines de la connaissance, elle ne peut pas faire grand-chose. Même en médecine, si le soignant n’aime pas le malade, il peine à le guérir, même avec tous les médicaments du monde.
Par contre, la notion de progrès, évidente pour la science s’applique mal à la métaphysique et à la philosophie en général. Il n’y a pas de flèche objective du progrès dans ces domaines. Nous progressons individuellement en réfléchissant, travaillant sur des textes et écoutant les philosophes, cela permet un approfondissement de notre pensée. Et nous progressons collectivement dans la connaissance philosophique grâce au patrimoine intellectuel laissé par les grands philosophes qui ne cesse de s’enrichir.
Hervé : Comme le répétait Siddhartha Gotama (bouddha), bien des questions métaphysiques ou religieuses sont stériles parce qu’elles n’aident ni à l’éveil de la conscience humaine ni à la guérison des souffrances mentales. En fondant le bouddhisme au VIe et Ve siècle avant notre ère, il refusait en effet de répondre aux interrogations sur l’au-delà.
Pourquoi ? Parce qu’« elles ne sont pas liées au but, ne sont pas fondamentales pour la vie sainte, ne mènent pas au désenchantement, au détachement, à la cessation, à l’apaisement, à la connaissance directe, à l’éveil de soi, à la libération » (extrait de Cūḷa Māluṅkya Sutta).
Antoine : Il me semble qu’un point essentiel t’a échappé dans l’enseignement du philosophe Bouddha qui est un progrès considérable dans la pensée métaphysique indienne.
Puisque tu insistes sur la pertinence de l’IA que je ne consulte jamais dans mes recherches pointues faute de temps, je t’invite à questionner tes sites favoris en leur proposant ce sutra fondamental de Bouddha qui a échappé à l’attention de quasiment tous les bouddhistes, même s’ils peuvent en retrouver facilement le texte et les circonstances identiques dans les deux principales traditions, par exemple le Surangamasutra et l’Udana.
Voici : « Ô moines, il existe un Non Né, Non Devenu, Non Créé, Non Composé. S’il n’existait pas, il n’y aurait pas moyen de sortir du Né, Devenu, Créé, Composé. »
Ce sutra est à rapprocher de l’attitude de noble silence que Bouddha conseillait à ses moines face à des questions ne tendant pas édification quand ils étaient pressés de questions abstraites sur lesquels portaient les débats védiques, la culture des intellectuels brahmanes de son époque. Ceci correspond à la citation que tu évoques ci-dessus.
Par contre, Bouddha affirme qu’il n’enseigne que ce qu’il sait par expérience personnelle, lui qui est allé beaucoup plus loin que quiconque dans la recherche de la libération et de la contemplation du Dharma. Il ne conseille nulle part à ses moines de ne pas s’interroger eux-mêmes sur les questions portant sur ce que tu appelles « l’au-delà », un mot bien vague. Il leur dit : pratiquez l’octuple sentier (dont la dernière étape est la juste contemplation) et vous aurez la réponse à vos questions.
Je suis sûr que l’IA trouvera des choses à partir de cette citation, des compilations ou extraits de pensées humaines déjà diffusées, je suis intéressé à connaître le résultat.
Et pour que nous progression tous deux dans nos connaissances grâce à l’IA, je te propose une autre piste de recherche sur le sujet essentiel des quelques versets des rishis dravidiens monothéistes dont le Rig Veda porte les traces. Le brahmanisme sacrificiel des premières vagues d’envahisseurs indo-aryens est à l’évidence un polythéisme, mais aucun des sanscritistes à qui j’ai présenté cette contradiction majeure dans le texte le plus respecté de l’hindouisme n’avait relevé ce problème.
Les traductions du sanscrit ancien du Rig Veda sont très difficiles à faire, mais nous en avons quelques-unes en français comme celles de Langlois, Varenne ou Renou. Donc en présentant à l’IA un extrait de traduction, il va trouver quelque chose. Je reprends ici des versets plusieurs fois cités dans mon blog et met en gras les extraits qui pourraient faire l’objet d’une question pas trop longue à l’IA. Par exemple que penser de ces versets ?
Voici les textes, d’abord présentés dans le post 13, puis le post 17 :
Extraits du Rig Veda dans la traduction de Jean Varenne (7.89) : « Si par hasard en la bassesse de mon intelligence je suis allé à contre-courant, ô Saint, aie pitié, Seigneur et pardonne…si par inconscience nous avons ruiné tes lois, ne nous fait pas de mal pour ce grief ô Dieu ». (10.71) : « Quand fut prononcée à l’origine la première Parole et qu’on donna des noms aux choses, ce qu’il y avait en celles-ci de meilleur, de pur, et qui était caché, se révéla avec amour. Quand les sages eurent formé la Parole en leur âme…la beauté s’imprima sur leur langage. Ils suivaient les traces de la Parole, ils la trouvèrent qui était entrée dans les poètes. La ramenant ils la partagèrent de multiples façons ; les sept sages l’ont fait retentir ».
(On trouve ici la tradition selon laquelle le Veda serait parvenu par inspiration à sept sages, les rishis).
Rig Veda10.81 : « Ses yeux tournés partout, lorsque Dieu unique, Il crée le ciel et la terre, Il les soude ensemble avec les bras, avec les ailes ».
Rig Veda 10.82 : « L’œil du Père qui est sage dans sa pensée a créé ces deux mondes, le ciel et la terre prirent leur déploiement. Au nombril du non Né, l’Un est fixé, Lui sur lequel s’appuient toutes les créatures. Vous ne connaîtrez pas celui qui a créé ces mondes, quelque chose d’autre vous fait écran. Les récitateurs d’hymnes, ravisseurs de vie, marchent enveloppés de nuées et de bavardage ».
(Ici, le dénigrement des brahmanes est évident).
