Ce post fait suite au précédent et répond à deux questions précises que me pose Hervé de Tréglodé sur le travail de l’ex-pasteur, théologien et auteur Thomas Römer.et sur la simplification du texte biblique. Compte tenu de l’importance du sujet qui est au cœur de mon blog, elles nécessitent des réponses détaillées de ma part.

1 Des progrès en théologie ?

Dans l’article étudié dans le post précédent, Hervé aborde le sujet d’un « progrès asymétrique des savoirs en anthropologie et théologie ».

Je commencerai donc par parler de théologie avant d’aborder les travaux de Römer.

Réponse d’Antoine à Hervé : il y  a certainement un progrès toujours possible dans toutes les disciplines scientifiques comme l’anthropologie, mais pas en théologie, au contraire.

Les malédictions que lance Jésus contre les scribes et pharisiens, les théologiens de l’époque, qu’il traite d’hypocrites, de guides aveugles et de « sépulcres blanchis » dans l’Evangile de Mathieu 23 sont bien connues. Mais elles ont été habilement détournées par les pouvoirs ecclésiastiques romains qui firent pire encore quand ils installèrent leurs clergés, prêtres, évêques et papes.

Jésus était juif et exprimait la fureur de Dieu face aux clergés de son peuple, déjà honnis par tous les prophètes. Il suffit de relire Isaïe. Les clergés chrétiens du Moyen-Age ont fait croire au peuple naïf que cette diatribe ne s’adressait qu’à leurs homologues juifs. Eux se sont les mauvais, mais nous sommes les bons, un classique de la propagande des pouvoirs politiques et religieux. Mais ils ont aggravé leurs crimes en désignant nos frères juifs comme des déicides et en initiant leur persécution meurtrière (post 32). Le peuple dit « chrétien » est longtemps resté aveugle.

Jésus avait annoncé son retour à un moment inattendu quand le Père en déciderait. Les premiers chrétiens ont longtemps pensé qu’il reviendrait de leur vivant et ils l’imploraient : « Maranatha, reviens ! ». C’est arrivé seulement en 1974. Jésus condamne alors sévèrement les « princes du culte » qui se revendiquent de lui et dont le témoin Potay, évêque orthodoxe, faisait partie.

Parole de 1974 : « Mon Peuple a des artifices pour paraître comprendre, pour opiner devant le mystère comme devant le babil des enfants; son illusion adoucit sa détresse, les plus rusés en tirent profit, disant: «Vous êtes un peuple illuminé; par nous Dieu vous révèle Ses Énigmes, par nous Il ouvre vos intelligences et vos yeux!» Consolé, le peuple paie le salaire de leurs leçons ».

Bannis les docteurs dont l’ignorance M’est un dégoût, qui emplissent de vent les têtes faibles de Mon Peuple! Les docteurs M’ont façonné un dieu à trois têtes pour étonner les faibles, les faire trembler sous leur oracle; ils ont décidé de Ma Pitié et de Mon Châtiment selon les œuvres en discours interminables, énigmatiques ; d’un Mot de Moi ils ont écrit des livres. Mon Peuple ne sait plus où Je suis, où Je ne suis pas. Abats les idoles de l’esprit comme furent abattues les idoles de bois ».

Jésus ajoute : Leur abomination est affaire de Ma Justice, mais écris, homme Michel (le témoin de Jésus ressuscité qui s’adresse à lui), que les princes seront détrônés bientôt, leur imposture est déjà révélée; leurs prêtres seront renvoyés au champ et à l’établi, leurs docteurs vendront leur art aux disputes du siècle.

Hervé, je connais et respecte ta foi traditionnelle chrétienne, mais j’observe l’histoire du «  christianisme » et son évolution récente et ne vois rien à ajouter à la Parole. Les théologiens chrétiens au service de la papauté sont une nuisance spirituelle contre laquelle il faut entrer en résistance en déconstruisant leurs idoles de l’esprit, leur Doxa.

La situation est différente dans l’islam. Jésus salue Muhammad comme le plus sage et le plus écouté des Messagers. Il n’y a pas en islam d’autorité centrale. A Bordeaux, la communauté a élu Tareq Oubrou comme grand imam, très respecté pour sa vaste connaissance des textes et des savants musulmans du passé. Tareq est une de mes sources quand je me pose des questions sur le sens à donner à un mot ou un verset du Coran.

Il me donne son analyse et je reste entièrement libre de suivre son opinion ou d’en avoir une autre. C’est devenu un ami personnel pour qui j’ai le plus grand respect.  Il se présente comme un « théologien », mais il agit comme guide de la communauté de Bordeaux qui vient l’entendre dans sa mosquée. Il prend en charge l’éducation et la formation des musulmans bordelais, la plupart du Maghreb et d’Afrique, ignorant l’arabe classique et les subtilités du texte. Ses sermons du vendredi sont édifiants et peuvent être écoutés en ligne.

Pour revenir au « christianisme », le théologien classique ne cherche pas « la Vérité ou à progresser dans la connaissance » comme tu le dis dans l’article. Il affine des théories et des arguments pour enténébrer les fidèles et les scotcher mentalement sur la Doxa de la religion qui l’emploie et dont les dogmes initiaux ont permis s’asservir leurs fidèles dans la peur et l’ignorance.