Il y a aussi dans le Rig Veda des récits de la Création, difficile à traduire et assez énigmatiques, mais qui recoupent des récits qu’on peut trouver dans la Genèse biblique et dans le Coran. En 10.129 : « Il n’y avait pas l’être, il n’y avait pas le non-être en ce temps. Il n’y avait ni l’espace, ni le firmament au-delà. Quel était le contenu ? Où était-ce ? Sous la garde de Qui ? Qu’était l’eau profonde, l’eau sans fond ? Ni la mort, ni la non-mort n’étaient en ce temps. Point de signe distinguant la nuit du jour. L’Un respirait sans souffle mû de soi-même : Rien d’autre n’existait par ailleurs. A l’origine des ténèbres couvraient des ténèbres, tout ce qu’on voit n’était qu’onde indistincte. Enfermé dans le Vide, le Devenant, l’Un prit alors naissance par le pouvoir de la chaleur. D’abord se développa le Désir, qui fut le premier germe de la pensée. Cherchant avec réflexion dans leurs âmes, les sages trouvèrent dans le non-être le lien de l’être. Qui sait en Vérité, d’où est issue, d’où vient cette Création ? Celui qui veille au plus haut du ciel le sait sans doute ; ou bien ne le sait-il pas ? »
RV 10.81 : « Le poète, notre père qui a pris place comme oblateur, offrant tous ces mondes en oblation, celui qui recherchait la richesse par la prière est entré dans les générations ultérieures en masquant celles d’avant…».
Ce poète qui masque est-il un indice de l’occultation du prophète Zarathoustra ? A la fin de l’époque védique, on trouve des traces d’une évolution qui voit dans le temps le principe de toutes choses, évolution qu’on retrouve au même moment en Iran, ce qui appuie l’hypothèse d’échanges persistants entre ariens perses et indiens et fragilise l’hypothèse d’une ignorance involontaire des brahmanes du message de Zarathoustra, prophète du Dieu unique qui enseigne les Gathas en vieil avestique, une langue proche du sanscrit ancien mais qui l’a précédé.
Certains poètes du Veda évoquent une pratique spirituelle rigoureuse en RV 10.154 : « Ceux que l’ascétisme rend inattaquables, ceux qui par l’ascétisme sont allés au Ciel…les poètes aux mille modes qui gardent le soleil, les rishis qui ont pratiqué l’ascétisme, que le soma arrive chez eux ! ».
D’autres appellent à la cohésion sociale, en RV 10.191 : « Allez, ensemble concertez-vous, uni soit le conseil, uni soit l’assemblée…unie soit votre intention, unis soient vos cœurs, unis soient vos esprits en sorte qu’il y ait bon accord entre vous. »
Donc merci d’avance, Hervé, toi qui aime réfléchir de regarder ce sujet avec l’IA.
5 sciences cognitives et affects?
Hervé : À l’aune des sciences cognitives (cf. travaux de Stanislas Dehaene et Michael Tomasello), le processus éclaire peu à peu autant l’adaptation biologique que l’émergence du langage, du symbolique et de la culture.
Antoine : La revue des X, la Jaune et la Rouge a récemment publié un numéro spécial sur les sciences cognitives qui montre bien que c’est un concept fourre-tout et récent. Les articles successifs évoquent la linguistique et le passage du lexique mental à la parole et l’évolution des gênes ; l’organisation fonctionnelle du cerveau ; les neurosciences computationnelles et la robotique ; l’IA ; les agents conversationnels ; les applications à l’éducation.
Notre ami Jean-Loup, dans le post 103, préfère parler de philosophie de l’esprit plutôt que de sciences cognitives, un concept trop peu précis. Je m’aligne sur son choix.
Jean Loup : Les neurosciences fournissent une description « cartographique » des régions mentales, et une description « dynamique » des fonctions qui les activent. Par exemple, on arrive à « suivre » dans l’encéphale du sujet, en termes de signaux électro-chimiques, la compréhension d’une phrase énoncée dans sa langue maternelle, de la perception à la réponse. Mais cela ne suffit pas à nous éclairer sur les mécanismes de l’entendement, et c’est un peu frustrant.
Hervé : Peut-être y a-t-il un terrain où s’apprête un rapprochement (entre science et métaphysique). Car deux domaines en pleine expansion scientifique et technologique redéfinissent notre compréhension du fait humain. C’est d’abord la science des affects.
Antoine : Jean Loup utilise le mot « désir », mais je préfère comme toi utiliser le mot affect à la sémantique plus large.
Hervé : Longtemps considérés comme des mystères spirituels, l’amour, l’empathie et l’altruisme font désormais l’objet de recherches précises en neurobiologie et en psychologie évolutionniste. Ces travaux (cf. ceux d’Antonio Damasio, de Jean Decety et de Michael S. Gazzaniga) démontrent que les émotions et intuitions de toute nature, loin d’être en opposition avec la raison, en sont le moteur. En décryptant les fondements biologiques de la morale et de la solidarité, la science entre et s’étend dans un champ historiquement associé au bien et au mal, que la théologie explorait seule. Mais la science ne fait qu’expliquer l’origine des jugements moraux, sans prétendre les fonder normativement. Découvrir l’origine biologique des normes éthiques, ce n’est pas soutenir ce qui doit être accompli.
Antoine : Ici, nos pensées divergent nettement, d’autant plus que je ne confonds pas les émotions et intuitions de l’âme avec celles de l’esprit. L’amour dont est capable l’âme est sublime et très au-dessus de ce dont l’esprit est capable.
L’idée de mystère est caractéristique de l’endoctrinement des théologiens chrétiens, je m’en garde. J’ai une approche très simple : il y a beaucoup de vérités qui sont inaccessibles à l’esprit humain, certaines sont révélées par Dieu aux prophètes et messagers quand l’humanité en a besoin. D’autres vérités ou connaissances sont accessibles à l’esprit humain qui fait les efforts nécessaires.
Contrairement à ce que tu dis, des « recherches précises en neurobiologie et en psychologie évolutionniste » ne peuvent certainement pas « démontrer que les émotions et intuitions de toute nature, loin d’être en opposition avec la raison, en sont le moteur ». On ne démontre rien en amalgamant dans un grand sac des concepts hétérogènes.
La synergie entre raison et foi est beaucoup plus complexe, d’autant plus que la foi, en fonction des individus, peut être ancrée dans l’esprit seulement ou dans l’âme..
Je pense qu’il n’y a pas de « fondements biologiques de la morale et de la solidarité ». La biologie est un des lieux où on peut constater des expressions mesurables de ces concepts abstraits dans la vie de ceux qui y pensent.
Je suis sûr que la science ne peut jamais « expliquer l’origine des jugements moraux ». Elle peut seulement observer leurs conséquences matériellement perceptibles. Les normes éthiques n’ont pas une « origine biologique ». La biologie se situe en aval de la pensée humaine.
Donc nous sommes en désaccord sur beaucoup d’idées que tu avances dans ton article. Les désaccords sont une bonne base pour le dialogue amical.
Hervé : Dans mon article, le terme progrès est pris au sens cumulatif, empirique et réfutable, et non au sens interne, conceptuel ou existentiel. Il s’applique donc différemment dans les deux recherches que je viens d’opposer, science et théologie.
Antoine : Je donne un sens plus large au concept de progrès. Dans le domaine scientifique, je différencie les sciences exactes comme les mathématiques des sciences expérimentales. La génétique est plutôt une science exacte, la datation paléoarchéologique s’en approche et la linguistique ou l’herméneutique en sont plus éloignées, mais elles pratiquent toutes la discipline et les méthodes scientifiques. C’est en les utilisant en synergie que les connaissances humaines s’enrichissent, alors que la philosophie progresse d’une toute autre manière.
A part en théologie, le progrès est possible dans tous les domaines où les hommes enrichissent leurs connaissances par diverses méthodes
6 IA générale (IAG) ?
Hervé : L’intelligence artificielle agit comme un miroir cognitif. En raisonnant et en résolvant, en simulant même des affects, elle oblige la philosophie à redéfinir plus clairement ce qu’elle entend par conscience, intentionnalité et libre arbitre. Comme Demis Hassabis, prix Nobel de chimie et directeur général de Google DeepMind, de grands scientifiques estiment qu’une intelligence artificielle générale (Artificial General Intelligence ou AGI en anglais) pourrait voir le jour dans les cinq ou dix prochaines années. Certes, il n’y a là que des opinions personnelles : ce n’est encore que de la prospective cumulative.
Antoine : Hassabis a un énorme intérêt pour s’enrichir et convaincre de nouveaux investisseurs pour sa start-up de promettre monts et merveilles. Je ne fais aucune confiance à son objectivité scientifique, son prix Nobel de chimie n’y change rien.
Il est en total désaccord avec Le Cun, un autre ponte de l’IA qui a lui aussi sa start up, mais tient des propos plus raisonnables.
Hervé : Quand l’AGI sera, que dira-t-on alors de la conscience ? Si l’AGI est sans conscience, son imitation suffisamment fine bouleversera en tout cas, à coup sûr, la connaissance des frontières mêmes de l’esprit.
Antoine : Voici ce que dit un camarade expert du sujet. Que pourrait être une IAG ? Ce serait l’intelligence d’une machine capable de comprendre ou d’apprendre toute tâche intellectuelle qu’un être humain peut effectuer. Un type d’outil d’intelligence artificielle qui viserait à imiter les capacités cognitives du cerveau humain. L’IAG ne sera pas une machine qui saurait tout, mais une machine qui pourrait apprendre presque n’importe quoi. La majorité des outils d’IA actuels (Gemini-3, Chatgpt 5.2, Mistral Large 3, …) s’appuyant sur la technologie des larges modèles de langage peuvent sembler spécialisés, étant donné leur nature et leur méthode d’apprentissage. C’est en tout cas l’objet de la confrontation Hassabis/Le Cun à coups de tweets.
Yann LeCun, fondateur de la future4 startup AMI, soutient que l’intelligence « générale » est une illusion : « Nous constatons aujourd’hui que ces systèmes [NDLR LLMs] ne constituent pas une voie vers ce que l’on appelle l’IAG. Je déteste ce terme. Même l’intelligence humaine est hautement spécialisée et limitée par notre biologie et notre environnement ». Il préfère le terme « Intelligence de niveau humain » et rejette le concept d’une IA qui serait « bonne à tout faire » de manière universelle. L’expert français est très sceptique vis-à-vis des LLM (larges modèles de langage) actuels. Il martèle que « prédire le mot suivant » ne mènera jamais à l’IAG car il manque aux modèles la compréhension du monde physique, le raisonnement et la planification. Il prône une approche différente appelée « World Models » inspirée de l’apprentissage des jeunes animaux. « Si l’on souhaite un comportement intelligent, il faut un système capable d’anticiper ce qui va se passer dans le monde… et c’est ce qui manque.
Hervé : avec les fruits mûrissants de l’intelligence artificielle apparaîtront des questions qui paraissent absurdes aujourd’hui : mais à l’ère de l’AGI, qui succédera à l’anthropocène, qu’en sera-t-il ?
Antoine : Je vois une différence radicale entre notre intelligence et celle appelée abusivement IA. Elle tient à la vie biologique, celle de l’esprit et de l’âme. La plasticité du réseau neuronal est inscrite dès l’origine dans le Dessein du Créateur et l’interaction quasi infinie avec nos alter egos humains donne aux langages d’extraordinaires capacités d’évolution. Qui peut savoir, dans seulement un siècle, où nous en serons dans nos communications entre humains ? Il est cependant hautement probable que l’outil informatique, créé par projection de notre réseau neuronal, soit incontournable. Ce que certains appellent l’’anthropocène sera bouleversée par le Jour de la Résurrection, quand les hommes retrouveront la Lumière de leur Créateur.
Jean Loup (dans notre post de dialogue 103) : Mon pronostic est que l’IA et l’IN (intelligence naturelle) coexisteront et travailleront ensemble selon le principe de la complémentarité. Ceci suppose que l’humanité soit sage (au sens philosophique), mais sur ce dernier point, je n’ai pas de certitude…
Le connexionnisme est la branche la plus dynamique, actuellement, de l’intelligence artificielle. Or ma théorie relève plutôt de l’ « IA symbolique », une vieille école de programmation, qui a eu son heure de gloire aux premiers temps de l’IA (il y a plus de cinquante ans !), et qui a été supplantée par l’ « IA connexionniste », basée sur les réseaux de neurones artificiels. Mais il n’est pas exclu que l’IA symbolique, chassée par la porte, revienne par la fenêtre !
L’intelligence artificielle (IA), elle aussi, peut se prévaloir de résultats spectaculaires, mais elle a été porteuse, en 60 ans d’existence, de cruelles déceptions. L’IA dite faible (celle, par exemple, des programmes jouant aux échecs) a dépassé l’être humain dans plusieurs domaines. En revanche, l’IA dite forte, censée imiter voire dépasser l’humain dans l’ensemble de sa vie mentale, n’en est encore qu’aux balbutiements, malgré son irruption récente (en 2023) dans l’univers du grand public. Il est probable que, comme pour les neurosciences, la description scientifique de l’IA (l’imitation du cerveau humain par la machine de von Neumann ou par les réseaux de neurones artificiels) ne soit pas faite au bon niveau.
En particulier, les désirs, les émotions, le vécu, la notion de réalité, l’intériorité mémorielle, ne semblent pas être modélisés de façon pertinente. Si mon travail peut contribuer à éclaircir, ne serait-ce que partiellement, les raisons de cet échec, et à indiquer des voies nouvelles, il aura largement atteint son but.