Les ficelles de leurs mensonges sont devenues trop grosses et, en France particulièrement, la population s’est libérée de leur emprise dogmatique. Je ne juge personne et sais qu’il y a de braves gens partout, mais le système théologique auquel ils contribuent est mauvais.

Quand mes frères chrétiens pieux cesseront de les considérer comme une source de connaissance, mais plutôt comme une source d’amusement, des acteurs de théâtre pour les débats sur les plateaux médiatiques, ils auront fait un grand pas vers une spiritualité libre. Car ils seront stimulés dans l’effort de méditer eux-mêmes sur le texte évangélique.

Le plus important est que les croyants vivent leur piété comme ils le veulent et personne n’a à s’en mêler. Je prie avec mes frères chrétiens comme avec mes frères musulmans et juifs. Je me réjouis de leurs joies de croyant, priant collectivement dans des lieux de culte pour une socialisation agréable (ou dans leur chambre comme le recommandait Jésus).

Hervé me dit : contrairement aux savoirs scientifiques la théologie et la métaphysique avancent lentement. Selon leur orientation constitutive, elles privilégient l’approfondissement interprétatif et la continuité doctrinale, se tenant loin de la découverte empirique.

Antoine répond : il n’y a aucun approfondissement interprétatif tant que les clergés ne se libèrent pas des erreurs initiales, volontaires ou non, en revenant aux Messages oraux des prophètes et en vérifiant leur bonne transmission. Ils ont tous peur de remettre en cause les paradigmes poussiéreux de leur église. Comme les législateurs, ils empilent des textes de plus en plus incompréhensibles, contraignant les fidèles paresseux à écouter sans ciller les absurdités qu’on leur assène du haut des chaires ou de l’autel.

Hervé : Une thèse théologique ne se réfute pas par l’expérience, mais par la dialectique. Leur rôle n’est pas de décrire, comprendre et prévoir le monde de la matière et du vivant, mais d’assurer une cohérence de la vie intérieure.

Antoine : C’est en se libérant de la chappe de plomb imposée aux croyants que ceux-ci retrouveront leur vie intérieure. Les théories fumeuses et abstraites des théologiens se réfutent facilement par l’expérience personnelle, la méditation sur les textes et la vie de prière et d’action bienfaisante.

Tu dois absolument distinguer la métaphysique de la théologie.

Hervé :

2 Römer et sa réduction scientiste : des progrès à rebours

Hervé : Pourquoi reproches tu à Römer de trop coller au texte de la Bible, alors que toi-même, tu cites la Bible et le Coran de très nombreuses fois à l’appui de tes démonstrations ou de tes intuitions ?

Antoine : Ce n’est pas ce que je dis. Je suis un ardent avocat de la liberté d’expression. Je vais donc ici m’exprimer sans détour sur ce que je pense de l’écrivain Römer, de son ignorance et de ses préjugés. N’y vois aucun jugement à l’égard d’une personne que je ne connais pas par contact direct.

Selon sa notice Wikipédia, Römer a « accompli des études de théologie et de science des religions aux facultés de théologie des universités de Heidelberg et de Tübingen ».  Il y est présenté comme bibliste, écrivain, éditeur, professeur d’université, pasteur.

D’abord, je constate un résultat positif de ses publications. Ses travaux archéologiques ont permis d’écarter de nombreux récits de l’Ancien Testament comme fantaisistes et c’est une bonne chose. Car certains épisodes, qu’on m’enseignait avec vénération dans ma jeunesse, sont proprement scandaleux. C’est le cas de celui de Jéricho dans le livre de Josué, des récits horribles à la gloire des troupes juives qui massacrent tous ceux qui se trouvent sur leur chemin (vers – 1230). Passons sur l’invraisemblance de murailles qui s’effondrent au septième tour des prêtres soufflant dans des cors.

Mais apprendre à de jeunes naïfs comme moi que Dieu demande à Josué d’exterminer tous les habitants sauf une prostituée qui a pactisé avec les espions ennemis, c’est révoltant. Or les fouilles nous apprennent que les murailles de Jéricho avaient été rasées vers -1550 (tremblement de terre ou armée égyptienne ?).

Donc le récit biblique est faux et la demande de Dieu de massacrer les peuples conquis est un mensonge de scribes tardifs mis au service d’une idéologie criminelle. Celle qu’on voit à l’œuvre à Gaza, la lecture cadastrale du livre de Josué par des ultra-orthodoxes juifs qui considèrent que tout le territoire de la mer au fleuve a été donné par Dieu à leur peuple (élu ?), tant pis pour ceux qui y vivent et ne veulent pas en être chassés.

Mais élus pour faire quoi ? Certainement pour transmettre un des nombreux messages prophétiques adressés par Dieu à l’humanité, en l’occurence celui du message Moïse. L’ont-ils transmis fidèlement ? Je n’en suis pas convaincu ! Mais élu comme peuple privilégié par rapport à d’autres peuples autorisé à écraser leurs voisins et s’emparer de leurs terres ancestrales (en contradiction avec les Dix Paroles, tu ne convoiteras ni le champ ni la femme de ton voisin et le lévitique, tu aimeras ton prochain comme toi-même) ? Certainement pas !