Le problème de l’IA forte (Est-elle possible ? Est-elle souhaitable ?) s’invite dans tous les débats philosophiques et scientifiques, et ce n’est que le début ! Ma position (provisoire) est que oui, l’IA forte émergera quand elle sera dotée d’un vécu, c’est-à-dire d’une mémoire des perceptions et des actions, et dotée d’affects et de désirs. En d’autres termes, quand elle sera dotée d’un langage mental… Ceci n’est possible que dans le cadre de l’« incarnation » et de l’autonomie de cette IA, c’est-à-dire dans le cadre de la robotique. C’est à ce moment-là que de graves problèmes éthiques se poseront, et que nous serons peut-être en danger.
Antoine : Les robots tueurs conçus et programmés par des militaires mis au pas pour servir des dictateurs cruels ne sont plus un fantasme et c’est un enjeu majeur à traiter sans tarder. Les robots policiers sans état d’âme devraient aussi, malheureusement, faire leur apparition à moyen terme de même que des robots pour espionner les citoyens.
J’ai prévu un post (IA, Frankenstein des sapiens ?) où nous aborderons ces dangers.
Il faut segmenter les réflexions sur l’IA.
7 Römer et la réduction scientiste : progrès à rebours
Hervé : Pourquoi reproches-tu si vivement à Römer de trop coller au texte de la Bible, alors que toi-même, tu cites la Bible et le Coran de très nombreuses fois à l’appui de tes démonstrations ou de tes intuitions ?
Antoine : Ce n’est pas ce que je dis. Je suis un ardent avocat de la liberté d’expression. Je vais donc ici m’exprimer sans détour sur ce que je pense de l’écrivain Römer, de son ignorance et de ses préjugés. N’y vois aucun jugement à l’égard d’une personne que je ne connais pas par contact direct.
D’abord un point positif. Ses travaux archéologiques permettent d’écarter de nombreux récits de l’Ancien Testament comme fantaisistes et c’est une bonne chose. Car certains épisodes qu’on m’enseignait avec vénération dans ma jeunesse sont proprement scandaleux. C’est le cas de celui de Jéricho dans le livre de Josué, des récits horribles à la gloire des troupes juives qui massacrent tous ceux qui se trouvent sur leur chemin (vers – 1230). Passons sur l’invraisemblance de murailles qui s’effondrent au septième tour des prêtres soufflant dans des cors.
Mais apprendre à de jeunes naïfs comme moi que Dieu demande à Josué d’exterminer tous les habitants sauf une prostituée qui a pactisé avec les espions ennemis, c’est révoltant. Or les fouilles nous apprennent que les murailles de Jéricho avaient été rasées vers -1550 (tremblement de terre ou armée égyptienne ?).
Donc le récit biblique est faux et la demande de Dieu de massacrer les peuples conquis est un mensonge de scribes tardifs mis au service d’une idéologie criminelle. Celle qu’on voit à l’œuvre à Gaza, la lecture cadastrale du livre de Josué par des ultra-orthodoxes juifs qui considèrent que tout le territoire de la mer au fleuve a été donné par Dieu à leur peuple, tant pis pour ceux qui y vivent et ne veulent pas en être chassés.
Mais revenons à Römer. D’abord je dois préciser que je n’ai pas étudié ni ses enseignements, ni ses nombreux livres. J’ai d’abord entendu parler de lui lors d’une réunion avec des amis protestants de mon coauteur Gilles Cosson pour préparer notre livre. Il y avait un pasteur, son éditeur et son attaché de presse.
J’ai commencé à leur parler naïvement de mes convictions sur la continuité prophétique passant par Moïse, Jésus et Muhammad. Leur blocage mental fut immédiat, car pour beaucoup de chrétiens, Muhammad est un imposteur. Et pour certains, l’islamisme et le grand remplacement vont détruire notre grande civilisation occidentale. Ces idées d’extrême droite finissent par contaminer beaucoup de français dont eux à force de répétitions en boucle sur certains médias.
Mais j’ai découvert à cette occasion avec surprise qu’ils considéraient les patriarches et Moïse comme des mythes ou des légendes. Pourquoi ? Parce que « le savant professeur Romer l’a prouvé ». Certes cet homme prudent n’enseigne pas explicitement qu’il a la preuve que Moïse n’a jamais existé. Mais quand il dit que dans ses recherches, il n’a pas trouvé d’indices archéologiques probants pointant vers ces hommes, beaucoup de ses lecteurs en déduisent que Moïse n’a jamais existé. Alors que ce prophète est crucial pour nos frères juifs et nos frères musulmans.
Ces protestants m’ont parlé de son livre « l’invention de Dieu ». Je l’ai lu en diagonale. Je le trouve inintéressant à titre personnel car j’ai confiance en Dieu et ses prophètes et je n’ai pas attendu les « trouvailles » de Römer pour me forger mes convictions sur les textes biblique et coranique que j’étudie sérieusement depuis un demi-siècle.
J’ai alors découvert avec surprise que son livre se vendait encore bien après 10 ans et se trouvait dans presque toutes les librairies. Qu’il enrichisse son éditeur et lui-même ne me gêne pas. Mais qu’il se soit servi du tremplin de son poste officiel pour diffuser largement ses idées superficielles sur le Créateur unique dans une société spirituellement déboussolée comme la nôtre, c’est grave.
Même s’il n’en a pas conscience, son livre réducteur est spirituellement néfaste. A l’évidence, il n’a pas approfondi sérieusement le sujet du Créateur de l’univers et de cette planète. Ni par la recherche personnelle du Dieu immanent par la prière et la méditation. Ni par l’étude du Dieu Transcendant, celui de l’héritage spirituel des messagers et prophètes que Dieu a envoyé à de nombreux peuples humains depuis près de 50 000 ans (post 112), après que nos ancêtres sapiens ont décidé librement de s’éloigner de Lui. S’il l’avait fait, il n’aurait jamais pu écrire ce livre.
Il y a trois choses fondamentales qui ont complètement échappé au radar mental du titulaire de la chaire « milieux bibliques » au Collège de France.
La première est qu’en observant l’histoire longue des sapiens sur tous les continents, on constate que les religions installées se sont toujours opposées aux messagers et prophètes de Dieu. Or Römer croit qu’il peut parler intelligemment de Dieu en se limitant à ce qu’il trouve comme artefacts liés à la religion du peuple juif sur un espace et une période de temps très limités par sa réduction scientiste : quelques siècles et territoires proches de la Palestine. Parler de religion n’est pas parler de Dieu, au contraire.