Mais revenons à Römer. D’abord je dois préciser que je n’ai étudié ni ses enseignements, ni ses nombreux livres. J’ai d’abord entendu parler de lui lors d’une réunion avec des amis protestants de mon coauteur Gilles Cosson pour préparer notre livre. Il y avait un pasteur, son éditeur et son attaché de presse.

J’ai commencé à leur parler naïvement de mes convictions sur la continuité prophétique passant par Moïse, Jésus et Muhammad. Leur blocage mental fut immédiat, car pour beaucoup de chrétiens, Muhammad est un imposteur. Et pour certains, l’islamisme et le grand remplacement vont détruire notre grande civilisation occidentale. Ces idées d’extrême droite finissent par contaminer beaucoup de français (dont eux) à force de répétitions en boucle sur certains médias.

Mais j’ai découvert à cette occasion avec surprise qu’ils considéraient les patriarches et Moïse comme des mythes ou des légendes. Pourquoi ? Parce que «  le savant professeur Romer l’a prouvé ». Certes cet homme prudent n’enseigne pas explicitement qu’il a la preuve que Moïse n’a jamais existé. Mais quand il dit que dans ses recherches, il n’a pas trouvé d’indices archéologiques probants pointant vers ces hommes, beaucoup de ses lecteurs en déduisent que Moïse n’a jamais existé. Alors que ce prophète est crucial pour nos frères juifs et nos frères musulmans.

Ces protestants m’ont parlé de son livre « l’invention de Dieu ». Je l’ai lu en diagonale. Je le trouve inintéressant à titre personnel car j’ai confiance en Dieu et ses prophètes et je n’ai pas attendu les « trouvailles » de Römer pour me forger mes convictions sur les textes biblique et coranique que j’étudie sérieusement depuis un demi-siècle.

J’ai alors découvert avec surprise que son livre se vendait encore bien 10 ans après et se trouvait dans presque toutes les librairies. Qu’il enrichisse son éditeur et lui-même ne me gêne pas. Mais qu’il se soit servi du tremplin de son poste officiel pour diffuser largement ses idées superficielles sur le Créateur unique dans une société spirituellement déboussolée comme la nôtre, c’est grave !

Même s’il n’en a pas conscience, son livre réducteur est spirituellement néfaste. A l’évidence, il n’a pas approfondi sérieusement le sujet du Créateur de l’univers et de cette planète. Ni par la recherche personnelle du Dieu immanent par la prière et la méditation. Ni par l’étude du Dieu Transcendant, celui de l’héritage spirituel des messagers et prophètes que Dieu a envoyé à de nombreux peuples humains depuis près de 50 000 ans (post 112), après que nos ancêtres sapiens ont décidé librement de s’éloigner de Lui. S’il l’avait fait, il n’aurait jamais pu écrire ce livre.

Il y a trois choses fondamentales qui ont complètement échappé au radar mental du titulaire de la chaire « milieux bibliques » au Collège de France.

La première est qu’en observant l’histoire longue des sapiens sur tous les continents, on constate que les religions installées se sont toujours opposées aux messagers et prophètes de Dieu. Or Römer croit qu’il peut parler intelligemment de Dieu en se limitant à ce qu’il trouve comme artefacts liés à la religion du peuple juif sur un espace et une période de temps très limités par sa réduction scientiste : quelques siècles et territoires proches de la Palestine. Etudier une religion n’est pas réfléchir sur le sujet de Dieu, au contraire.

Le deuxième est qu’il ne peut ignorer le Coran qui touche près de deux milliards d’humains et contient de nombreux récits sur les patriarches et prophètes beaucoup plus précis et fiables que ceux du texte biblique. Pour quelle raison objective pourrait-il exclure le texte coranique et se limiter au texte biblique ?

La seule explication que je vois, dans l’environnement chrétien dans lequel il est né et enseigne, est sa profonde ignorance du texte trilitère du Coran. De plus les aventures des héritiers spirituels de Moïse se sont déroulées sur des terres dont les habitants étaient surtout des arabes. J’y vois des préjugés issus de son milieu judéo-chrétien.

La troisième est que, dans la culture protestante de son origine, on sépare l’Ancien et le Nouveau Testament. Tout est centré sur la personne de Jésus fils de Marie, imaginé comme fils unique de Dieu, ce que lui-même n’a jamais dit. C’est un grand prophète qui s’insère parfaitement dans la continuité prophétique d’Abraham à Muhammad.

Römer scrute et remet en question l’Ancien Testament, mais je n’ai pas vu d’éventuels efforts de sa part pour faire la même chose avec le Nouveau Testament qui fait pourtant bien partie de l’histoire humaine et du peuple juif. Dans son livre, je suis tombé sur plusieurs citations des théologiens Paul et du rédacteur final du dernier Evangile (à l’évidence un autre Jean que le fils de Zébédée, témoin de Jésus). Or leurs écrits contredisent ou s’éloignent de l’enseignement de Jésus fils de Marie tel qu’on le trouve dans les Evangiles.

Se pose-t-il sérieusement cette question fondamentale et évidente : « Qui a écrit les textes du Nouveau Testament ». Avec son corolaire : « Ces textes sont-ils en harmonie avec l’enseignement de Jésus fils de Marie tel qu’on peut le reconstituer ? » J’en doute car je constate un silence étonnant de sa part sur les travaux d’autres savants qui ne sont pas de sa chapelle.