Le deuxième chose est qu’il ne peut ignorer le Coran qui touche près de deux milliards d’humains et contient de nombreux récits sur les patriarches et prophètes beaucoup plus précis et fiables que ceux du texte biblique. Pour quelle raison objective peut-il exclure le texte coranique et se limiter au texte biblique ? La seule explication que je vois, dans l’environnement chrétien dans lequel il est né et enseigne, est une profonde ignorance du texte trilitère du Coran. De plus les aventures des héritiers spirituels de Moïse se sont déroulées sur des terres dont les habitants étaient surtout des arabes. J’y vois des préjugés du milieu judéo-chrétien.
La troisième est que dans la culture protestante de son origine, on sépare l’Ancien et le Nouveau Testament. Tout est centré sur la personne de Jésus fils de Marie, imaginé comme fils unique de Dieu, ce que lui-même n’a jamais dit. C’est un grand prophète qui s’insère parfaitement dans la continuité prophétique d’Abraham à Muhammad. Römer scrute et remet en question l’Ancien Testament, mais je n’ai pas vu d’éventuels efforts de sa part pour faire la même chose avec le Nouveau Testament qui fait pourtant bien partie de l’histoire humaine et du peuple juif.
Se pose-t-il sérieusement cette question fondamentale et évidente : « Qui a écrit les textes du Nouveau Testament ». Avec son corolaire : « Ces textes sont-ils en harmonie avec l’enseignement de Jésus fils de Marie tel qu’on peut le reconstituer ? » J’en doute car je constate un silence étonnant de sa part sur les travaux d’autres savants qui ne sont pas de sa chapelle. Dans son livre, je suis tombé sur plusieurs citations des théologiens Paul et le rédacteur final du dernier Evangile (à l’évidence un autre Jean que le fils de Zébédée, témoin de Jésus).
De vrais savants se sont attelés à l’herméneutique ou exégèse historico-critique des textes bibliques. En particulier l’école biblique de Jérusalem créée sous l’impulsion de l’église catholique. Elle nous a permis de faire des progrès considérables dans la compréhension de l’origine et des sens possibles des textes bibliques, en particulier des textes du Nouveau Testament. Nous en parlerons dans le chapitre suivant.
Je sais par expérience que l’immense majorité des hommes ne peut ou ne veut dépasser le cadre mental dans lequel le hasard de leur naissance les a placés. Surtout quand il s’agit de religion et qu’ils sont restés plus ou moins croyant et plus ou moins pratiquant. J’écoute beaucoup les humains de rencontre quand je vais parler du Créateur dans les rues, et je sais presque tout de suite quel a été leur contexte culturel d’origine, chrétien, athée, agnostique ou musulman pour la plupart.
A tort ou à raison, je trouve que l’auteur Römer pense et écrit encore comme un chrétien, ne serait-ce que par son occultation du Coran. Son origine culturelle est connue, milieu protestant et première tentative pour devenir pasteur abandonnée par manque de vocation. A ce background mental, il a ajouté un vernis de connaissances scientifiques dans un domaine très étroit qui lui a valu sa notoriété.
Ce professeur a accumulé des travaux de déchiffrage, d’analogies et de contextualisation d’un grand nombre d’artefacts humains sur une période très courte. Il a exclu de son champ d’étude la préhistoire dont parle la Bible et les arabes parmi lesquels les principaux épisodes de la Bible sont situés.
Puisqu’Hervé me parle de progrès, quel progrès apporte son travail sur la compréhension profonde du texte biblique ? Pratiquement négligeable. On peut seulement parler d’un enrichissement des connaissances déjà solides des historiens focalisés sur cette partie limitée de l’espace-temps des sapiens.
Pour la compréhension profonde des Messages qu’envoie le Créateur dans la continuité prophétique, je n’hésite pas à dire que l’écrivain Römer, surtout dans son livre provocateur, l’invention de Dieu, est plutôt un professeur d’ignorance qu’un vrai savant. Sa réduction scientiste conduit à un progrès à rebours pour la connaissance du Dieu Créateur Unique à qui j’ai consacré ma vie.
Par contraste, quand mes impôts contribuent au financement du Collège de France et facilite les travaux de grands chercheurs comme Alain Aspect ou Isabelle Ratié, j’applaudis des deux mains. Mme Ratié vient d’être nommée (a sa grande surprise), à la chaire « Histoire des systèmes de pensée de l’Inde ». Elle est jeune, dynamique et je compte beaucoup apprendre d’elle dans le cadre de mon travail sur les dravidiens.
Voilà, cher Hervé ce que je pense des travaux et publications de Römer dont j’ai trop parlé ici. Mais clarifier pour les lecteurs de mon modeste blog n’est pas inutile.
8 Ecarter du texte biblique les livres d’hommes
Hervé : Sur quels critères objectifs t’appuies-tu pour accepter ou rejeter tel ou tel passage de la Bible (ou du Coran) ?
Antoine : Depuis plus de 70 ans, le texte biblique s’est imposé à moi, d’abord par mon père catholique qui convainquait ses patients de faire des retraites, connaissait par cœur l’Evangile de Jean, et en faisait des lecture à ses enfants. Messe obligatoire et hors de question d’avoir de mauvaises notes au catéchisme.
Ma foi personnelle intense se nourrissait d’admiration devant la beauté sublime de la nature, de prière autonome et de lectures des livres de saints, catholiques évidemment. Face aux sujets majeurs et complexes comme Dieu, j’ai toujours procédé par intuition. J’ai très vite senti comme enfant que quelque chose clochait dans les grands dogmes du catéchisme romain, trinité, fils unique de Dieu, Esprit Saint, Incarnation, sacrifice rédempteur…
Dieu et Jésus, oui, mais pas toutes ces salades de la Doxa romaine. Les discours des prêtres et du catéchisme entraient par une oreille et sortaient par l’autre. Mais je n’avais pas la maturité nécessaire pour commencer à remettre en question la Doxa catholique.
Les choses sérieuses dans mon travail de réflexion sur la Bible ont commencé à 16 ans, en prépa scientifique. J’avais commencé à comprendre qu’il y avait un grand nombre de religions qui se contredisaient sur le sujet de Dieu. Je refusais que mes choix spirituels majeurs soient le résultat du hasard de ma naissance, il me fallait donc explorer sérieusement les grands textes sacrés et commencer par mettre à l’écart ma culture chrétienne pour me concentrer sur le sujet de Dieu : existe-t-Il ou non ?