De vrais savants se sont attelés à l’herméneutique ou exégèse historico-critique des textes bibliques. En particulier l’école biblique de Jérusalem créée sous l’impulsion de l’église catholique. Elle nous a permis de faire des progrès considérables dans la compréhension de l’origine et des sens possibles des textes bibliques, en particulier des textes du Nouveau Testament. Nous en parlerons dans le chapitre suivant.

Je sais par expérience que l’immense majorité des hommes ne peut ou ne veut dépasser le cadre mental dans lequel le hasard de leur naissance les a placés. Surtout quand il s’agit de religion et qu’ils sont restés plus ou moins croyants et plus ou moins pratiquants. J’écoute beaucoup les humains de rencontre quand je vais parler du Créateur dans les rues, et je sais presque tout de suite quel a été leur contexte culturel d’origine, chrétien, athée, agnostique ou musulman pour la plupart ou s’ils se sont intéressés à des religions orientales.

A tort ou à raison, je trouve que l’auteur Römer pense et écrit encore comme un chrétien, ne serait-ce que par son occultation du Coran. Son origine culturelle est connue, milieu protestant et première tentative pour devenir pasteur abandonnée par manque de vocation. A ce background mental, il a ajouté un vernis de connaissances scientifiques dans un domaine très étroit, l’archéologie biblique, qui lui a valu sa notoriété.

Ce professeur a accumulé des travaux de déchiffrage, d’analogies et de contextualisation d’un grand nombre d’artefacts humains sur une période très courte. Il a exclu de son champ d’étude la préhistoire dont parle la Bible et les peuples arabes au milieu desquels les principaux épisodes de la Bible sont situés.

Puisqu’Hervé me parle de progrès, quel progrès apporte son travail sur la compréhension profonde du texte biblique ? Pratiquement négligeable. On peut seulement parler d’un enrichissement des connaissances scientifiques déjà solides des historiens focalisés sur cette partie limitée de l’espace-temps des sapiens.

Pour la compréhension profonde des Messages qu’envoie le Créateur dans la continuité prophétique, je n’hésite pas à dire que l’écrivain Römer, surtout dans son livre provocateur, l’invention de Dieu, est plutôt un professeur d’ignorance qu’un vrai savant. Sa réduction scientiste conduit à un progrès à rebours pour la connaissance du Dieu Créateur Unique à qui j’ai consacré ma vie.

Par contraste, quand mes impôts contribuent au financement du Collège de France et facilite les travaux de grands chercheurs comme Alain Aspect ou Isabelle Ratié, j’applaudis des deux mains. Mme Ratié vient d’être nommée (à sa grande surprise), à la chaire « Histoire des systèmes de pensée de l’Inde ». Elle est jeune, dynamique et je compte beaucoup apprendre d’elle dans le cadre de mon travail sur les dravidiens.

Voilà, cher Hervé ce que je pense des travaux et publications de Römer dont j’ai trop parlé ici. Mais préciser mon diagnostic pour les lecteurs de mon modeste blog n’était pas inutile.

Hervé :

3 Comment écarter du texte biblique les livres d’hommes ?

Hervé : Sur quels critères objectifs t’appuies-tu pour accepter ou rejeter tel ou tel passage de la Bible (ou du Coran) ?

Antoine : Depuis plus de 70 ans, le texte biblique s’est imposé à moi, d’abord par mon père catholique qui convainquait ses patients de faire des retraites, connaissait par cœur l’Evangile de Jean, et en faisait des lectures à ses enfants. Messe obligatoire et hors de question d’avoir de mauvaises notes au catéchisme.

Ma foi personnelle intense se nourrissait d’admiration devant la beauté sublime de la nature, de prière autonome et de lectures des livres de saints, catholiques évidemment. Face aux sujets majeurs et complexes comme Dieu, j’ai toujours procédé par intuition. J’ai très vite senti comme enfant que quelque chose clochait dans les grands dogmes du catéchisme romain : Trinité, fils unique de Dieu, Esprit Saint, Incarnation, sacrifice rédempteur…

Dieu et Jésus, oui, mais pas toutes ces salades de la Doxa romaine. Les discours des prêtres et du catéchisme entraient par une oreille et sortaient par l’autre. Mais je n’avais pas la maturité nécessaire pour commencer à remettre en question la Doxa catholique.

Les choses sérieuses dans mon travail de réflexion sur la Bible ont commencé à 16 ans, en prépa scientifique. J’avais commencé à comprendre que coexistaient un grand nombre de religions se contredisant sur le sujet de Dieu. Je refusais que mes choix spirituels majeurs soient le résultat du hasard de ma naissance, il me fallait donc explorer sérieusement les grands textes sacrés et commencer par mettre à l’écart ma culture chrétienne pour me concentrer sur le sujet de Dieu : existe-t-Il ou non ?

Le travail approfondi commença à l’X, donc à 20 ans. J’avais enfin le temps et la maturité pour explorer le sujet des religions et de leurs textes. J’ai commencé par une étude attentive des sutras de Bouddha et du Coran qui m’a conduit à apprendre l’arabe classique car je voulais aller directement au texte d’origine sans les interprétations traditionnelles.

Pour les sutras, un volume d’écrits considérable, je me suis contenté des traductions anglaises disponibles. Le prakrit dans lequel Bouddha enseignait, dérivé du sanscrit, est de la famille linguistique indo-européenne. Nous avons beaucoup moins de décalage mental qu’avec les langues sémitiques de la Bible et du Coran, une tout autre famille linguistique.

L’enseignement du Bouddha m’a appris la nécessité de transcender l’intellect et la pratique du yoga et de la méditation sur les chakras m’en a donné l’expérience. L’ajna chakra (post 101), celui qui contrôle le mental, est en-dessous du sahasrara qui  permet l’accès à la contemplation, l’étape ultime de l’octuple sentier.

Cela ne te paraîtra pas « objectif », car c’est difficilement partageable, mais j’ai alors acquis la certitude par expérience du Dieu immanent. Il restait à la compléter par l’étude des messages d’origine des prophètes qui sont une porte d’accès universelle au Dieu Transcendant.

Les mystiques n’en ont pas besoin, mais je ne suis pas un mystique. Les convictions que je me suis forgées sont d’abord passées par le filtre de la raison, en particulier l’étude des textes que tout le monde peut faire en toute indépendance, mais que très peu font.

Dans ce laborieux travail de plusieurs décennies, ma compréhension de la Bible a beaucoup évolué sur son texte, indépendamment de ce qu’en disent les clergés et théologiens dont la pensée tourne en rond à de rares exceptions près. Parmi les rares théologiens qui ont une expérience directe du lien avec Dieu, je range Al Ghazali, parce qu’après avoir été un cadi contraint par la doctrine califale, il a connu un bouleversement dans sa vie et une expérience de soufi.

Il est très important d’étudier les écrits ou enseignements oraux des grands spirituels avec une expérience directe de Dieu, par exemple Hildegarde de Bingen ou Thérèse d’Avila dans le monde chrétien, Ramakrishna, Ramana Maharishi ou Ma Ananda Moyi du côté de la tradition hindoue.

De ma modeste expérience, il est difficile de se passer de cette base de connaissance directe de Dieu pour y voir clair dans les textes bibliques et distinguer immédiatement, par intuition, ce qui peut venir de Dieu et ce qui ne peut venir que des scribes humains comme la loi du talion.

Très rapidement, pour retrouver l’enseignement d’origine des prophètes, le Coran s’est imposé comme source incontournable pour faire le ménage dans les textes bibliques. Car j’ai acquis la conviction depuis un demi-siècle que j’étudie le Coran, que le texte arabe trilitère est fiable. Ce sont les signes diacritiques qui sont discutables et surtout l’interprétation traditionnelle imposée arbitrairement depuis le califat qu’il faut écarter résolument. Malheureusement,  c’est très difficile à faire pour mes frères musulmans, mais je suis un homme libre de son ijtihad devant Dieu.

Donc le rapprochement des textes bibliques et coraniques qui concernent les mêmes prophètes et récits de leur mission historique est incontournable. Or, n’en déplaise aux chrétiens, la Lumière du Coran s’impose naturellement aux obscurités de la Bible.

J’ai complété ce rapprochement des textes par les travaux des savants de l’école biblique de Jérusalem et des autres. Pour ne prendre qu’un exemple, il y a ce fameux verset de la fin de Mathieu qui dit « baptisez-les au Nom du Père et du Fils et du Saint Esprit » qu’on avait enfoncé dans mon crâne dans ma jeunesse malgré ma répugnance à penser à un Dieu à trois têtes (l’expression de Jésus en 1974).

Or quand ces spécialistes se penchent sur les manuscrits originaux, ils découvrent que ce verset ne figure pas dans les plus anciens, mais apparaissent dans les plus récents. C’est une preuve scientifique sans appel de la falsification par les scribes.

Et pour l’ancien Testament, les savants nous apprennent que seul Isaïe 1-40 a été écrit directement par le prophète les autres sont des ajouts ultérieurs comme cette allusion au serviteur souffrant en 53 que les chrétiens citaient souvent en y voyant une annonce de la crucifixion de Jésus.

Un peu de bon sens et d’indépendance d’esprit permet aussi d’écarter tous ces livres historiques qui racontent des massacres, des horreurs et des flots de sang comme dans le livre des Maccabées ou celui de Josué. D’une manière générale, la Bible devrait pouvoir être limitée à ce qu’enseignent et font les prophètes.

Bien sûr, tous mes amis croyants qui veulent retrouver la Lumière de Dieu dans le fatras du texte biblique ne peuvent passer par mon long travail de recherche. Mais ils peuvent, s’ils le veulent, utiliser leur bon sens et s’appuyer sur des Révélations et Inspirations qui ne sont pas de source humaine. D’après mes recherches, je retiens trois sources d’autorité dont j’ai beaucoup parlé dans mon blog. Le Coran, bien évidemment. La Parole de 1974-1977 restaurée des altération du témoin. Et le Message reçu par Gilles Cosson en 1997.

La source la plus explicite et détaillée pour y voir clair est ce que Jésus, apparu dans son corps ressuscité 40 fois, dicte aux oreilles de Michel Potay en 1974 en français. Je vais en citer quelques extraits. D’abord Jésus s’insurge contre les mensonges des princes du culte et des docteurs serviles de la théologie qui s’expriment faussement en son nom.