Le travail approfondi commença à l’X, donc à 20 ans. J’avais enfin le temps et la maturité pour explorer le sujet des religions et de leurs textes. J’ai commencé par une étude attentive des sutras de Bouddha et du Coran qui m’a conduit à apprendre l’arabe classique car je voulais aller directement au texte d’origine sans les interprétations traditionnelles.
Pour les sutras, un volume d’écrits considérable, je me suis contenté des traductions anglaises disponibles. Le prakrit dans lequel Bouddha enseignait, dérivé du sanscrit, est de la famille linguistique indo-européenne donc beaucoup avec moins de décalage mental qu’avec les langues sémitiques de la Bible et du Coran. L’enseignement du Bouddha m’a appris la nécessité de dépasser l’intellect et la pratique du yoga et de la méditation sur les chakras m’en a donné l’expérience. L’ajna chakra (post 101), celui qui contrôle le mental, est en-dessous du sahasrara qui permet l’accès à la contemplation, l’étape ultime de l’octuple sentier.
Cela ne te paraîtra pas « objectif », car c’est difficilement partageable, mais j’ai alors acquis la certitude par expérience du Dieu immanent. Il restait à la compléter par l’étude des messages d’origine des prophètes qui sont une porte d’accès universelle au Dieu Transcendant. Les mystiques n’en ont pas besoin, mais je ne suis pas un mystique. Les convictions que je me suis forgées sont d’abord passées par le filtre de la raison, en particulier l’étude des textes que tout le monde peut faire en toute indépendance, mais que très peu font.
Dans ce laborieux travail de plusieurs décennies, ma compréhension de la Bible a beaucoup évolué sur son texte, indépendamment de ce qu’en disent les clergés et théologiens dont la pensée tourne en rond à de rares exceptions près. Parmi les rares théologiens qui ont une expérience directe du lien avec Dieu, je range Al Ghazali, parce qu’après avoir été un cadi contraint par la doctrine califale, il a connu un bouleversement dans sa vie et une expérience de soufi.
Il est très important d’étudier les écrits ou enseignements oraux des grands spirituels avec une expérience directe de Dieu, par exemple Hildegarde de Bingen ou Thérèse d’Avila dans le monde chrétien, Ramakrishna, Ramana Maharishi ou Ma Ananda Moyi du côté de la tradition hindoue. De ma modeste expérience, il est difficile de se passer de cette base de connaissance directe de Dieu pour y voir clair dans les textes bibliques et distinguer immédiatement, par intuition, ce qui peut venir de Dieu et ce qui ne peut venir que des scribes humains comme la loi du talion.
Très rapidement, pour retrouver l’enseignement d’origine des prophètes, le Coran s’est imposé comme source incontournable pour faire le ménage dans les textes bibliques. Car j’ai acquis la conviction depuis un demi-siècle que j’étudie le Coran, que le texte arabe trilitère est fiable. Ce sont les signes diacritiques qui sont discutables et surtout l’interprétation traditionnelle imposée arbitrairement depuis le califat qu’il faut écarter résolument. Malheureusement, c’est très difficile à faire pour mes frères musulmans, mais je suis un homme libre de son ijtihad devant Dieu.
Donc le rapprochement des textes bibliques et coraniques qui concernent les mêmes prophètes et récits de leur mission historique est incontournable : n’en déplaise aux chrétiens, la Lumière du Coran s’impose naturellement aux obscurités de la Bible.
J’ai complété ce rapprochement des textes par les travaux des savants de l’école biblique de Jérusalem et des autres. Pour ne prendre qu’un exemple, il y a ce fameux verset de la fin de Mathieu qui dit « baptisez-les au Nom du Père et du Fils et du Saint Esprit » qu’on avait enfoncé dans mon crâne dans ma jeunesse malgré ma répugnance à penser à un Dieu à trois têtes (l’expression de Jésus en 1974). Or quand ces spécialistes se penchent sur les manuscrits originaux, ils découvrent que ce verset ne figure pas dans les plus anciens, mais apparaissent dans les plus récents. C’est une preuve scientifique sans appel de la falsification par les scribes.
Et pour l’ancien Testament, les savants nous apprennent que seul Isaïe 1-40 a été écrit directement par le prophète les autres sont des ajouts ultérieurs comme cette allusion au serviteur souffrant en 53 que les chrétiens citaient souvent en y voyant une annonce de la crucifixion de Jésus.
Un peu de bon sens et d’indépendance d’esprit permet aussi d’écarter tous ces livres historiques qui racontent des massacres, des horreurs et des flots de sang comme dans le livre des Maccabées ou celui de Josué. D’une manière générale, la Bible devrait pouvoir être limitée à ce que disent et font les prophètes.
Bien sûr, tous mes amis croyants qui veulent retrouver la Lumière de Dieu dans le fatras du texte biblique ne peuvent passer par mon long travail de recherche, mais ils peuvent, s’ils le veulent, s’appuyer sur des Révélations et Inspirations qui ne sont pas de source humaine, et d’après mes recherches, je retiens trois sources d’autorité dont j’ai beaucoup parlé dans mon blog. Le Coran, bien évidemment. La Parole de 1974-1977 restaurée des altération du témoin. Et le Message reçu par Gilles Cosson en 1997.
La source la plus explicite et détaillée pour y voir clair est ce que Jésus, apparu dans son corps ressuscité 40 fois, dicte aux oreilles de Michel Potay en 1974 en français. Je vais en citer quelques extraits. D’abord Jésus s’insurge contre les mensonges des princes du culte et des docteurs serviles de la théologie qui s’expriment faussement en son nom.
Il confirme au témoin (qui ne l’a jamais vraiment accepté) que Muhammad est bien le plus sage et le plus écouté des Messagers de Dieu. Jésus poursuit avec le même ton sans appel de ses malédictions lancées en Galilée contre les autorités religieuses juives, sa diatribe contre les « envahisseurs » du christianisme qu’il dénonce.