Il confirme au témoin (qui ne l’a jamais vraiment accepté) que Muhammad est bien le plus sage et le plus écouté des Messagers de Dieu. Jésus poursuit avec le même ton sans appel de ses malédictions lancées en Galilée contre les autorités religieuses juives, sa diatribe contre les « envahisseurs » du christianisme qu’il dénonce.

« L’envahisseur s’installe sur l’héritage des nations conquises par sa violence. Il leur clôt les oreilles, les yeux, la bouche, pour qu’elles ne M’entendent plus, pour qu’elles ne Me voient plus et ne Me parlent plus, pour qu’elles le croient mon tenancier ; l’envahisseur habile à Me faire dire ce que Je ne dis pas, à faire vivre les nations comme Je ne veux pas. Je ne Me suis pas donné de masque, Je n’ai pas établi un rang de princes devant Moi pour Me cacher la Face, qu’ils siègent au levant ou au couchant, les princes du culte couronnés, et leurs docteurs serviles, qui méditent avec art Ma Parole pour Y trouver des lois qui assurent leurs trônes et leurs chaires à Jérusalem, à Rome, à Athènes, au-delà des mers, partout où les princes ont établi leurs conquêtes ». (On comprend évidemment pourquoi la hiérarchie catholique a occulté cette Révélation).

Jésus poursuit : « partout où leurs rebelles ont essaimé, ayant délaissé leurs couronnes et leurs trônes, mais ayant gardé leurs docteurs pour faire de Ma Parole d’autres lois, qui ne valent pas mieux que celles des princes; tous, princes ou rebelles, proclamant Mon Nom, tous élevant Ma Croix comme un bâton de commandement qui retient le regard des nations comme sous un charme. Ma Parole, ils La proclament à Mon Peuple, mais ils ne La lui abandonnent pas, car ils excellent à faire un secret, un lieu sombre, d’eux seuls connu de Ce Que J’ai livré au monde dans la Lumière ». (Ainsi le monde dit protestant ne vaut pas mieux que le catholicisme).

Jésus ajoute : « Tu n’écarteras aucun de Mes Livres (ceux des prophètes), mais tu écarteras les livres d’hommes, ceux de Pierre, de Paul, d’at-Tabarî et des rabbins, car dans Ma Parole réside la seule piété… Non seulement tu suivras Mon Enseignement donné de Voix Humaine à Mes Témoins, mais aussi Celui donné de Voix Céleste à Moïse, à tous les prophètes, car Ce Que Je te livre maintenant n’obscurcit pas, mais éclaircit tout Mon Enseignement d’Adam à ce jour. Tu ne prendras pas pour Ma Parole la parole d’homme, celle de Paul ou de Jean, de Pierre et d’autres, et celle de leur descendance, qui leur a forgé des couronnes et qui s’en est coiffée ». (Au passage, la Révélation directe par théophanies au prophète Moïse du récit biblique est confirmé, la Parole indique plus loin qu’il a été enterré à Rabba; de venu Amman, capitale de la Jordanie, juste avant le Jourdain, ce qui est logique. Peut-être un jour des archéologues qui fouilleront dans cette ville trouveront son tombeau ?).

Je n’ai découvert cette Parole souveraine qu’en 1985, mais j’avais déjà écarté de ma méditation toutes les lettres de Paul et les écrits du théologien Jean. J’avais en effet conclut de mon étude attentive du quatrième Evangile et de l’Apocalypse qu’ils présentent trois personnages différents. Jean de Zébédée, l’apôtre discret et aimant à qui Jésus a confié sa mère, était un simple pécheur. On trouve la trace de ces témoignages directs, par exemple dans le récit sur la Samaritaine ou la descente au  tombeau après la Résurrection.

Le rédacteur du prologue et de nombreuses tirades influencées par le gnosticisme et les idées grecques sur le logos, courantes à Ephèse ou trônait la déesse Artemis. Il s’appelait peut-être Jean (?), appelons le Jean 2.

Et le moine de Patmos qui écrivit l’Apocalypse dans un style abscons qu’on retrouve aussi chez Daniel, mais il n’avait pas besoin comme lui de coder son texte pour échapper aux persécutions. Ce qu’il raconte sous l’effet de son imagination (ou des vapeurs de souffre de l’île de Patmos ?), son Apocalypse, a beaucoup servi à d’obscurs commentaires des églises officielle et des sectes.

Quand on écarte tous ces textes qui ne peuvent être des témoignages fiables de l’enseignement de Jésus, le « Nouveau Testament » devient beaucoup plus simple et facile à méditer pour orienter sa foi. Essentiellement les trois synoptiques et quelques logions de celui de Thomas.

On peut ignorer Paul, celui qui est à l’origine de l’idée du sacrifice rédempteur et Jean 2, le théologien de l’idée du fils unique de Dieu. La disparition de ces deux verrous majeurs facilitera le rapprochement des chrétiens avec leurs frères juifs et musulmans, mais malgré leurs grands discours œcuméniques, les clergés chrétiens n’y trouveront pas leur intérêt.

Je pourrais développer beaucoup de points qui sont déjà dans mon blog, mais je m’arrête là. J’espère avoir répondu à tes interrogations ?

Hervé :

4 Une réponse de l’I.A.

Antoine : Je remercie Hervé, toujours très réactif, de m’avoir transmis une réponse de l’I.A. Gemini sur le sutra de Bouddha cité au post précédent. La voici.

《 Cette phrase est tout à fait authentique. Elle provient du Canon pali (le Udana VIII.3), l’un des textes les plus anciens du bouddhisme.

​Pour bien la comprendre, il faut la voir comme la « clé de voûte » de toute la philosophie bouddhiste. Sans ce concept, le bouddhisme ne serait qu’une forme de nihilisme ou une simple thérapie de relaxation.

​Voici comment on peut l’interpréter :

​1. La dualité des deux mondes

​Bouddha oppose ici deux états de réalité :

  • Le Conditionné (Samsara) : C’est notre réalité quotidienne. Tout ce qui est « né, devenu, créé, composé ». C’est le monde du changement, de l’impermanence et donc de la souffrance. Si une chose a un début, elle a forcément une fin.
  • L’Inconditionné (Nirvana) : C’est le « Non-Né ». Ce n’est pas un lieu, mais une dimension de l’esprit qui n’est pas soumise aux lois de la causalité, du temps ou de la mort.

​2. La preuve par la nécessité

​L’argument de Bouddha est presque mathématique : S’il n’y avait que du changement, la libération serait impossible.

​Si nous étions enfermés à 100 % dans un système où tout se désagrège, nous n’aurions même pas l’idée ou la possibilité d’en sortir. L’existence du « Non-Né » est ce qui rend l’éveil (le Nirvana) possible. C’est la « porte de sortie » du cycle des renaissances et de la douleur.

​3. Ce que cela n’est pas

​Il est tentant de lire « Non-Né » et d’y voir « Dieu ». Cependant, pour le bouddhisme, ce n’est pas une personne ou un créateur. C’est une nature de réalité :

  • ​Ce n’est pas quelque chose que l’on crée par la méditation.
  • ​C’est quelque chose que l’on découvre en cessant de s’attacher à ce qui est composé.
  • En résumé : Cette phrase est un message d’espoir radical. Elle affirme que nous ne sommes pas condamnés à l’impermanence. Au cœur de l’expérience humaine, il existe un noyau d’absolu, une « paix non-fabriquée » qui attend simplement d’être reconnue. 》

5 La problématique des réponses de l’I.A.

Antoine : Je remercie  Hervé, mais cette réponse ne m’apprend rien sur un sujet que j’approfondis depuis 50 ans sur le terrain, par l’étude continue des textes et la méditation personnelle. Par contre elle valide pour les lecteurs cette citation dont je suis sûr et dont j’ai retenu la meilleure traduction parmi celles que j’ai trouvées.

Mais l’I.A. ne peut seule, même sollicitée par plusieurs salves de questions variées et pertinentes, trouver les implications majeures de cette citation qui balaie les idées trop répandues que l’enseignement de Bouddha n’est qu’une philosophie agnostique.

D’abord il faut bien distinguer, d’une part ce qu’a pu être l’enseignement original de Bouddha donné en prakrit dans la vallée du Gange dans le contexte des débats védiques, et d’autre part ce que disent les montagnes d’écrits bouddhistes accumulés prés d’un millénaire après la mort de Bouddha dans des langues très différentes, par des auteurs conditionnés par la doctrine des maîtres de leur lignée qui s’est établie très loin de l’Inde d’origine.

L’I.A sera vite noyée par l’invasion de la propagande des idées de chaque secte bouddhiste et par les débats contradictoires à l’intérieur de chaque secte et entre elles. C’est un flot indigeste où il faut les clefs pour faire le tri.

L’I.A. peut facilement lister les nombreuses variantes de bouddhismes et leur genèse, leur contexte linguistique et social, éventuellement les rapprocher pour noter leurs différences, mais elle sera incapable d’identifier les points déterminants où ces bouddhismes tardifs ont pu tous s’écarter de l’enseignement original du Bouddha unique.

Parce qu’il faut aussi lui demander d’entrer dans les détails et de comprendre le contexte des débats védiques indiens, des luttes de pouvoir entre castes, celui de la vie des renonçants individuels, de celle des communautés de renonçants suivant un guide comme le Bouddha… Là on entre dans un contexte historique bien plus mal connu, celui de la vallée du Gange il y a 2500 ans.

Donc il faut qu’une intelligence humaine qualifiée, ressource très rare dans ce domaine pointu, puisse lui donner les clefs expliquant les choix majeurs que Bouddha a fait pour guider sa communauté de fidèles, la protéger de leurs ennemis brahmanes acharnés et des déviations internes. Et les choix que Bouddha a fait pour formuler un enseignement compréhensible par tous et pas seulement  par les érudits parlant le sanscrit.

Il faut aussi nourrir l’I.A. du sujet majeur de la contradiction des enseignements des dravidiens et de ceux des brahmanes, donc entrer dans le texte du Rig Veda. Il faut apprendre à l’IA que le guru de la famille princière du Bouddha était connu pour sa peau foncée, donc était forcément un dravidien. Ainsi Bouddha a pu bénéficier d’une transmission de sagesse rare pour un guerrier de l’Inde du Nord.

Il faut expliquer que Bouddha n’a jamais étudié les Vedas par que cela ne faisait pas partie de l’éducation d’un prince ksatriya. Donc il ne maîtrisait probablement pas le sanscrit écrit, mais il a débattu oralement avec beaucoup de brahmanes. Avec sa brillante intelligence, il a pu comprendre les éléments clefs des doctrines de brahmanes et leurs points de faiblesse pour les déconstruire.