« L’envahisseur s’installe sur l’héritage des nations conquises par sa violence. Il leur clôt les oreilles, les yeux, la bouche, pour qu’elles ne M’entendent plus, pour qu’elles ne Me voient plus et ne Me parlent plus, pour qu’elles le croient mon tenancier ; l’envahisseur habile à Me faire dire ce que Je ne dis pas, à faire vivre les nations comme Je ne veux pas. Je ne Me suis pas donné de masque, Je n’ai pas établi un rang de princes devant Moi pour Me cacher la Face, qu’ils siègent au levant ou au couchant, les princes du culte couronnés, et leurs docteurs serviles, qui méditent avec art Ma Parole pour Y trouver des lois qui assurent leurs trônes et leurs chaires à Jérusalem, à Rome, à Athènes, au-delà des mers, partout où les princes ont établi leurs conquêtes ». (On comprend évidemment pourquoi la hiérarchie catholique a occulté cette Révélation).
Jésus poursuit : « partout où leurs rebelles ont essaimé, ayant délaissé leurs couronnes et leurs trônes, mais ayant gardé leurs docteurs pour faire de Ma Parole d’autres lois, qui ne valent pas mieux que celles des princes; tous, princes ou rebelles, proclamant Mon Nom, tous élevant Ma Croix comme un bâton de commandement qui retient le regard des nations comme sous un charme. Ma Parole, ils La proclament à Mon Peuple, mais ils ne La lui abandonnent pas, car ils excellent à faire un secret, un lieu sombre, d’eux seuls connu de Ce Que J’ai livré au monde dans la Lumière ». (Ainsi le monde dit protestant ne vaut pas mieux que le catholicisme).
Jésus ajoute : « Tu n’écarteras aucun de Mes Livres (ceux des prophètes), mais tu écarteras les livres d’hommes, ceux de Pierre, de Paul, d’at-Tabarî et des rabbins, car dans Ma Parole réside la seule piété… Non seulement tu suivras Mon Enseignement donné de Voix Humaine à Mes Témoins, mais aussi Celui donné de Voix Céleste à Moïse, à tous les prophètes, car Ce Que Je te livre maintenant n’obscurcit pas, mais éclaircit tout Mon Enseignement d’Adam à ce jour. Tu ne prendras pas pour Ma Parole la parole d’homme, celle de Paul ou de Jean, de Pierre et d’autres, et celle de leur descendance, qui leur a forgé des couronnes et qui s’en est coiffée ».
Je n’ai découvert cette Parole souveraine qu’en 1985, mais j’avais déjà écarté de ma méditation toutes les lettres de Paul et les écrits du théologien Jean. J’avais en effet conclut de mon étude attentive du quatrième Evangile et de l’Apocalypse qu’ils présentent trois personnages différents. Jean de Zébédée, l’apôtre discret et aimant à qui Jésus a confié sa mère, était un simple pécheur. On trouve la trace de ces témoignages directs, par exemple dans le récit sur la Samaritaine ou la descente au tombeau après la Résurrection.
Le rédacteur du prologue et de nombreuses tirades influencées par le gnosticisme et les idées grecques sur le logos, courantes à Ephèse ou trônait la déesse Artemis.
Et le moine de Patmos qui écrivit l’Apocalypse dans un style apocalyptique abscons qu’on retrouve aussi chez Daniel, mais il n’avait pas besoin comme lui de coder son texte pour échapper aux persécutions. Ce qu’il raconte sous l’effet de son imagination ou des vapeurs de souffre de l’île de Patmos, son Apocalypse, a beaucoup servi à d’obscurs commentaires des églises officielle et des sectes.
Quand on écarte tous ces textes qui ne peuvent être des témoignages fiables de l’enseignement de Jésus, le « Nouveau Testament » devient simple et facile à méditer pour orienter sa foi. Essentiellement les trois synoptiques, quelques logions de celui de Thomas.
On peut ignorer Paul, celui qui est à l’origine de l’idée du sacrifice rédempteur et Jean 2, le théologien de l’idée du fils unique de Dieu. La disparition de ces deux verrous majeurs facilitera le rapprochement des chrétiens avec leurs frères juifs et musulmans, mais malgré les grands discours, les clergés chrétiens n’y trouveront pas leur intérêt.
Je pourrais développer beaucoup de points qui sont déjà dans mon blog, mais je m’arrête là. J’espère avoir répondu à ton interrogation ?
Hervé :
9 Chinois et linguistique comparée
Hervé : J’ai été un peu piqué au vif par ce que tu as écris sur l’incapacité des Chinois à approfondir les religions ou la métaphysique dans ton post 114.
Pourquoi affirmes-tu que la langue chinoise ne se prête pas aux études philosophiques, métaphysiques ou religieuses ? Dire que le chinois ne se prête pas à l’étude de Dieu, c’est comme dire qu’on ne peut pas peindre un chef-d’œuvre parce qu’on n’aime pas la forme des pinceaux. Grâce à sa langue (que j’étudie et aime depuis cing ans), le chinois offre souvent une perspective différente (voir les si nombreux textes sur le bouddhisme, le taoïsme, etc.) : là où l’Occident cherche à « définir » Dieu (le limiter par des mots), la pensée chinoise cherche souvent à « ressentir » ou à « suivre » la présence divine.
Antoine : J’ai certainement été trop émotionnel en parlant des dégâts du livre de Römer, mais je suis désolé que tu prennes de manière émotionnelle ce que le post 114 dit sur la langue chinoise, comme si j’étais persuadé de notre supériorité occidentale. J’ai abordé cette langue à la fois par ma pratique personnelle, certes limitée, et la linguistique comparée en écoutant les experts dont je ne fais pas partie. Dans notre post en dialogue, c’est surtout Gilles, que le Tao Te King a beaucoup intéressé, qui a parlé de ses connaissances sur le monde chinois. Je n’ai pas d’objection à ce qu’il a dit.
Le chinois, j’ai commencé à l’apprendre à l’X à l’université de Vincennes parce que je voulais mieux comprendre ce géant humain. J’ai ensuite rencontré beaucoup de chinois parce que mon travail me conduisait souvent en Asie. Je me suis établi quelque temps à Hong Kong, avant la rétrocession, comme plateforme pour chercher des fournisseurs chinois de sacs et bagages pour une grande marque, je connais bien leurs usines.
A la fin de ma vie professionnelle, je me suis recyclé comme prof de marketing et de finances dans les masters de grandes écoles de commerce où j’avais de nombreux étudiants chinois. Beaucoup me sollicitèrent pour les aider dans la rédaction de leur mémoire car ils savaient que j’étais attentif et comprenait leur difficultés, à la fois avec la langue et la nécessité de produire une pensée originale sortant du cadre.
Donc, j’aime les chinois et pense assez bien comprendre la manière dont ils pensent.