Ainsi, comme il le dit lui-même, il enseigne ce qu’il a compris par son expérience et non ce qu’il a trouvé dans les textes traditionnels. Donc les analyses habituelles remontant au fil de l’histoire l’évolution des penseurs anciens de sa culture n’est absolument pas pertinente ici.

Il faut expliquer à l’I.A. pourquoi Bouddha dit « la question de savoir si Dieu existe ne tend pas à édification, sur ce sujet je garderai un noble silence ». Parce que dans le contexte de la Vallée du Gange, les matérialistes convaincus étaient rarissimes et ne formeront que 1000 après une école philosophique marginale, la charvaka. A l’époque du Bouddha, les débats védiques interminables tournaient en boucle sur la question sans réponse : « Brahmane est-il ninguna ou saguna, avec ou sans attributs ».  Bouddha a balayé tout cela comme stérile.

Il faut expliquer à l’I.A. de bien prendre en compte le contexte précis du verset sur le Non Né, transmis à l’identique dans les deux grandes traditions : Bouddha sortait d’une contemplation profonde, son visage transpirait abondamment et il enseigne par une affirmation apophatique, ce qui est nouveau. Il a donc fait un progrès dans sa connaissance personnelle, ce qui est impossible pour la tradition Hinayana qui s’est crispée sur l’idée que Bouddha avait tout compris tout de suite après son illumination sous l’arbre Bo et que ses enseignements du début autour du parc au gazelles étaient sa pensée définitive.

C’est évidemment absurde, parce que le Bouddha a enseigné pendant plus de 50 ans, qu’il a constamment adapté son enseignement à ses auditoires, et aussi parce qu’il n’a jamais cessé de méditer et de réfléchir. Mais la dérive vers des religions a besoin d’une fixité de l’enseignement du maître ou du prophète et les hauts parleurs de la tradition Hinayana sont puissants.

Il faut  aussi expliquer à l’I.A. que le sujet pour les bouddhismes tibétains, chinois et Zen, ce n’est que marginalement ce que Bouddha a réellement enseigné et pourquoi. Et comment la culture antérieure au bouddhisme de ces pays a pollué la compréhension de Dharma (religion Bön pour les tibétains, méditation extrémiste pour Boddhidharma, premier patriarche du Chan chinois, culte du maître Zen donnant des coups de bâtons pour les japonais…)

Il faut expliquer à l’I.A. pourquoi et comment les brahmanes ont réussi à faire disparaître le bouddhisme d’Inde en le polluant par l’idée de réincarnation par rétribution karmique qui justifiait la ségrégation des castes. Ce qui explique que l’immense majorité des bouddhistes actuels prétendent par ignorance que Bouddha enseignait la réincarnation alors que sa démonstration de l’impermanence du moi déconstruit ce mythe.

Bon, je pourrais continuer longtemps, mais je pense que j’en ai dit assez pour faire comprendre que, quelle que soit la qualité de l’outil de recherche et de synthèse de l’I.A., quelle que soit la qualité intellectuelle du cerveau humain qui le met en œuvre, il faut pratiquement connaître à l’avance par déductions et intuition après de longues recherches, la réponse attendue pour solliciter efficacement l’I.A.

Aussi, au mieux, l’I.A. peu apporter une validation extérieure que l’analyse/synthèse présentée par un expert humain du sujet ne comporte pas de faille logique, de réfutation évidente, et est innovante par rapport à tout ce que l’I.A. a trouvé.

Je termine par mon commentaire sur le dernier § de Gemini à propos du lien entre le Non Né et Dieu qui me parait évident. Je rappelle ce que dit Gemini :

Il est tentant de lire « Non-Né » et d’y voir « Dieu ». Cependant, pour le bouddhisme, ce n’est pas une personne ou un créateur. C’est une nature de réalité :

  • ​Ce n’est pas quelque chose que l’on crée par la méditation.
  • ​C’est quelque chose que l’on découvre en cessant de s’attacher à ce qui est composé

Ma réponse est simple : pour un croyant écoutant les vrais prophètes d’autrefois, Dieu affirme son existence comme le Créateur unique (y compris dans le message de 1997 à Gilles Cosson), Il ne peut donc être créé par la méditation ni découvert en se libérant de l’impermanence. Il est réel par construction et Il nous parle de personne à personne.

Rien dans cette formulation du Bouddha n’est contradictoire avec la réalité ultime de Brahmane, Allah ou YHWH, appelez-le comme vous voulez. Bouddha appelle à le découvrir dans la contemplation comme lui l’a fait par sa recherche personnelle.

Tous les discours des bouddhistes traditionnels du monde entier n’y changeront rien : Dieu est une expérience, pas une construction mentale ou idéologique.

Gemini n’apporte aucune contradiction probante du lien entre le Non Né et Brahmane. Il faut peut-être lui apprendre que cette expression « Non Né » figure dans un verset monothéiste explicite du Rig Veda…

Nous verrons ce que donnera la recherche beaucoup plus complexe sur les versets monothéistes du Rig Veda. Je n’en attends pas grand-chose par rapport à ce que je sais déjà, mais on verra…

Et je remercie de tout cœur mon camarade et ami Hervé pour son aide et la stimulation intellectuelle apportée par ses questions.