De par mon travail bénévole de porteur de Dieu et de Sa Parole, j’ai très souvent eu l’occasion de poser des questions simples « Un Dieu Créateur existe-t-il ? Croyez-vous en Dieu ? » et j’ai bien noté à quel point les chinois Han et les japonais avaient du mal à répondre, surtout quand ils n’étaient pas bilingues. Pour les tibétains, les ouïgours ou les chinois convertis au christianisme, la réponse fusait sans difficulté.
La réponse d’une étudiante brillante fut caractéristique : « Nous savons qu’il y a quelqu’un là-haut, mais nous ne nous en préoccupons guère ». Je lui ai demandé si elle pensait au concept ancien de Shangdi, elle m’a dit oui.
Hervé m’a envoyé un tableau de six tournures composées qui peuvent servir à nommer Dieu, différentes suivant les religions qui tentent de séduire les chinois. C’est bien la preuve que la langue chinoise d’origine ne facilite pas une expression aussi simple que Dieu existe. La pensée chinois est plutôt dans le processus.
C’est ce qu’a exprimé Gilles dans notre post. Ma difficulté par rapport à une véritable immersion dans le chinois comme j’ai pu le faire avec l’arabe, c’est que je n’avais pas de texte spirituel de référence pour approfondir l’étude de leur culture.
Je suis réticent au Yi King, un livre de superstitions et j’ai toujours écarté toute forme de superstition d’où qu’elle vienne (par exemple le chiffre 4 pour les chinois et le 13 pour les américains et un peu les européens). Le Tao te King est un beau texte, mais je suis peu sensible à la poésie et n’y vois pas un message prophétique.
Donc je n’ai jamais parlé d’une « incapacité de l’esprit chinois à approfondir les religions ou la métaphysique ». Je dis que comme les langues sémitiques, le chinois d’origine se prête mal aux abstractions compte tenu de son contexte d’émergence, des sociétés paysannes. Il se prête mal à parler de Dieu parce que l’idée du Créateur qui parle aux hommes par les prophètes s’est évadée vers une notion vague de Ciel avec qui le lien était l’empereur.
Cela n’a pas empêché l’émergence d’un grand philosophe comme Zhuangzi. Les jeunes chinois modernes, la plupart déjà exposés à l’anglais dépassent facilement les obstacles linguistiques initiaux de leur langue pour très penser précisément et exprimer ce qu’ils veulent dire. Mais la préoccupation essentielle de beaucoup de chinois est soit matérialiste, soit liée à diverses superstitions populaires, chasser les mauvais esprits, se placer dans des situations aux auspices favorables…
Nous sommes dans un monde très différent de celui de l’inde.
Je t’invite, Hervé à mieux te documenter sur la linguistique comparée et te donne quelques éléments sur la spécificité de la langue chinoise et des sinogrammes, présentés par un spécialiste.
Le principe qui permet de passer à un système d’écriture est que le dessin ne s’interprète plus nécessairement de manière isolée : l’unité signifiante peut être construite en faisant sémantiquement référence à d’autres, par transformation ou par composition. C’est une rationalisation qui permet de diminuer le nombre d’éléments qui peuvent constituer les graphèmes, tout en augmentant la capacité d’expression. Seul un tel système peut être qualifié d’écriture.
Ce principe étant acquis, il évolue en Chine très rapidement vers un système cohérent et signifiant : les dessins se simplifient et s’uniformisent, et les compositions se figent. Les briques élémentaires du système d’écriture sont des « éléments de caractère ». Ces éléments simples jouent le rôle des lettres dans les écritures alphabétiques pour ce qui est de la combinatoire, mais contrairement aux écritures alphabétiques, ils conservent généralement par eux-mêmes un contenu sémantique.
À mesure que la décadence de la dynastie 周 (Zhōu) s’accentuait, les études étaient négligées, les scribes devinrent de plus en plus ignorants. Quand ils ne se rappelaient pas un caractère, ils en improvisaient un faux ; ces fausses lettres, recopiées par d’autres ignorants, devenaient usuelles. C’est Confucius qui nous donne ces renseignements vers l’an 500 : « Dans ma jeunesse j’ai encore connu des scribes qui laissaient en blanc les caractères qu’ils ne savaient pas écrire, maintenant il n’y en a plus de pareils ! » Aussi les « caractères bizarres » (奇 子) se multiplièrent-ils à cette époque presque à l’infini, au grand détriment de l’étymologie.
Vers l’an 213 avant notre ère, Li Si (李斯 Lǐ Sī), ministre de l’empereur Qin Shi Huang (秦始皇) qui fit brûler les livres, publia un nouvel index officiel des caractères, auxquels il assigna une forme désormais obligatoire pour les scribes : le petit sigillaire. Sa collection, intitulée 三倉 (sāncāng), contenait 3300 caractères. Il ne créa pas de nouvelles primitives, mais se contenta de composer au moyen d’éléments préexistants des noms pour les objets que l’antiquité n’avait pas connu : la période de création et d’évolution des caractères fut donc terminée avant cette époque. LiSi fut induit en erreur par les variantes fautives (奇子) alors si nombreuses, et fixa la composition de bien des caractères sous une forme erronée.
Les chinois modernes doivent faire avec cet héritage.
La plus ancienne écriture par idéogramme est celle des hiéroglyphes égyptiens, plus de 2000 ans avant les sinogrammes. La linguistique comparée est une discipline passionnante…
Je conclus ce post trop long, qui m’a paru nécessaire pour honorer notre amitié, avec la fin de ton article :
Hervé : Dans un regard existentiel, qu’il soit scientifique ou spirituel, le savoir n’a-t-il de vraie valeur que s’il éclaire le chemin de la lucidité et du bonheur… ? C’est en tout cas ce que croyait déjà François Rabelais quand, au XVIᵉ siècle, il écrivit cette phrase qui a durablement marqué la culture française : « science sans conscience n’est que ruine de l’âme ». Loin d’un appel religieux, elle exprime une exigence humaniste : celle d’un savoir éclairé par ses effets.
Antoine : Nous revenons à l’âme et je rappelle que pour moi, la conscience de notre vivant est présent à des degrés divers dans nos trois dimensions, corps charnel, esprit et âme, et à notre mort, elle doit d’adapter à la perte provisoire d’un support charnel et neuronal, mais cela ne l’empêche pas de penser, ce que prouvent les nombreux témoignages de communication, en particulier avec des proches décédés qui viennent nous rassurer. Je suis à la fin de ma vie, donc je verrai bientôt comment je penserai et communiquerai avec les mondes spirituels qui m’entoureront là où j’irai.
Wait and see…